{"id":3606,"date":"2025-02-07T10:16:14","date_gmt":"2025-02-07T10:16:14","guid":{"rendered":"https:\/\/anapi.fr\/?p=3606"},"modified":"2025-02-07T10:47:22","modified_gmt":"2025-02-07T10:47:22","slug":"genevieve-dop-itineraire-dune-femme-de-prisonnier-1950-1954","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anapi.fr\/?p=3606","title":{"rendered":"Genevi\u00e8ve Dop, itin\u00e9raire d\u2019une femme de prisonnier (1950-1954) \u2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">par Philippe CHASSERIAUD,\u00a0pr\u00e9sident IdF ANAPI<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3607 size-full aligncenter\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/GENEVIEVEdop.jpg\" alt=\"\" width=\"330\" height=\"488\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/GENEVIEVEdop.jpg 330w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/GENEVIEVEdop-203x300.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les effroyables conditions de vie des prisonniers du Viet-Minh ont fait l\u2019objet de nombreux ouvrages, il existe peu de t\u00e9moignages sur la mani\u00e8re dont cette captivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par les familles en m\u00e9tropole, notamment par les \u00e9pouses, face \u00e0 une administration souvent inadapt\u00e9e \u00e0 des situations jusque-l\u00e0 in\u00e9dites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les courriers de l\u2019administration et les 12 lettres que le lieutenant Jacques Dop a fait parvenir \u00e0 sa jeune \u00e9pouse pendant ses 4 ann\u00e9es de captivit\u00e9 au camp nr. 1 refl\u00e8tent les innombrables vicissitudes administratives auxquelles elle a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e, mais aussi ses angoisses et ses in\u00e9vitables interrogations. Cette situation, v\u00e9cue par tant de femmes de prisonniers, a n\u00e9anmoins trouv\u00e9 une issue heureuse, contrairement \u00e0 de nombreuses familles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Dop est un jeune officier qui a v\u00e9cu les derniers soubresauts de la seconde guerre mondiale dans la R\u00e9sistance. Engag\u00e9 pour la dur\u00e9e de la guerre, d\u00e9cor\u00e9 de la croix de guerre 1939-1945, il est remarqu\u00e9 par ses chefs qui l\u2019envoient suivre successivement le stage de formation des sous-officiers, puis celui des officiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout juste promu lieutenant d\u2019active le 10 juin 1949, Jacques Dop \u00e9pouse Genevi\u00e8ve de Gaullier des Bordes le 27 juin 1949 \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son caract\u00e8re aventureux le pousse vers des unit\u00e9s dont l\u2019emploi sp\u00e9cifique en Indochine est tout \u00e0 fait innovant : les parachutistes &#8230; qui plus est ceux de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9but avril 1949, Il est tout d\u2019abord envoy\u00e9 \u00e0 S\u00e9tif en Alg\u00e9rie au sein du 3\u00e8me Bataillon Etranger de Parachutistes (BEP) qui forme les compagnies de rel\u00e8ve pour les 1er et 2\u00e8me BEP, d\u00e9j\u00e0 projet\u00e9s en Extr\u00eame-Orient.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3608\" aria-describedby=\"caption-attachment-3608\" style=\"width: 433px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3608 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-2.jpg\" alt=\"\" width=\"433\" height=\"626\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-2.jpg 433w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-2-208x300.jpg 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3608\" class=\"wp-caption-text\">Le Lieutenant DOP \u00e0 Philippeville en 1950, peu avant son d\u00e9part pour l\u2019Indochine<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Profitant de liens familiaux en Alg\u00e9rie et bien que cela ne soit pas autoris\u00e9, Genevi\u00e8ve le rejoint sur place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9part pour l\u2019Indochine finit par sonner le 10 ao\u00fbt 1950. Le couple se s\u00e9pare pour la premi\u00e8re fois avec tristesse mais avec n\u00e9anmoins l\u2019heureuse perspective d\u2019une naissance \u00e0 venir dans quelques mois. Genevi\u00e8ve regagne alors Bordeaux o\u00f9 se trouve le domicile de ses parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un mois plus tard, le 9 septembre 1950, Jacques Dop d\u00e9barque \u00e0 Sa\u00efgon et d\u00e9couvre l\u2019Indochine. A peine arriv\u00e9, il participe \u00e0 des op\u00e9rations de police dans le delta tonkinois. Toutefois, les \u00e9v\u00e8nements se pr\u00e9cipitant sur la RC4, sa compagnie est mise en alerte et est parachut\u00e9e le 8 octobre 1950 avec