{"id":3808,"date":"2025-06-21T12:16:38","date_gmt":"2025-06-21T12:16:38","guid":{"rendered":"https:\/\/anapi.fr\/?p=3808"},"modified":"2026-02-08T16:08:30","modified_gmt":"2026-02-08T16:08:30","slug":"itineraire-dun-para-du-3eme-bccp-en-indochine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anapi.fr\/?p=3808","title":{"rendered":"Robert Schuermans : Itin\u00e9raire d&#8217;un para du 3\u00e8me BCCP en Indochine"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_3809\" aria-describedby=\"caption-attachment-3809\" style=\"width: 640px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3809 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1-Robert-Schuermans-1950.jpeg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"440\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1-Robert-Schuermans-1950.jpeg 640w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/1-Robert-Schuermans-1950-300x206.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3809\" class=\"wp-caption-text\">Tonkin, avril 1950, Pa Kha. Des \u00e9l\u00e9ments du 2e commando du GC2 en repos \u00e0 Pa Kha. A droite, le caporal-chef Robert Schuermans<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Aucun conflit n\u2019a \u00e9t\u00e9 autant d\u00e9cri\u00e9 que la guerre d\u2019Indochine\u00a0; non seulement la guerre elle-m\u00eame mais \u00e9galement ceux qui y ont pris part. Ce qui fut mon cas d\u00e8s octobre 1948. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon engagement n\u2019avait rien de politique ou une quelconque volont\u00e9 de permettre \u00e0 la France de conserver la perle de son empire colonial. Mon unique motivation \u00e9tait de courir l\u2019aventure. J\u2019\u00e9tais un adolescent de l\u2019Occupation, \u00e0 la fois trop jeune pour craindre le STO ou prendre part \u00e0 la R\u00e9sistance\u00a0; A Paris les maquis n\u2019\u00e9tant pas tellement nombreux. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour les jeunes de cette \u00e9poque, cette p\u00e9riode \u00e9tait particuli\u00e8rement \u00e9touffante car toutes activit\u00e9s, tous loisirs \u00e9taient \u00e9troitement surveill\u00e9s et les interdits innombrables. La Lib\u00e9ration puis la paix retrouv\u00e9e n\u2019am\u00e9lior\u00e8rent pas grand-chose, les partis politiques ayant repris leurs petits jeux st\u00e9riles de la 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> R\u00e9publique. L\u2019horizon \u00e9tant bouch\u00e9, l\u2019aventure \u00e9tait une \u00e9chappatoire dont l\u2019Indochine en \u00e9tait la porte. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Premiers contacts avec l\u2019Indochine\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je me suis tout d\u2019abord retrouv\u00e9 le 24 f\u00e9vrier 1948 \u00e0 St Brieuc o\u00f9 le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> bataillon colonial de commandos parachutistes (BCCP) \u00e9tait en formation (n\u00b0 de brevet 22418). De jeunes officiers, quelques anciens et des centaines de jeunes de moins de 20 ans, pas tellement conscients de ce qui les attendait, y \u00e9taient rassembl\u00e9s. Pour ma part, mon sup\u00e9rieur \u00e9tait un certain Capitaine Bigeard qui, par la suite, a su remarquablement soigner sa popularit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Honn\u00eatement, je ne peux parler de cette guerre que sur la seule p\u00e9riode o\u00f9 je l\u2019ai moi-m\u00eame v\u00e9cue. Celle-ci commence le 8 novembre 1948, jour o\u00f9 le Pasteur arriva au Cap Saint Jacques et se termine le 15 octobre 1950, date \u00e0 laquelle je fus fait prisonnier lors de la d\u00e9sastreuse bataille de la RC4. Certes, il y eut apr\u00e8s 15 mois de captivit\u00e9 dans les camps de r\u00e9\u00e9ducation de Viet Minh \u2026 mais c\u2019est une autre histoire.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">A mon arriv\u00e9e et Jusqu\u2019\u00e0 la fin de 1949, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise dominait la situation. Nous \u00e9tions certes moins nombreux mais mieux arm\u00e9s, m\u00eame si notre armement \u00e9tait h\u00e9t\u00e9roclite, nos \u00e9quipements m\u00e9diocres et nos v\u00e9hicules datant de la campagne d\u2019Italie. Par ailleurs, nous pouvions compter sur une puissance de feu sup\u00e9rieure et un encadrement de valeur.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Toutefois, apr\u00e8s la victoire des Communistes en Chine, cette sup\u00e9riorit\u00e9 commen\u00e7a \u00e0 s\u2019estomper. De la fronti\u00e8re chinoise partaient d\u00e9sormais clandestinement des convois complets d\u2019armement et de mat\u00e9riels. Bien vite, nous nous sommes retrouv\u00e9s en \u00e9tat d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, tant en armement, qu\u2019en combattants.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 quelques combats locaux, la premi\u00e8re v\u00e9ritable op\u00e9ration \u00e0 laquelle prit part mon groupe de commandos (GC), soit l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une forte compagnie, commen\u00e7a le 20 janvier 1949 pour se terminer le 24 juillet suivant. Parachut\u00e9s en Haute R\u00e9gion dans le secteur de Son La, nous avons rayonn\u00e9 6 mois durant dans une r\u00e9gion montagneuse o\u00f9 quelques postes militaires diss\u00e9min\u00e9s assuraient la pr\u00e9sence fran\u00e7aise. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Si la population ne nous \u00e9tait pas ouvertement favorable, elle n\u2019\u00e9tait pas pour autant hostile. Ces pauvres gens \u00e9taient pris entre le marteau et l\u2019enclume. Chaque jour nous allions d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre, respectueux des coutumes locales, payant scrupuleusement tout ce que nous consommions, assurant les habitants que notre soutien leur \u00e9tait acquis et que nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 prendre leur d\u00e9fense si besoin \u00e9tait. Ils acceptaient ces bonnes paroles avec un franc sourire, le m\u00eame qu\u2019ils r\u00e9servaient aux patrouilles vi\u00eats qui ne manqueraient pas de leur rendre visite peu apr\u00e8s notre d\u00e9part. Les Vi\u00eats s\u2019imposaient par la peur, nous tentions de nous imposer \u00e0 l\u2019aide d\u2019un paternalisme d\u00e9pass\u00e9. Malheur au chef de village soup\u00e7onn\u00e9 de s\u2019\u00eatre montr\u00e9 trop complaisant avec nous\u00a0! Il risquait alors d\u2019y laisser sa peau. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">A cette \u00e9poque, la guerre n\u2019avait rien de spectaculaire\u00a0: pas de batailles \u00e0 proprement parler, pas d\u2019affrontements violents, pas de coups d\u2019\u00e9clat. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque des embuscades soudaines et souvent meurtri\u00e8res au d\u00e9tour d\u2019une route, d\u2019une piste. Un feu bien nourri, quelques tirs de mortier, c\u2019\u00e9tait bref et imparable\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Toutefois, nous ne sommes pas rest\u00e9s longtemps des victimes et avons bien vite appris, nous aussi, \u00e0 tendre des embuscades et \u00e0 d\u00e9jouer celles qui nous avaient \u00e9t\u00e9 tendues. Bigeard nous avait pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 ces pi\u00e8ges au camp de Meucon. Combien d\u2019embuscades de jour et de nuit avons-nous tendues d\u2019un commando \u00e0 l\u2019autre\u00a0! Dieu sait si alors nous avions r\u00e2l\u00e9 contre ces &#8220;jeux de cons&#8221;. R\u00e9trospectivement, ce n\u2019\u00e9tait pas du temps perdu et beaucoup de vies furent ainsi sauv\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les mines, que les Vi\u00eats nous collaient partout, \u00e9taient l\u2019autre plaie de cette guerre larv\u00e9e\u00a0: ouvrir une porte dans un village d\u00e9sert, comme cheminer sur une piste, tout \u00e9tait risqu\u00e9 et devenait une aventure. S\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 experts dans la fabrication et la pose des mines, nous aurions subi encore plus de pertes\u00a0! Les mises \u00e0 feu \u00e9taient artisanales, par pression g\u00e9n\u00e9ralement ou bien par un gars planqu\u00e9 dans un fourr\u00e9 qui tirait sur une ficelle et alors tout p\u00e9tait\u00a0! Tout cela g\u00e9n\u00e9rait beaucoup mais vraiment sans rapport avec le nombre de mines pos\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Durant cette premi\u00e8re op\u00e9ration, notre base arri\u00e8re avait longtemps \u00e9t\u00e9 Na San. Une piste d\u2019atterrissage de 600 m\u00e8tres de long en terre battue y avait \u00e9t\u00e9 construite par les Japonais. C\u2019\u00e9tait bien suffisant pour les vieux JU 52 ou les Bristol qui ravitaillaient Son La et tout le secteur. Jamais les Vi\u00eats n\u2019ont attaqu\u00e9 le terrain car, bien qu\u2019il nous soit n\u00e9cessaire, il \u00e9tait certain que des avions civils venaient \u00e9galement les ravitailler en toute discr\u00e9tion.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le fait que le poste de Na San n\u2019\u00e9tait pas un de leurs objectifs nous a un jour \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement favorable. Un soir de mai, un gars avait voulu allumer la boite de corn-beef emplie de p\u00e9trole qui servait d\u2019\u00e9clairage \u00e0 une autre bo\u00eete. Il s\u2019y est pris comme un manche et a mis le feu \u00e0 toute la baraque construite en bambou et en paille. Tout a flamb\u00e9 en quelques minutes. Le drame \u00e9tait que les armes et tout le mat\u00e9riel avaient \u00e9galement flamb\u00e9. D\u00e8s lors, pour tout armement, nous n\u2019avions plus que les quelques PM des sentinelles d\u00e9j\u00e0 en place. Si les Vi\u00eats nous avaient attaqu\u00e9s ce soir-l\u00e0 nous \u00e9tions cuits. Evidemment, peu apr\u00e8s, une grosse pluie a \u00e9teint les braises et nous a copieusement sauc\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le lendemain matin, un JU 52 qui pointait \u00e0 l\u2019horizon a vite renonc\u00e9 \u00e0 son atterrissage et a fil\u00e9 sans demander son reste. Il nous a fallu aller \u00e0 pied jusqu\u2019\u00e0 Son La, pratiquement sans armes, distant d\u2019une dizaine de kilom\u00e8tres. Ce jour-l\u00e0 encore, la chance \u00e9tait avec nous car aucune embuscade n\u2019avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9e sur la route. Hano\u00ef, pr\u00e9venu par radio, nous a par la suite exp\u00e9di\u00e9 rapidement tout l\u2019\u00e9quipement n\u00e9cessaire. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant 6 mois complets, nous avons sillonn\u00e9 en long, en large et en travers cette r\u00e9gion magnifique o\u00f9 les habitants, bien \u00e9loign\u00e9s de toutes consid\u00e9rations politiques, auraient tellement souhait\u00e9 qu\u2019on leur fiche une paix royale. Ils ne demandaient rien \u00e0 personne, ils n\u2019\u00e9taient ni pro-Vi\u00eat, ni pro-Fran\u00e7ais, seulement de tr\u00e8s braves gens tr\u00e8s attachants, bien loin de toute guerre. Vivant int\u00e9gralement sur le pays, jamais la moindre bo\u00eete de ration ne nous a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9e\u00a0; uniquement du Buffle, de la volaille\u00a0\u2026 et l\u2019in\u00e9vitable riz dont on finissait par se lasser, c\u2019est humain\u00a0! En d\u00e9pit de fruits nombreux et vari\u00e9s, nous r\u00eavions d\u2019une nourriture plus &#8220;civilis\u00e9e&#8221; et aurions volontiers \u00e9chang\u00e9 la part de paradis de notre d\u00e9put\u00e9 contre un steak frites et un camembert \u00e0 point.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La seule chose qui nous \u00e9tait volontiers allou\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le sel, denr\u00e9e tr\u00e8s rare en Haute r\u00e9gion. Pour le sel, pas besoin de parachute, il \u00e9tait tout simplement dropp\u00e9. Avec lui on pouvait tout faire\u00a0: enr\u00f4ler, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, un gars du coin, lui faire transporter une charge toute la sainte journ\u00e9e et si le soir on lui donnait deux poign\u00e9es de sel, il vous aurait bais\u00e9 les pieds. Combien de vertus locales ont chancel\u00e9 pour un ou deux kg de sel\u00a0!!!