le 3\u00e8me Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(BCCP) pour venir au secours de 9 bataillons qui connaissent de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s apr\u00e8s les replis de Cao Bang et Dong Kh\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un terrain inappropri\u00e9 et des combats d\u2019une violence jusqu\u2019alors inconnue en Indochine entrainent rapidement la mise hors de combat de plus de 2\/3 des effectifs. Apr\u00e8s 6 jours et 6 nuits d\u2019une marche harassante, d\u00e9sormais \u00e0 court de vivres et de munitions, l\u2019unit\u00e9 du Lieutenant Dop est totalement encercl\u00e9e. L\u2019ordre est alors donn\u00e9 de constituer des petits \u00e9l\u00e9ments mieux \u00e0 m\u00eame, \u00e0 la faveur de la nuit, de s\u2019infiltrer et passer les lignes ennemies. C\u2019est en tentant de rompre cet encerclement que le lieutenant Dop est captur\u00e9 dans les environs de That Kh\u00e9 \u2026 \u00e0 peine un peu plus d\u2019un mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e en Indochine &#8230; Ce 14 octobre 1950 marque le d\u00e9but d\u2019un long calvaire qui ne s\u2019ach\u00e8vera que 4 ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve apprend par les journaux le d\u00e9sastre de la RC 4 mais ne peut encore imaginer l\u2019ampleur de la trag\u00e9die qui s\u2019est jou\u00e9e dans les calcaires de Co Xa et o\u00f9 la quasi-totalit\u00e9 du bataillon de Jacques a \u00e9t\u00e9 engloutie. O\u00f9 est-il ? Comment va-t-il ? Est-il en toujours en vie ? Des questions simples qui ne trouvent pour l\u2019heure aucune r\u00e9ponse \u2026 Commence alors une insoutenable attente ! \u2026 les jours, puis les semaines passent \u2026 toujours aucune nouvelle !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Forte de son exp\u00e9rience pass\u00e9e, d\u00e8s la fin du mois d\u2019octobre 1950, la Croix rouge fran\u00e7aise adresse un message aux familles des disparus, indiquant qu\u2019elle est en mesure, soit de transmettre un colis qu\u2019elles pourront confectionner elles-m\u00eames (limit\u00e9 \u00e0 3 kg et \u00e0 raison d\u2019un par mois), soit de faire parvenir au prisonnier un colis-type contre l\u2019envoi d\u2019une certaine somme d\u2019argent (<strong>1<\/strong>). Bien entendu, la CRF pr\u00e9cise qu\u2019elle ne peut accepter ces fonds que \u00ab dans la mesure o\u00f9 la famille a l\u2019assurance que le militaire est bien prisonnier \u00bb ! C\u2019est justement l\u00e0 que le b\u00e2t blesse puisque la CRF n\u2019est en mesure d\u2019\u00e9tablir aucune liste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019afflux de prisonniers (<strong>2<\/strong>), aussi inattendu que massif, oblige le Vi\u00eat-Minh \u00e0 reconsid\u00e9rer sa gestion des prisonniers, entrevoyant d\u00e9sormais tous les avantages qu\u2019il peut en tirer au travers d\u2019une r\u00e9\u00e9ducation id\u00e9ologique, il r\u00e9v\u00e8le, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, l\u2019inadaptation des proc\u00e9dures habituelles, face \u00e0 un adversaire qui refuse d\u2019appliquer les conventions de Gen\u00e8ve et voit dans toute m\u00e9diation de la Croix rouge une &#8220;entreprise masqu\u00e9e des services de renseignement capitalistes&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, d\u00e9but d\u00e9cembre, rapidement d\u00e9bord\u00e9 par l\u2019afflux de colis, le Service Social des Forces Fran\u00e7aises du Vietnam Nord et de la Zone Op\u00e9rationnelle du Tonkin informe les familles qu\u2019il n\u2019est pas en mesure de les distribuer, \u00ab aucune entente n\u2019\u00e9tant intervenue jusqu\u2019\u00e0 ce jour entre la CRF et la Croix rouge du parti adverse \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sid\u00e9ration initiale de Genevi\u00e8ve a rapidement laiss\u00e9 la place aux interrogations et aux angoisses journali\u00e8res, suivies de nuits blanches interminables o\u00f9 Jacques est omnipr\u00e9sent. A peine r\u00e9veill\u00e9e, Genevi\u00e8ve doit cloisonner son esprit, au risque de ne plus avancer, submerg\u00e9e et paralys\u00e9e par l\u2019incertitude du lendemain. Elle doit r\u00e9agir, prendre les probl\u00e8mes un par un mais aussi, \u00e9tant enceinte, se focaliser sur l\u2019arriv\u00e9e prochaine d\u2019un enfant. Son courage et son abn\u00e9gation ne peuvent \u00eatre qu\u2019\u00e0 la hauteur de ceux de son mari, l\u00e0 o\u00f9 il se trouve !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve ne tarde pas \u00e0 mettre en pratique ses bonnes r\u00e9solutions, s\u2019engageant sans tarder dans un combat de longue haleine face \u00e0 une administration tatillonne, bureaucratique \u2026 et souvent inop\u00e9rante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tout partant pour l\u2019Indochine, Jacques a souscrit au b\u00e9n\u00e9fice de son \u00e9pouse une d\u00e9l\u00e9gation volontaire de solde (<strong>3<\/strong>) lui permettant de subvenir \u00e0 ses besoins et, dans le cas pr\u00e9sent, de pr\u00e9parer dans les meilleures conditions l\u2019arriv\u00e9e de leur premier enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour continuer \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier, Genevi\u00e8ve doit d\u00e9sormais clarifier au plus vite la position de son mari &#8220;disparu&#8221; aupr\u00e8s de l\u2019administration. Or, seul le Minist\u00e8re des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, se basant sur des renseignements venant d\u2019Indochine, est habilit\u00e9 \u00e0 fixer la position d\u2019un militaire, \u00e0 savoir &#8220;disparu, pr\u00e9sum\u00e9 tu\u00e9&#8221; ou &#8220;disparu, pr\u00e9sum\u00e9 prisonnier&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans tarder, Genevi\u00e8ve rassemble toutes les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un &#8220;dossier de pension d\u2019\u00e9pouse de disparu&#8221; qui lui permet, une fois celui-ci agr\u00e9\u00e9, de percevoir, pendant 3 mois, la solde compl\u00e8te puis, chaque mois, une d\u00e9l\u00e9gation d\u2019office, \u00e9gale \u00e0 la pension de veuve (<strong>4<\/strong>) jusqu\u2019\u00e0 ce que la position du mari soit officialis\u00e9e (tu\u00e9 ou prisonnier). D\u00e8s lors que la situation de prisonnier est attest\u00e9e, elle peut \u00e0 nouveau percevoir la d\u00e9l\u00e9gation volontaire de solde souscrite initialement par son mari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, l\u2019\u00e9tablissement puis l\u2019agr\u00e9ment du dossier n\u00e9cessitant un certain d\u00e9lai, les \u00e9pouses b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019office pendant les 3 premiers mois, \u00e0 la date du d\u00e9p\u00f4t de la demande, de la d\u00e9l\u00e9gation volontaire de solde \u2026 ensuite plus rien jusqu\u2019\u00e0 l\u2019agr\u00e9ment du dossier !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 11 d\u00e9cembre 1950 arrive enfin de l\u2019Etat-Major, via la CRF, une petite lueur d\u2019espoir : le t\u00e9moignage d\u2019un bless\u00e9, rendu par le Vi\u00eat-Minh et \u00e9vacu\u00e9 par la Croix Rouge qui dit avoir vu Jacques, prisonnier du Viet-Minh \u2026 mais en vie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le 20 d\u00e9cembre 1950, le cabinet du maire de Bordeaux est destinataire d\u2019un t\u00e9l\u00e9gramme laconique du Minist\u00e8re des Anciens Combattants et Victimes de Guerre demandant d\u2019annoncer =avec m\u00e9nagement= \u00e0 Madame Genevi\u00e8ve Dop, que son mari, le lieutenant Jacques Dop est d\u00e9clar\u00e9 &#8220;port\u00e9 disparu, pr\u00e9sum\u00e9 prisonnier&#8221; \u00e0 la date du 15 octobre 1950.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne pouvant envisager d\u2019autre option que celle de la captivit\u00e9, Genevi\u00e8ve s\u2019empresse donc d\u2019effectuer les d\u00e9marches administratives. Quelle n\u2019est pas sa surprise, lorsqu\u2019elle re\u00e7oit le 7 f\u00e9vrier 1951 une r\u00e9ponse des services de l\u2019Intendance de la France d\u2019Outre-mer lui annon\u00e7ant qu\u2019aucune pension ne peut lui \u00eatre accord\u00e9e avant un an de disparition effective de son mari !!!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, apr\u00e8s des mois d\u2019une attente insupportable, Genevi\u00e8ve re\u00e7oit enfin les 3 premi\u00e8res lettres de son mari. Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9norme soulagement de le savoir en vie, elle apporte \u00e0 l\u2019administration une preuve incontestable de l\u2019\u00e9tat de prisonnier de son mari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il lui faut n\u00e9anmoins attendre le 16 avril 1951 pour qu\u2019un t\u00e9l\u00e9gramme du Minist\u00e8re des Anciens Combattants et Victimes de Guerre annonce que le lieutenant Jacques Dop du 1er BEP, port\u00e9 disparu le 15 octobre 1950 \u00e0 That Kh\u00e9 (Tonkin) est officiellement d\u00e9clar\u00e9 prisonnier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re lettre de Jacques, dat\u00e9e du 19 octobre, bien que courte, se veut rassurante. Allant \u00e0 l\u2019essentiel, il indique qu\u2019il est prisonnier depuis le 14, mais qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019inqui\u00e9tudes \u00e0 avoir, \u00ab les Viets sont tr\u00e8s corrects \u00bb (sic). Au passage, quelques conseils pour percevoir la