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un officier payeur venait r\u00e9guli\u00e8rement payer nos soldes \u2026 Pourquoi faire\u00a0? Nous n\u2019avions aucune occasion de d\u00e9penser quoi que ce soit\u00a0! En revanche, cet officier qui \u00e9tait venu au risque de sa vie accomplir sa mission, \u00e9tait s\u00fbr de m\u00e9riter une m\u00e9daille\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons perdu l\u00e0-bas pas mal des n\u00f4tres, notamment deux officiers, les lieutenants Lhuillier et Valet de Peyraud. Lorsque nous avons enfin regagn\u00e9 Hano\u00ef, le 24 juillet 1949, le Colonel Lajoie qui commandait le secteur nous a g\u00e9n\u00e9reusement d\u00e9cern\u00e9 une croix de guerre, tout en regrettant notre d\u00e9part. Notre pr\u00e9sence, 6 mois durant, avait assur\u00e9 sa compl\u00e8te tranquillit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">A Hano\u00ef, le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP s\u00e9journait au Lyc\u00e9e du Protectorat, superbes b\u00e2tisses au confort assez sommaire, mais nous \u00e9tions chez nous. Le Capitaine Bigeard, qui ne s\u2019entendait vraiment pas avec le chef de corps, le Commandant Ayrolles, dit Pan-Pan, avait obtenu une mutation dans cette Haute r\u00e9gion que nous venions de quitter. Le Lieutenant Leroy, qui lui avait succ\u00e9d\u00e9, s\u2019int\u00e9gra vite \u00e0 son unit\u00e9. Le Lieutenant Rougier, qui avait pris la t\u00eate du 2<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> Commando apr\u00e8s la mort du Lieutenant Lhuillier, \u00e9tait un officier remarquable. Sa carri\u00e8re f\u00fbt bris\u00e9e par ses 4 ann\u00e9es de captivit\u00e9 car il aurait d\u00fb aller loin. Je l\u2019avais surnomm\u00e9 M\u00e9phisto \u00e0 cause de ses lunettes teint\u00e9es et son air l\u00e9g\u00e8rement renfrogn\u00e9. Tous ses gars l\u2019auraient suivi jusqu\u2019en enfer.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un s\u00e9jour d\u2019une quinzaine de jours nous f\u00fbt accord\u00e9 \u00e0 Vat Chay dans la Baie d\u2019Along, cadre enchanteur, bulle coinc\u00e9e \u00e0 longueur de journ\u00e9e, une mer \u00e0 28 degr\u00e9s, un paradis bien trop court\u00a0! Il nous a vite fallu rejoindre Ha\u00efphong o\u00f9 le vieux tortillard, qui sautait r\u00e9guli\u00e8rement sur une mine, nous a ramen\u00e9s \u00e0 Hano\u00ef. D\u2019autres missions nous attendaient. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous avions mang\u00e9 notre pain blanc\u00a0: diff\u00e9rentes sorties le long du canal des Rapides, \u00e0 moins que ce ne soit le Canal des Bambous, une op\u00e9ration amphibie dans la r\u00e9gion Vinh en Annam, d\u00e9barquement style <\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\">le jour le plus long<\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\">, sous la protection de je ne sais quel navire de guerre, destruction des salines. Nous sommes repartis sans nous pr\u00e9occuper du sort des intern\u00e9s civils, prisonniers depuis des ann\u00e9es. Qu\u2019aurions-nous pu faire pour eux\u00a0? Ils avaient \u00e9t\u00e9 mis au vert d\u00e8s les premiers coups de feu de d\u00e9cembre 1946.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En septembre ou bien en octobre, nous avons effectu\u00e9 un saut d\u2019entretien. Il \u00e9tait n\u00e9cessaire que nous sautions r\u00e9guli\u00e8rement pour pouvoir continuer \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de la solde \u00e0 l\u2019Air d\u2019un montant int\u00e9ressant. A vrai dire, je me serai bien pass\u00e9 de ce saut car je d\u00e9testais sauter en parachute, ayant le plus abominable des vertiges sur le premier barreau d\u2019une \u00e9chelle. L\u2019entra\u00eenement au sol a \u00e9t\u00e9 pour moi un v\u00e9ritable calvaire et chaque saut une redoutable \u00e9preuve, mais je m\u2019\u00e9tais engag\u00e9 chez les paras et il \u00e9tait hors de question que je me d\u00e9gonfle.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Avec de nombreuses sorties surprises en op\u00e9ration interarmes soigneusement pr\u00e9par\u00e9es, le temps s\u2019\u00e9coula rapidement, nous approchant des f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e. Nous nous r\u00e9jouissions de f\u00eater la No\u00ebl et la venue d\u2019une nouvelle d\u00e9cennie dans d\u2019agr\u00e9ables conditions. H\u00e9las, il n\u2019en f\u00fbt rien\u00a0! A Hano\u00ef, un certain Colonel Chavatte, pour une raison que j\u2019ignore et qu\u2019il ignorait peut-\u00eatre lui-m\u00eame, avait pris en grippe notre 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP. Il n\u2019existait pas de coins pourris o\u00f9 il ne nous ait exp\u00e9di\u00e9s \u00e0 la seule fin d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de notre pr\u00e9sence. Par ailleurs, il refusait syst\u00e9matiquement la plus grande partie des propositions de citations qui lui \u00e9tait soumise. Commandant les troupes a\u00e9roport\u00e9es en Indochine, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un officier de valeur mais, de notre point de vue, c\u2019\u00e9tait un sale con\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est ainsi que peu avant No\u00ebl, nous avons \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9s je ne sais trop o\u00f9 pour une op\u00e9ration dont la haute port\u00e9e tactique m\u2019\u00e9chappe encore. Le Colonel Chavatte a pu ainsi passer d\u2019agr\u00e9ables f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e sans que la pr\u00e9sence du 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP ne lui donne de l\u2019urticaire. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Heureusement pour nous, l\u2019intendance avait eu piti\u00e9 de nous et, pour l\u2019occasion, nous avait parachut\u00e9 de quoi marquer le coup. Abondance de biens ne nuit pas dit-on\u00a0? \u2026 mais l\u00e0, ils avaient un peu forc\u00e9 la dose, tant et si bien qu\u2019au petit matin les gueules de bois \u00e9taient l\u00e9gion. Pour \u00e9viter que la beuverie ne se prolonge, le Lieutenant Leroy fit r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des bouteilles \u00e9pargn\u00e9es et les brisa toutes\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons regagn\u00e9 Hano\u00ef peu apr\u00e8s. Pour nous, une nouvelle ann\u00e9e commen\u00e7ait, le pire nous attendait\u2026<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En Haute R\u00e9gion, le poste de Nghia Do avait \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 par des forces vi\u00eats importantes, bien d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 s\u2019emparer du Poste. Une force d\u2019intervention f\u00fbt rapidement constitu\u00e9e avec deux GC des 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> et 5<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP sous les ordres du Commandant Grall. La situation des assi\u00e9g\u00e9s \u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e car les Vi\u00eats s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s d\u2019une partie du poste dont le chef avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Le 24 f\u00e9vrier 1950, le parachutage fut une r\u00e9ussite quoiqu\u2019un peu merdique, un JU 52 s\u2019\u00e9tant \u00e9gar\u00e9 et \u00e0 deux doigts de larguer ses paras sur Pa Kha \u00e0 50 km de l\u00e0. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les Vi\u00eats ayant \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9route, le poste fut repris. C\u2019\u00e9tait une belle op\u00e9ration, bien que sa port\u00e9e soit en d\u00e9finitive limit\u00e9e, Nghia Do devant \u00eatre abandonn\u00e9e peu apr\u00e8s. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le temps ex\u00e9crable (pluie et crachin) rendait toutes sorties particuli\u00e8rement p\u00e9nibles. Pitonner dans de telles conditions \u00e9tait un exploit. Quand on parvenait \u00e0 escalader quelques m\u00e8tres, on en redescendait sur le ventre, parfois deux fois plus bas, toujours tremp\u00e9s sans aucune possibilit\u00e9 de se s\u00e9cher. Les Vi\u00eats, furieux de s\u2019\u00eatre fait virer du poste, ne nous laissaient aucun r\u00e9pit. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un d\u00e9tachement fut alors charg\u00e9 de transporter les morts et les bless\u00e9s. Ces derniers devaient imp\u00e9rativement \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 Lao Kay pour \u00eatre hospitaliser \u00e0 Hano\u00ef. Notre itin\u00e9raire nous faisait passer par un point sensible, Bao Ngay, que nous ne sommes jamais parvenus \u00e0 franchir. Les Vi\u00eats y \u00e9tant trop nombreux et puissamment arm\u00e9s, nous avons d\u00fb renoncer. Il y eut \u00e0 nouveau des morts et certains bless\u00e9s moururent faute de soins urgents. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n\u2019y avait rien \u00e0 attendre des \u00e9l\u00e9ments fran\u00e7ais pr\u00e9sents dans la r\u00e9gion, bien trop pr\u00e9occup\u00e9s \u00e0 assurer leur propre s\u00e9curit\u00e9. Nous avons rejoint Pa Kha, une petite bourgade cern\u00e9e de champs de pavots o\u00f9 il fallut en raser une grande surface pour permettre l\u2019atterrissage des Morane 500 sanitaires et sauver ainsi les bless\u00e9s qui \u00e9taient parvenus \u00e0 tenir le coup. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode de P\u00e2ques. Un ou deux parachutages avaient permis d\u2019am\u00e9liorer un peu l\u2019ordinaire, de remplacer du mat\u00e9riel, de percevoir des munitions, mais aussi de r\u00e9cup\u00e9rer un peu \u2026 les semaines pass\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9prouvantes\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Puis nous sommes repartis en direction de Lao Kay en passant par Bao Ngay les doigts dans le nez. Nous nous imaginions \u00e0 Hano\u00ef le soir m\u00eame ou au plus tard le lendemain. Bien qu\u2019effectivement embarqu\u00e9 dans nos vieux JU familiers, il nous fallut alors d\u00e9chanter. Le Haut Commandement n\u2019\u00e9tant jamais avare de bonnes surprises, plut\u00f4t que d\u2019aller \u00e0 Hano\u00ef, Cao Bang f\u00fbt finalement notre destination. Sacr\u00e9e douche froide qui ne f\u00fbt pas du go\u00fbt de tout le monde \u2026 Servitude militaire\u00a0\u2026 il faut savoir fermer sa gueule\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je n\u2019ai pas vraiment compris ce que nous \u00e9tions venus faire dans cette gal\u00e8re, log\u00e9s dans des baraquements d\u00e9labr\u00e9s. Histoire de nous occuper, on nous envoyait crapahuter un jour \u00e0 l\u2019est, un jour \u00e0 l\u2019ouest mais jamais au nord. Les Vi\u00eats y \u00e9taient tr\u00e8s nombreux et bien mieux arm\u00e9s que nous. Nous n\u2019\u00e9tions pas de taille \u00e0 nous mesurer \u00e0 eux de toute \u00e9vidence. Cao Bang n\u2019en avait plus pour bien longtemps et son \u00e9vacuation, quelques mois plus tard, devait valoir au Corps Exp\u00e9ditionnaire une cuisante d\u00e9faite et mener \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement du 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes finalement rentr\u00e9s \u00e0 Hano\u00ef, pas pour bien longtemps, une nouvelle t\u00e2che allait nous \u00eatre confi\u00e9e et pas la moindre\u00a0!<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_3813\" aria-describedby=\"caption-attachment-3813\" style=\"width: 425px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3813 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/2-Schuermans-Invalides-2014.jpeg\" alt=\"\" width=\"425\" height=\"640\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/2-Schuermans-Invalides-2014.jpeg 425w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/2-Schuermans-Invalides-2014-199x300.jpeg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 425px) 100vw, 425px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3813\" class=\"wp-caption-text\">Robert Schuermans aux Invalides le 11 octobre 2020 lors de la comm\u00e9moration des 70 ans des combats de la RC4<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La reprise de Dong Kh\u00ea\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Fin mai, les Vi\u00eats, toujours plus actifs, s\u00fbrs de leur sup\u00e9riorit\u00e9, tant en hommes qu\u2019en armement, avaient pris d\u2019assaut la place de Dong Kh\u00ea, un poste solide, tenu par les l\u00e9gionnaires du 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> REI, des coriaces. Pourtant, ils n\u2019\u00e9taient pas parvenus \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019assaut et le poste avait \u00e9t\u00e9 investi apr\u00e8s d\u2019\u00e2pres combats. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une place forte importante sur la RC4, le Haut Commandement tergiversait et h\u00e9sitait quant \u00e0 l\u2019envoi des parachutistes pour r\u00e9tablir la situation. Ce n\u2019est que vers la fin de l\u2019apr\u00e8s midi que l\u2019ordre nous f\u00fbt donn\u00e9. Nous \u00e9tions sur le terrain de Bach mai depuis t\u00f4t le matin, pr\u00eats \u00e0 partir. Le 27 mai 1950, apr\u00e8s une heure de vol nous \u00e9tions sur place, parachut\u00e9s \u00e0 100 m\u00e8res, avec un regroupement imm\u00e9diat. Pour une fois le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP op\u00e9rait au complet. Chaque GC avait son objectif pr\u00e9cis. Pour nous, GC 2, c\u2019\u00e9tait la reprise de la citadelle. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La DZ \u00e9tait au pied de cette citadelle. Nous avons fonc\u00e9 au pas de charge sur la route d\u2019acc\u00e8s des camions, canardant \u00e0 tout va. Les Vi\u00eats ne nous attendaient plus, \u00e9tant tranquillement en train d\u2019embarquer leur butin. Sans leur donner le temps de r\u00e9agir, nous sommes pass\u00e9s ma\u00eetres de la situation. Victoire ultra rapide et totale, la plus belle op\u00e9ration a\u00e9roport\u00e9e de toute la guerre d\u2019Indochine. Plus tard, alors que j\u2019\u00e9tais prisonnier, un officier Vi\u00eat, sachant que j\u2019avais appartenu au 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP, me demanda si j\u2019avais particip\u00e9 au saut sur Dong Kh\u00ea. Il me confia alors que lors de l\u2019investissement du poste, pr\u00e9voyant un parachutage, ils nous avaient pr\u00e9par\u00e9 un comit\u00e9 d\u2019accueil particuli\u00e8rement soign\u00e9 avec des mitrailleuses qui balayaient la DZ. Un quart d\u2019heure avant notre arriv\u00e9e, ils avaient r\u00e9embarqu\u00e9 les mitrailleuses en question. Nous avons eu, ce jour-l\u00e0, un coup de chance monumental. Leurs mitrailleuses, si elles avaient \u00e9t\u00e9 maintenues en place, auraient fait alors un v\u00e9ritable carnage, aussi bien pendant la descente que lors de l\u2019arriv\u00e9e au sol. Fort heureusement pour nous, quelques minutes avaient suffi pour assurer notre victoire et prolonger de quelques mois la survie de notre unit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant plusieurs jours, nous avons patrouill\u00e9 dans le coin mais les Vi\u00eats s\u2019\u00e9taient volatilis\u00e9s. Les Tabors sont alors venus nous relever. C\u2019\u00e9taient de redoutables combattants, v\u00e9t\u00e9rans de la Campagne d\u2019Italie qui, sous les ordres du G\u00e9n\u00e9ral Juin, \u00e9taient parvenus \u00e0 forcer le passage \u00e0 Casino, l\u00e0 o\u00f9 les Am\u00e9ricains pi\u00e9tinaient depuis des semaines.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Peu apr\u00e8s, nous avons regagn\u00e9 Hano\u00ef. Notre s\u00e9jour approchait de son terme. En 18 mois de pr\u00e9sence en Indo, nous n&#8217;avions pas ch\u00f4m\u00e9s. Que d&#8217;op\u00e9rations, que de Kms parcourus\u00a0! Combien de fois le destin nous avait \u00e9t\u00e9 favorable, sans jamais avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par la chance\u00a0! Terriblement attach\u00e9s \u00e0 ce pays, nous \u00e9tions devenus des hommes, bien loin des jeunes gars de 20 ans partis courir l&#8217;aventure \u00e0 l&#8217;autre bout du monde.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La vie au Protectorat, notre base arri\u00e8re, \u00e9tait confortable. Hano\u00ef \u00e9tait une ville tr\u00e8s agr\u00e9able o\u00f9 chacun d&#8217;entre nous y avait ses habitudes, son bistro pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, son dancing attitr\u00e9. Comme nous \u00e9tions souvent au diable, sans gu\u00e8re de possibilit\u00e9s de d\u00e9penser notre solde, nous \u00e9tions assez nantis lors de nos s\u00e9jours en ville. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il nous restait encore six mois \u00e0 tirer, sans savoir ce qui nous attendait. Jamais nous n&#8217;envisagions le pire. Personnellement, il ne m&#8217;\u00e9tait jamais venu \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que je ne puisse pas rentrer en France. La mort certes, nous la c\u00f4toyons quotidiennement, mais ce n&#8217;\u00e9tait pas une obsession, tout au plus une \u00e9ventualit\u00e9 lointaine.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je b\u00e9n\u00e9ficiais alors d\u2019une sorte d&#8217;entracte forc\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une nouvelle dysenterie. Un besoin de soins \u00e9nergiques n\u00e9cessita une hospitalisation \u00e0 l&#8217;Infirmerie de la Base A\u00e9roport\u00e9e Nord (BAPN)\u00a0: lit douillet, piq\u00fbres douloureuses, infirmi\u00e8res parfois sympas, nourriture &#8220;hospitali\u00e8re&#8221;. Je fus rapidement r\u00e9tabli puis exp\u00e9di\u00e9 pour une quinzaine de jours au centre de repos de Vat Chay o\u00f9 le bataillon avait s\u00e9journ\u00e9 en ao\u00fbt l&#8217;an pass\u00e9. M\u00eame cadre enchanteur, m\u00eame bulle aussi solidement coinc\u00e9e\u2026 Comme on \u00e9tait loin des pistes du Tonkin, des rizi\u00e8res et des pitons, des buffles hargneux et non comestibles \u2026 c&#8217;est la vie de ch\u00e2teau, pourvu que \u00e7a dure\u00a0! H\u00e9las \u00e7a n\u2019a pas dur\u00e9 et j&#8217;ai bien vite repris ma place au sein de mon cher 2<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> commando auquel j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 fid\u00e8le depuis mon enr\u00f4lement. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Ma place \u00e9tait au milieu des copains, pas dans un lit d&#8217;h\u00f4pital ou en centre de repos. Cet entracte, m\u00eame s&#8217;il me f\u00fbt salutaire, aurait \u00e9t\u00e9 comme une tache sur mon palmar\u00e8s s\u2019il s\u2019\u00e9tait prolong\u00e9. Je n\u2019avais jamais rat\u00e9 une op\u00e9ration ou \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une sortie et je voulais qu&#8217;il en soit ainsi jusqu&#8217;\u00e0 mon retour. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour une fois, nous \u00e9tions rest\u00e9s \u00e0 Hano\u00ef, pas une \u00e9ternit\u00e9 mais plus longtemps qu&#8217;\u00e0 l&#8217;accoutum\u00e9 \u2026 le Colonel Chavatte devait \u00eatre en permission ? Grand bien lui fasse\u00a0! Se frotter \u00e0 la vie civilis\u00e9e n&#8217;avait rien de d\u00e9sagr\u00e9able. Une boisson fra\u00eeche \u00e0 la terrasse de la Taverne Royale et le sourire d&#8217;une jolie fille \u00e9taient des joies simples auxquelles nous ne nous \u00e9tions gu\u00e8re habitu\u00e9s, raison de plus pour en profiter pleinement. Et puis septembre est arriv\u00e9, marquant la reprise des combats. C&#8217;est un peu comme si tous les bellig\u00e9rants prenaient leurs vacances en ao\u00fbt\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le poste de Dong Kh\u00e9, que nous avions r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de haute lutte en mai dernier, avait \u00e9t\u00e9 repris par les Vi\u00eats. M\u00eame les L\u00e9gionnaires du 1<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">er<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BEP, notre Bataillon fr\u00e8re, n&#8217;\u00e9taient pas parvenus \u00e0 les en d\u00e9loger. Par ailleurs, le Haut Commandement, apr\u00e8s bien des tergiversations, avait d\u00e9cid\u00e9 l&#8217;abandon de Cao Bang et son \u00e9vacuation par les militaires, mais aussi par les civils qui constituait d\u00e8slors un objectif quasi irr\u00e9alisable.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La RC4 avait \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9e <\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\">la route de la mort<\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\">. Des dizaines de convois y avaient \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis au cours de sanglantes embuscades.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je n\u2019avais rien d&#8217;un fin strat\u00e8ge, je n&#8217;avais pas suivi les cours de l&#8217;Ecole de guerre et je n&#8217;avais fait partie d&#8217;aucun \u00e9tat-Major. Je n&#8217;\u00e9tais qu&#8217;un modeste sous-officier parachutiste poss\u00e9dant n\u00e9anmoins suffisamment d&#8217;exp\u00e9rience pour deviner qu\u2019avoir la pr\u00e9tention de vouloir acheminer une colonne aussi importante sur un trajet aussi long n\u2019\u00e9tait pas seulement inconscient mais compl\u00e8tement criminel. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Celui qui avait pris une telle d\u00e9cision aurait m\u00e9rit\u00e9 d&#8217;\u00eatre pass\u00e9 par les armes. J\u2019imagine, bien au contraire, que le responsable en question a sans doute poursuivi une belle carri\u00e8re et est mort dans son lit, ayant droit aux honneurs militaire lors de ses obs\u00e8ques.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un autre itin\u00e9raire \u00e9tait pourtant envisageable par la RC 3. Celle-ci, en passant par Thai Nguyen, avait un acc\u00e8s direct \u00e0 la Moyenne r\u00e9gion et, de plus, l\u2019avantage de ne pas longer la fronti\u00e8re de Chine d&#8217;o\u00f9 la colonne risquait d&#8217;\u00eatre attaqu\u00e9e sans m\u00eame pouvoir riposter. L&#8217;incurie l&#8217;emporta sur la raison et la colonne Charton se mit en marche.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">De That Kh\u00e9, une colonne de secours aux ordres du Colonel Le Page fut form\u00e9e et se mis en route pour venir en aide \u00e0 la colonne Charton. Les deux colonnes ne parvinrent jamais \u00e0 faire leur jonction et des combats f\u00e9roces se d\u00e9roul\u00e8rent, causant des pertes consid\u00e9rables. Des unit\u00e9s de grandes valeurs, telles que le 1<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">er<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BEP, le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> REI et les Tabors, furent massacr\u00e9es par un adversaire tellement plus nombreux, sup\u00e9rieur en armement et anim\u00e9 d\u2019un grand courage.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L\u2019an\u00e9antissement du 3\u00e8me BCCP :<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"_Hlk194049107\"><\/a> <span style=\"font-size: medium;\">Le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP \u00e9tait rentr\u00e9 le 4 ou 5 octobre d&#8217;une longue op\u00e9ration au Laos. Pour notre Bataillon, c&#8217;\u00e9tait fini, notre s\u00e9jour \u00e9tait termin\u00e9. L&#8217;unit\u00e9 qui devait nous remplacer \u00e9tait arriv\u00e9e et nous devions embarquer sur le Pasteur qui l&#8217;avait amen\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant nous avons \u00e9t\u00e9 mis en alerte et les permissions de sortie du 7 au soir ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es. Le dimanche 8 octobre au matin, nous \u00e9tions sur le terrain de Bach Mai pr\u00eats \u00e0 sauter.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est \u00e0 noter que pour ce dernier saut, il aurait \u00e9t\u00e9 possible de ne pas y prendre part. Notre Toubib, le Capitaine Armstrong, \u00e9tait alors tr\u00e8s conciliant concernant les exemptions de service. Cependant, rares furent ceux qui en profit\u00e8rent.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis son arriv\u00e9e en Indochine, le 9 novembre 1948, notre cher Bataillon avait vu ses effectifs fondre. Les morts, les bless\u00e9s et les malades rapatri\u00e9s sanitaires ont fait que pour ce dernier saut, nous n&#8217;\u00e9tions plus que 285. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9tait-ce le r\u00e9veil tardif d&#8217;un instinct guerrier ou l&#8217;espoir de d\u00e9crocher in extr\u00e9mis quelques bananes valorisantes, quelques-uns de ceux qui n&#8217;a avaient pas encore quitt\u00e9 le Protectorat se sont port\u00e9s volontaires. Quoiqu\u2019il en soit, je me suis retrouv\u00e9 chef d\u2019un stick ayant un effectif de 8 au lieu des 15 pr\u00e9vus normalement.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce n&#8217;est que sur le tard que la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise de nous parachuter. J&#8217;ai eu l&#8217;impression que l&#8217;Etat-Major n&#8217;\u00e9tait pas tellement certain de l&#8217;absolue n\u00e9cessit\u00e9 de notre intervention. N\u00e9anmoins, le 8 octobre 1950, nous sautions sur That Kh\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">That Kh\u00e9 devait \u00eatre \u00e9galement abandonn\u00e9. Cette \u00e9vacuation de la troupe et de la population aurait pu avoir lieu en principe sans trop de probl\u00e8mes. C\u2019\u00e9tait sans compter un grain de sable qui vint tout remettre en question et devait causer notre perte\u00a0: le pont, au-del\u00e0 de That Kh\u00e9, permettant de franchir la rivi\u00e8re Song Kh\u00e9 Kong, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par un commando suicide vietminh.