d\u00e9l\u00e9gation de solde, un contact \u00e0 prendre avec le capitaine Raffali pour r\u00e9cup\u00e9rer ses affaires rest\u00e9es \u00e0 Hano\u00ef \u2026 et puis en conclusion \u00ab garde espoir et confiance \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde lettre est dat\u00e9e du 3 janvier 1951 marque son premier No\u00ebl de prisonnier. Les voeux qu\u2019ils forment pour cette nouvelle ann\u00e9e sont simplement d\u2019avoir un beau b\u00e9b\u00e9 et de revoir sa femme. Pour No\u00ebl, Jacques lui fait part du bonheur qu\u2019il a eu de recevoir une lettre dat\u00e9e du 25 octobre, la premi\u00e8re ! \u2026 un \u00e9change de lettres, m\u00eame sporadique, est donc possible. Un infime r\u00e9confort sur lequel il est possible de s\u2019accrocher pour tenir. Le moral de Jacques semble bon, allant jusqu\u2019\u00e0 faire de l\u2019humour en soulignant que sa dext\u00e9rit\u00e9 \u00e0 manger d\u00e9sormais avec des baguettes lui permettra \u00e0 son retour d\u2019apprendre \u00e0 son enfant \u00e0 faire de m\u00eame pour manger sa bouillie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me lettre, dat\u00e9e du 28 f\u00e9vrier 1951, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate du T\u00eat. Jacques sait qu\u2019en th\u00e9orie son enfant est n\u00e9 mais n\u2019a toujours aucune nouvelle de cette naissance \u2026 L\u2019accouchement s\u2019est-il bien pass\u00e9 ? Est-ce une fille ou d\u2019un gar\u00e7on (<strong>5<\/strong>) ? Il pr\u00e9cise n\u00e9anmoins que sa sant\u00e9 et son moral sont bons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Genevi\u00e8ve commence alors l\u2019attente insoutenable, interminable d\u2019une nouvelle lettre. Ce silence inexplicable est propice aux hypoth\u00e8ses les plus sombres m\u00eame si elle arrive \u00e0 se convaincre, de temps \u00e0 autre, que la distribution du courrier demeure tr\u00e8s al\u00e9atoire \u00e0 12 000 km de la m\u00e9tropole. Quatre mois sont g\u00e9n\u00e9ralement n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019acheminement d\u2019une lettre. D\u2019ailleurs, Jacques n\u2019a-t-il pas express\u00e9ment demand\u00e9 de passer par Prague plut\u00f4t que par la Croix rouge qui est inefficace ? Une lettre finit enfin par arriver, dat\u00e9e du 13 mars 1952, soit \u00e9crite plus d\u2019un an apr\u00e8s la derni\u00e8re re\u00e7ue. Apr\u00e8s de br\u00e8ves informations d\u2019ambiance insistant sur le fait que tout va bien, \u00ab une vie saine, au grand air, sans barbel\u00e9, en parfaite entente avec les gardiens \u00bb, Jacques, \u00e9trangement, ne lui demande aucune nouvelle de Dominique dont il connait pourtant d\u00e9sormais l\u2019existence \u2026 mais de Wang, le chien et du rapatriement de sa cantine militaire !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve s\u2019interroge \u00e9galement sur les r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9currentes au Lieutenant G (<strong>6<\/strong>) avec lequel Jacques n\u2019avait pas vraiment d\u2019affinit\u00e9, puis de sa r\u00e9cente lib\u00e9ration dont il entend \u00ab suivre l\u2019exemple \u00bb ? Enfin, pourquoi sugg\u00e9rer \u00e0 son \u00e9pouse, si elle le souhaite de s\u2019inscrire \u00e0 l\u2019Action Catholique Ouvri\u00e8re (<strong>7<\/strong>) ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve prend v\u00e9ritablement conscience des conditions de vie de son mari et de la trag\u00e9die qui se joue au camp n\u00b01 lorsqu\u2019un camarade de captivit\u00e9 (<strong>8<\/strong>), lib\u00e9r\u00e9 le 10 ao\u00fbt 1952, lui rend visite. Il lui raconte alors le quotidien des prisonniers, les simulacres d\u2019ex\u00e9cution, l\u2019absence d\u2019hygi\u00e8ne, les morts (<strong style=\"font-size: 16px; font-style: normal;\">9<\/strong>) <span style=\"font-size: 16px;\">et le jeu malsain qu\u2019il faut jouer avec le Vi\u00eat-Minh pour donner des gages de son &#8220;engagement en faveur de la Paix&#8221;, seul espoir de voir un jour son nom inscrit sur une liste des<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">prisonniers lib\u00e9rables. Genevi\u00e8ve comprend d\u00e9sormais ce que les lettres de Jacques ne pouvaient pas lui dire ouvertement et la n\u00e9cessit\u00e9 de lire entre les lignes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre suivante de Jacques est dat\u00e9e du 1er janvier 1953. C\u2019est son troisi\u00e8me No\u00ebl de captivit\u00e9. Apr\u00e8s deux premiers convois de lib\u00e9rables, aucune lib\u00e9ration n\u2019a eu lieu pour No\u00ebl 1952 \u2026 et plus aucun convoi n\u2019est annonc\u00e9 ! Son moral s\u2019en ressent et chaque phrase de sa lettre est empreinte d\u2019une profonde et d\u00e9chirante d\u00e9tresse : \u00ab \u2026 on nous a recommand\u00e9 d\u2019oublier nos familles, de nous consid\u00e9rer comme veufs mais c\u2019est tout de m\u00eame difficile. Enfin de ton c\u00f4t\u00e9, tache de m\u2019oublier, profite de ta jeunesse et lutte pour la Paix\u2026 J\u2019esp\u00e8re que notre petit Dominique aura un parrain qui saura remplacer son papa dans son \u00e9ducation. J\u2019aurais aim\u00e9 connaitre ses amies mais la vie en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Pour moi, toute joie est morte. Nous vivons d\u00e9j\u00e0 loin du monde des vivants avec la seule consolation de pouvoir lutter pour la Paix. A ce sujet, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Olivier qui est certainement bien plac\u00e9 pour te conseiller \u00bb. Olivier ??? \u2026Olivier n\u2019est autre que leur neveu qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019a que 2 ans !!! \u2026Il est donc particuli\u00e8rement bien plac\u00e9 pour lui prodiguer des conseils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve mesure alors pleinement la signification de ce subterfuge et se rappelle du chantage malsain que subissent les prisonniers dans les camps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle comprend qu\u2019elle doit, elle aussi, dans chaque lettre (que le Vi\u00eat-Minh ne maquera de lire avant d\u2019\u00eatre distribu\u00e9e) faire \u00e9cho aux propos de Jacques, montrer des gages de son adh\u00e9sion au camp de la Paix (<strong>10<\/strong>), montrer que le &#8220;camarade Dop&#8221; est sur la bonne voie et que ses propos portent ! Tout est bon pour acc\u00e9l\u00e9rer la lib\u00e9ration de Jacques, d\u2019autant plus que tout est faux \u2026 seul le r\u00e9sultat compte !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve a conscience que le jeu de dupes auquel elle participe \u00e0 partir de la France est bien plus simple et moins risqu\u00e9 (<strong>11)<\/strong> que celui que Jacques doit mener sur place (<strong>12<\/strong>). Captur\u00e9 alors qu\u2019il venait \u00e0 peine d\u2019arriver en Indochine, ses autocritiques en tant que &#8220;criminel de guerre&#8221; ne pouvaient \u00eatre qu\u2019anecdotiques (<strong>13<\/strong>)!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019effroyable r\u00e9alit\u00e9 du quotidien d\u2019un prisonnier limite singuli\u00e8rement ses options pour survivre, notamment lorsqu\u2019aucun salut n\u2019est \u00e0 attendre des responsables militaires et politiques de son pays. Il faut alors savoir se &#8220;mouiller&#8221; personnellement, sans impliquer les camarades, accepter de se salir un peu pour survivre et attendre que son nom figure enfin sur une liste de lib\u00e9rables. Y avait-il v\u00e9ritablement, honn\u00eatement d\u2019autres choix ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la pr\u00e9c\u00e9dente phase d\u00e9pressive de Jacques qui fait craindre le pire \u00e0 Genevi\u00e8ve, la lecture de la lettre suivante, dat\u00e9e du 7 mars 1953, est un v\u00e9ritable soulagement : Jacques a repris courage, retrouv\u00e9 son moral et son ton ironique, \u00e9voquant le retour de l\u2019ancien chef du camp (<strong>14<\/strong>),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">lou\u00e9 pour ses qualit\u00e9s et les activit\u00e9s au grand air, propices \u00e0 une bonne sant\u00e9 \u2026 S\u2019en suit \u00e0 nouveau une longue diatribe contre la guerre en Indochine, la manifestation de son engagement pour la paix mondiale et pour Genevi\u00e8ve, une exhortation \u00e0 suivre son exemple. Une nouvelle fois, les judicieux conseils \u00e0 prendre aupr\u00e8s d\u2019Olivier sont mis en avant \u2026 Tout est dit !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lettres suivantes semblent \u00eatre toutes \u00e9crites sur un m\u00eame mod\u00e8le st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 : \u00ab Nous b\u00e9n\u00e9ficions de la cl\u00e9mence du pr\u00e9sident Ho Chi Minh \/ Nous sommes bien trait\u00e9s \/ La France m\u00e8ne une guerre colonialiste criminelle et injuste \/ Il faut lutter par tous les moyens contre cette sale guerre \u2026 en rejoignant un mouvement, en soutenant par les votes les partis d\u00e9mocratiques fran\u00e7ais qui lutte pour la Paix mondiale \u00bb\u2026 avec toujours des petits \u00e9l\u00e9ments, \u00e7a et l\u00e0, qui viennent rappeler, si cela \u00e9tait encore n\u00e9cessaire, que son r\u00e9dacteur est sous contrainte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ouverture de la conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve, le 26 avril 1954, constitue pour Genevi\u00e8ve une nouvelle raison d\u2019esp\u00e9rer avec la perspective raisonnable d\u2019un r\u00e8glement rapide du conflit &#8230; Viendra alors la fin des combats \u2026 puis la Paix \u2026 et enfin la lib\u00e9ration des prisonniers ! Les derni\u00e8res lettres de Jacques t\u00e9moignent toujours de sa bonne sant\u00e9 et d\u2019un bon moral. Il doit d\u00e9sormais tenir encore un jour, encore une semaine, encore un mois, ne pas sombrer si pr\u00e8s du but ! Tout semble devoir se jouer \u00e0 Dien Bien Phu. C\u2019est d\u00e9sormais, une question de temps !