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">L&#8217;honneur nous avait \u00e9t\u00e9 fait de former l&#8217;arri\u00e8re garde. La population \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 partie quand nous avons pris la route. Rien ne semblait plus lugubre que cette ville abandonn\u00e9e, des foyers allum\u00e9s par des commer\u00e7ants qui n&#8217;avaient pas pu tout emmener, la fum\u00e9e, l&#8217;\u00e9clatement des bambous \u2026 Nous n&#8217;avions qu&#8217;une id\u00e9e en t\u00eate, filer de l\u00e0\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous pr\u00e9c\u00e9dant, les Tabors, avaient conserv\u00e9 un invraisemblable mat\u00e9riel et tout ce qui leur \u00e9tait n\u00e9cessaire pour leur subsistance hors des villes, y compris les femmes de leur BMC. Leur progression \u00e9tait de ce fait tr\u00e8s lente. Arriv\u00e9s au Song Kh\u00e9 Kong, Il leur fallut \u00e9videmment une \u00e9ternit\u00e9 pour traverser la rivi\u00e8re \u00e0 l&#8217;aide de barques. Quand ils eurent termin\u00e9, le jour pointait et pour tout arranger ils avaient laiss\u00e9 les barques en question sur l\u2019autre rive. Il fallut donc que quelques gars d\u00e9vou\u00e9s et bons nageurs se mettent \u00e0 l&#8217;eau pour les ramener. Le temps qu&#8217;\u00e0 notre tour nous passions, il faisait grand jour.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant tout ce temps pass\u00e9 \u00e0 franchir cette foutue rivi\u00e8re, les Vi\u00eats avaient eu tout le loisir de nous pr\u00e9parer une magistrale embuscade vers laquelle nous foncions t\u00eate baiss\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le destin du 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> BCCP se terminait ici, \u00e0 D\u00e9o Cat, tout petit point sur une carte \u2026 mais que de sang, que de morts\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Litt\u00e9ralement clou\u00e9s sur place, nous ne pouvions ni avancer, ni reculer. La seule \u00e9chappatoire \u00e9tait la brousse \u00e0 gauche de la route o\u00f9 nous avions tent\u00e9 de nous dissimuler pour \u00e9chapper aux tirs. Le fait de n\u2019avoir rien aval\u00e9 depuis 3 jours n&#8217;am\u00e9liorait pas notre situation.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Au bout d&#8217;un certain temps dont je suis bien incapable de d\u00e9terminer la dur\u00e9e, l&#8217;ordre nous f\u00fbt donn\u00e9 de saboter notre mat\u00e9riel, d&#8217;abandonner les bless\u00e9s et de rejoindre Na Cham en pratiquant la gu\u00e9rilla\u00a0!!! <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Encore un ordre d&#8217;une monumentale connerie\u00a0: non seulement ce message lanc\u00e9 par un Morane 500 signalait aux Vi\u00eats notre exacte position mais surtout, comment aurions-nous pu pratiquer la gu\u00e9rilla alors que depuis belle lurette nous n&#8217;avions plus de munitions\u00a0!!!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le Capitaine Armstrong demeura avec les bless\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 align\u00e9s au bord de la route, puis nous nous sommes enfonc\u00e9s dans la brousse.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Bient\u00f4t nous sommes tomb\u00e9s sur une embuscade, puis une deuxi\u00e8me et encore une autre \u2026 Les Vi\u00eats avaient investis tous les compartiments du terrain. Ils \u00e9taient partout o\u00f9 nous allions, sortant d\u2019une embuscade pour tomber sur une nouvelle\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Lorsqu&#8217;on tombe sur une embuscade, on ne reste pas group\u00e9, on \u00e9clate, on s&#8217;\u00e9parpille. \u00c0 force d&#8217;\u00e9clater et de s&#8217;\u00e9parpiller, le Bataillon, ou tout au moins ce qu&#8217;il en restait, n&#8217;\u00e9tait plus form\u00e9 que d&#8217;une multitude de petits groupes, plus ou moins importants, parfois 2 ou 3 paras, cherchant \u00e0 tracer une route improbable ver un point salvateur.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour ma part, j&#8217;errais tant\u00f4t seul, tant\u00f4t en compagnie d\u2019autres camarades, d&#8217;une piste \u00e0 l&#8217;autre, devenu le triste gibier d&#8217;implacables chasseurs.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En peu de temps, notre intervention sur That Kh\u00e9 avait vir\u00e9 au cauchemar. Loin d\u2019\u00eatre d\u00e9cisive, au moins avait-elle permis \u00e0 quelques rescap\u00e9s des colonnes Charton et Lepage, environ une centaine, d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 la capture. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e9cid\u00e9e \u00e0 la h\u00e2te, cette op\u00e9ration fut le baroud d&#8217;honneur du 3\u00e8me BCCP. \u00c9tait-elle judicieuse ? C&#8217;est contestable ! Comment une petite troupe \u00e0 bout de souffle pouvait-elle redresser une situation compromise d\u00e8s le d\u00e9part ? Pour nous et les membres de la compagnie du Lieutenant Loth, la cons\u00e9quence fut dramatique et causa l\u2019an\u00e9antissement du 3\u00e8me BCCP.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Si le prix d&#8217;une victoire n&#8217;est jamais trop \u00e9lev\u00e9, celui d&#8217;une d\u00e9faite l&#8217;est toujours trop !<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L\u2019enfer de la captivit\u00e9\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette fuite d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pris fin le 15 octobre dans l&#8217;apr\u00e8s-midi en tombant sur deux groupes de partisans Vi\u00eats, sans aucune \u00e9chappatoire.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Vite d\u00e9sarm\u00e9, trait\u00e9 correctement, j&#8217;ai rejoint un village o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 quelques-uns des n\u00f4tres \u00e9taient parqu\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Impression d\u00e9sagr\u00e9able d\u2019avoir le sentiment que le gros de la troupe \u00e9tait parvenu \u00e0 s&#8217;enfuir et que seuls moi et quelques autres malchanceux avaient \u00e9t\u00e9 faits aux pattes.