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa lettre du 18 mai, Jacques ne mentionne pas la d\u00e9faite de Dien Bien Phu (<strong>15<\/strong>)qui va tr\u00e8s vraisemblablement h\u00e2ter la fin de la guerre ? Il pr\u00e9cise simplement qu\u2019il va bien et rien ne compte plus pour Genevi\u00e8ve que cette merveilleuse nouvelle. Jacques ajoute laconiquement qu\u2019\u00ab ici la vie continue \u2026 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre de Jacques du 1er juin 1954 indique n\u00e9anmoins que \u00ab la conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve a l\u2019air d\u2019\u00e9voluer dans un sens favorable. C\u2019est une grande victoire du camp de la Paix mais ne nous laissons pas aller \u00e0 un optimisme d\u00e9raisonn\u00e9, restons vigilants. Peut-\u00eatre que dans un avenir plus ou moins proche notre famille sera r\u00e9unie ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Genevi\u00e8ve, il est clair d\u00e9sormais que Jacques, lui-aussi, a visiblement compris que l\u2019issue est proche. Son \u00e9tat d\u2019esprit est rassurant et va lui permettre de tenir, de s\u2019accrocher et d\u2019attendre une lib\u00e9ration qui, au fil du temps, \u00e9tait devenue impensable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la signature des accords de Gen\u00e8ve, le 21 juillet 1954, Genevi\u00e8ve s\u2019est faite \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la lib\u00e9ration des prisonniers n\u2019\u00e9tait plus d\u00e9sormais qu\u2019une question de temps. Tenir ! Tenir encore un peu, surtout ne pas flancher si pr\u00e8s du but !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa derni\u00e8re lettre de prisonnier, dat\u00e9e du 1er juillet 1954, Jacques indique qu\u2019il va bien mais surtout s\u2019abstient pour la premi\u00e8re fois de toutes mentions politiques. Il se laisse m\u00eame aller \u00e0 \u00e9voquer l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux prisonniers qui lui ont montr\u00e9 des photos de voitures nouvellement sorties dont l\u2019esth\u00e9tisme lui plait beaucoup !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En parall\u00e8le des discussions men\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve, une commission militaire (<strong>16<\/strong>) s\u2019est r\u00e9unie dans le camp de Trung Gia (<strong>17<\/strong>)\u00a0 afin de discuter des modalit\u00e9s d&#8217;application des accords, notamment celles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">concernant l&#8217;\u00e9change des prisonniers. Commence alors la lib\u00e9ration des premiers convois avec l\u2019annonce pr\u00e9alable, sur les ondes de la radio fran\u00e7aise, des noms de chaque prisonnier lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\nIl n\u2019y a plus une seconde \u00e0 perdre et l\u2019effervescence gagne toute la famille, chacun organisant ses activit\u00e9s afin de pouvoir assurer une \u00e9coute permanente de la radio\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s 4 ann\u00e9es interminables sonne enfin l\u2019heure de la libert\u00e9 pour Jacques dont le nom vient d\u2019\u00eatre cit\u00e9 \u00e0 la radio. C\u2019est aussi celle de la d\u00e9livrance pour Genevi\u00e8ve, lib\u00e9r\u00e9e \u00e0 son tour de ses angoisses et de ses cauchemars au cours desquels une issue dramatique avait si souvent \u00e9t\u00e9 redout\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, le soulagement et l\u2019euphorie de Genevi\u00e8ve s\u2019estompent brusquement apr\u00e8s que la presse ait \u00e9voqu\u00e9 l\u2019effroyable \u00e9tat physique de certains prisonniers, mourant d\u2019\u00e9puisement \u00e0 peine lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3612\" aria-describedby=\"caption-attachment-3612\" style=\"width: 629px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3612 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-3.jpg\" alt=\"\" width=\"629\" height=\"456\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-3.jpg 629w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-3-300x217.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3612\" class=\"wp-caption-text\">Premi\u00e8re photo du lieutenant DOP apr\u00e8s sa lib\u00e9ration du camp n\u00b01 en septembre 1954<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fort heureusement pour Jacques, bien qu\u2019il soit \u00e9puis\u00e9 physiquement et vieilli pr\u00e9matur\u00e9ment, il a eu la chance, en dehors de quelques crises de paludisme, de n\u2019avoir jamais \u00e9t\u00e9 victime de dysenterie (18)\u00a0 pendant toute la dur\u00e9e de sa captivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre dat\u00e9e du 3 septembre 1954 marque v\u00e9ritablement pour Genevi\u00e8ve l\u2019\u00e9pilogue de cette trag\u00e9die. Jacques lui fait alors partager l\u2019ivresse de sa libert\u00e9 retrouv\u00e9e mais aussi la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019enfer qu\u2019il a v\u00e9cu au quotidien. Il va devoir d\u00e9sormais retrouver sa place et plus que jamais s\u2019acclimater progressivement \u00e0 une &#8220;vie ordinaire&#8221;, celle \u00e0 laquelle il avait tant r\u00eav\u00e9 en captivit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Libre. Ouf !!! Que te dire, par o\u00f9 commencer ? Je t\u2019embrasse mille et mille fois et serre bien fort Dominique sur mon coeur. Oui, depuis hier 2 septembre 5h00 de l\u2019apr\u00e8s-midi, heures locales o\u00f9 j\u2019ai mis les pieds sur un bateau battant pavillon fran\u00e7ais, j\u2019\u00e9tais libre, libre. C\u2019est inou\u00ef, incroyable, je ne r\u00e9alise du reste que tr\u00e8s difficilement la premi\u00e8re fois que je revoyais le drapeau fran\u00e7ais \u2026 j\u2019ai pris mon premier repas europ\u00e9en et j\u2019ai dormi dans un lit fort heureusement tr\u00e8s dur \u2026 Mon premier plaisir est de t\u2019\u00e9crire, t\u2019\u00e9crire en pouvant parler, parler de tout librement sans avoir besoin de glisser la phrase &#8220;dans la ligne&#8221;. Non, le plus \u00e9pouvantable ce fut cette politique, cette propagande, ce chantage \u00e9hont\u00e9. Ce r\u00e9gime est \u00e9pouvantable, c\u2019est un danger effrayant. Les Viets sont des gens abominables, faux, menteurs, sadiques. Je n\u2019\u00e9tais pas communiste, tu le sais, mais je ne savais pas exactement pourquoi. Maintenant je le sais\u2026 C\u2019est maintenant du pass\u00e9, je renais \u00e0 la vie. L\u2019avenir est \u00e0 nous, ce n\u2019est plus un r\u00eave\u2026 Je renais \u00e0 la vie mais je ne r\u00e9alise pas encore pleinement&#8230; \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques et Genevi\u00e8ve doivent encore patienter quelques semaines avant de se retrouver. Apr\u00e8s un bref s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Lanessan \u00e0 Hano\u00ef puis une convalescence de 15 jours \u00e0 Dalat, Jacques est finalement rapatri\u00e9 par avion vers la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive au Bourget le 25 septembre 1954 et peut alors, apr\u00e8s 3 ans et 8 mois d\u2019attente, serrer enfin dans ses bras pour la premier fois son fils Dominique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3613\" aria-describedby=\"caption-attachment-3613\" style=\"width: 315px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3613 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-4.jpg\" alt=\"\" width=\"315\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-4.jpg 315w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/LIEUTENANT-DOP-4-212x300.jpg 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 315px) 100vw, 315px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3613\" class=\"wp-caption-text\">Dominique, tel que le d\u00e9couvre son p\u00e8re \u00e0 son retour de captivit\u00e9 en 1954. Son premier cadeau\u00a0: une voiture de course rouge<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Genevi\u00e8ve Dop nous a quitt\u00e9 le 18 octobre 2024 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 96 ans. A quelques semaines pr\u00e8s, elle n\u2019a malheureusement pas pu prendre connaissance de cet article qui lui \u00e9tait d\u00e9di\u00e9, ainsi qu\u2019\u00e0 toutes les \u00e9pouses de prisonniers. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la confiance de ses enfants et aux pr\u00e9cisions qu\u2019ils ont bien voulu m\u2019apporter que cet article a pu finalement voir le jour, permettant ainsi de rendre hommage ces \u00e9pouses dont le comportement exemplaire n\u2019a eu d\u2019\u00e9gal que celui de leur mari captif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">______________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1\/<\/strong> 2.600 francs (anciens), soit 26 NF<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2\/<\/strong> Environ 2500<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3\/<\/strong> 23.939 francs (anciens) sur une solde mensuelle de 106.000 francs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4\/<\/strong> 16.730 francs (anciens) par mois<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5\/<\/strong> Dominique, premier fils de Jacques et Genevi\u00e8ve, est n\u00e9 le 19 janvier 1951. Jacques n\u2019est inform\u00e9 de sa naissance qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9 d\u2019un nouveau prisonnier qui connait sa famille. Il doit cependant attendre novembre 1951 pour recevoir les premi\u00e8res photos de son fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6\/<\/strong> Catalogu\u00e9 comme &#8220;rouge&#8221;, le lieutenant G s\u2019est compromis avec le Viet-Minh, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une lib\u00e9ration rapide. Par association, Jacques tente de d\u00e9montrer son engagement progressiste au commissaire politique du camp qui n\u2019aura pas manqu\u00e9 de lire sa lettre avant de la faire suivre \u2026 ou non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>7\/<\/strong> M\u00eame si elle se veut ouverte en regroupant de mani\u00e8re \u00e9quilibr\u00e9e dans ses engagements toutes les tendances (associatives, syndicales et politiques), l\u2019ACO tend \u00e0 un engagement ouvrier tr\u00e8s fort avec des militants du PCF et de la CGT.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>8\/<\/strong> Le Lieutenant Xavier de Villeneuve<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>9\/<\/strong> 18 morts d\u2019octobre 1950 \u00e0 f\u00e9vrier 1952<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>10\/<\/strong> Formuler par exemple le souhait de voir la France lib\u00e9r\u00e9e des Am\u00e9ricains<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>11\/<\/strong> Elle sera n\u00e9anmoins contact\u00e9e par une femme de prisonnier lui proposant de rejoindre un comit\u00e9 militant pour le retour du C.E.F.E.O en m\u00e9tropole<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>12\/<\/strong> Le capitaine Cazaux, ex-commandant du 3\u00e8me BCCP, figure morale du camp n\u00b01, s\u2019opposa de son vivant \u00e0 toute compromission avec le Vi\u00eat-Minh. Sur le point de mourir (dcd le 09\/10\/1951), prenant ses responsabilit\u00e9s, il dicta son testament militaire, demandant instamment aux prisonniers de signer d\u00e9sormais les manifestes, pour survivre et t\u00e9moigner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>13\/<\/strong> Concernant le lieutenant Dop : \u00ab il eut le malheur d\u2019\u00e9crire qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pris au cours d\u2019un &#8221; combat loyal&#8221;. Quelle horreur ! Des soldats \u00e0 la solde de colonialistes ne pourraient jamais faire preuve de loyaut\u00e9 au cours d\u2019un combat. Il dut faire une s\u00e9v\u00e8re autocritique \u00bb Alexandre Le Merre, &#8220;La cl\u00e9mence de l\u2019oncle Ho, un mensonge meurtrier &#8221; (p.106).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>14\/<\/strong> Ky Thu<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>15\/<\/strong> Jacques fait relire ses lettres au lieutenant Beucler, responsable du &#8220;Comit\u00e9 de Paix et de Rapatriement&#8221;. Ayant saisi la psychologie vi\u00eat-minh, sa relecture permet bien souvent aux lettres de franchir la censure, demandant notamment \u00e0 Jacques d\u2019\u00eatre plus consensuel dans ses \u00e9crits !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>16\/<\/strong> Compos\u00e9e d&#8217;une d\u00e9l\u00e9gation franco-vietnamienne et d&#8217;une d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019Arm\u00e9e Populaire du Vi\u00eatnam (vi\u00eat-minh)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>17\/<\/strong> 40 km au nord de Hano\u00ef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>18\/<\/strong> Cause principale de mortalit\u00e9 en captivit\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p>Views: 34<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Philippe CHASSERIAUD,\u00a0pr\u00e9sident IdF ANAPI Si les effroyables conditions de vie des prisonniers du Viet-Minh ont fait l\u2019objet de nombreux ouvrages, il existe peu de t\u00e9moignages sur la mani\u00e8re dont cette captivit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par les familles en m\u00e9tropole, notamment par les \u00e9pouses, face \u00e0 une administration souvent inadapt\u00e9e \u00e0 des situations jusque-l\u00e0 in\u00e9dites. 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