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Une k\u00e9 bat de riz, de l&#8217;eau, une cigarette et me voici ficel\u00e9, bras dans le dos, lien autour du cou, avec mon chef de corps, le Capitaine Cazaux, allong\u00e9 dans un foss\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Toute la nuit, il est tomb\u00e9 des cordes, la pluie rentrant par le col de mon treillis et ressortant par le bas de mon pantalon. J&#8217;ai pourtant pass\u00e9 ma premi\u00e8re nuit de captif en dormant comme une souche. Il n&#8217;en a certainement pas \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour le Capitaine Cazaux dont l\u2019unit\u00e9 avait cess\u00e9 d&#8217;exister sans que cela puisse lui \u00eatre imput\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le lendemain matin, le retour \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 f\u00fbt plut\u00f4t p\u00e9nible. J&#8217;\u00e9tais prisonnier et mon avenir \u00e9tait des plus incertain. Rapidement d\u00e9tach\u00e9s, nous avons \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s avec d&#8217;autre prisonniers et, l&#8217;homme est ainsi fait, la pr\u00e9sence d&#8217;autres captifs eut soudainement quelque chose de r\u00e9confortant car il apparaissait peu probable qu\u2019une telle quantit\u00e9 de prisonniers puisse \u00eatre liquid\u00e9e comme \u00e7a, discr\u00e8tement, contrairement \u00e0 un petit groupe de quelques prisonniers isol\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un convoi, d\u2019environ 130 prisonniers dont une dizaine d\u2019officiers, s&#8217;est alors form\u00e9. Outre le Capitaine Cazaux, je retrouvais le Capitaine Armstrong, le toubib de l\u2019unit\u00e9, le Lieutenant Rougier, mon sup\u00e9rieur direct ainsi que d&#8217;autres officiers et des gars d&#8217;autres unit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En fin de matin\u00e9e, nous nous sommes mis en route, lest\u00e9s de notre riz pour le d\u00e9placement. Empruntant la RC4, nous sommes repass\u00e9s \u00e0 D\u00e9o Cat o\u00f9 avait eu lieu l&#8217;embuscade fatale. Les morts et les bless\u00e9s, d\u00e9c\u00e9d\u00e9s depuis, \u00e9taient toujours allong\u00e9s sur la route, d\u00e9pouill\u00e9s de leurs chaussures et de leurs v\u00eatements. L&#8217;odeur \u00e9tait insoutenable. Plus loin, nous avons quitt\u00e9 la route pour emprunter une piste qui serpentait entre les calcaires, cadence supportable, \u00e9tapes raisonnables, sentinelles compr\u00e9hensives avec les tra\u00eenards. Comparativement aux jours pr\u00e9c\u00e9dents, ce trajet f\u00fbt comme une promenade.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Partis le 16 octobre en direction du nord, notre piste a crois\u00e9 le 23 octobre une petite rivi\u00e8re. Au niveau du pont, nous avons \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s de nos officiers auxquels avaient \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s les adjudants et adjudants-chefs. Chaque officier nous a alors serr\u00e9 la main, nous souhaitant bon courage et bonne chance. Ils ont travers\u00e9 la rivi\u00e8re tandis que nous partions sur une autre piste \u2026nous ne devions pas tous les revoir\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons fini par atteindre le village de Dong Pan, une petite localit\u00e9 typique de la r\u00e9gion avec ses ka nha b\u00e2ties sur pilotis sous lesquelles tr\u00f4nait l&#8217;in\u00e9vitable buffle et une distribution d&#8217;eau de source qu&#8217;un judicieux syst\u00e8me de d\u00e9rivations amenait dans chaque foyer.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous venions de faire connaissance avec le camp n\u00b0 3. Nous y sommes rest\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la mi-d\u00e9cembre<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;avaient \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s plusieurs centaines de prisonniers de la RC 4, toutes armes confondues. Des groupes s&#8217;\u00e9taient form\u00e9s, par unit\u00e9, par nationalit\u00e9 pour les l\u00e9gionnaires, tous log\u00e9s chez l&#8217;habitant qui, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, avait c\u00e9d\u00e9 une grande partie de son habitation pour y caser de 20 \u00e0 25 prisonniers. Pour eux, ce n&#8217;\u00e9tait pas un cadeau car, tous autant que nous sommes, nous \u00e9tions d&#8217;abominables chapardeurs. Ainsi, l&#8217;autel des anc\u00eatres qui tr\u00f4nait dans chaque maison et \u00e0 qui des offrandes alimentaires \u00e9taient apport\u00e9es quotidiennement, avaient rapidement \u00e9t\u00e9 mis hors de notre port\u00e9e car en quelques instants les offrandes disparaissaient. Nos rapports avec nos h\u00f4tes n&#8217;\u00e9taient ni bons, ni mauvais, tant qu&#8217;ils ont pu nous \u00e9changer les rares bricoles \u00e9chapp\u00e9es aux fouilles, jusqu\u2019\u00e0 nos chaussures et \u00e0 nos v\u00eatements. Les rapports \u00e9taient m\u00eame parfois cordiaux \u2026 mais du jour o\u00f9 nous n&#8217;e\u00fbmes plus rien \u00e0 vendre ou \u00e0 \u00e9changer, l\u2019ambiance changea. Nous n&#8217;y pouvions rien, ni les uns, ni les autres, nous \u00e9tions condamn\u00e9s \u00e0 nous supporter\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La nourriture \u00e9tait terriblement insuffisante, compos\u00e9e d\u2019un bol de riz, d\u2019une louche d&#8217;un liquide chaud dans lequel surnageait quelques morceaux de liseron d&#8217;eau. A ce r\u00e9gime-l\u00e0, nous ne risquions pas de pouvoir tenir bien longtemps. Si le riz \u00e9tait \u00e9galement leur nourriture de base, les habitants pouvaient n\u00e9anmoins compl\u00e9ter leur repas avec un peu de viande de volaille, voire du poisson, mais aussi des l\u00e9gumes et des fruits en abondance.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le soir, regroup\u00e9s autour d&#8217;un maigre feu, nous ne pouvions que maudire notre destin car \u00e0 cette m\u00eame heure, nous aurions d\u00fb \u00eatre sur le Pasteur en route pour la France alors que nous croupissions dans un petit village du haut Tonkin pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pratiquement jusqu\u2019\u00e0 la fin du mois d&#8217;octobre, les Vi\u00eats nous ont fichu une paix royale, \u00e0 part l&#8217;accomplissement des corv\u00e9es n\u00e9cessaires. Parfois pendant notre temps libre, un paysan embauchait quelques-uns d\u2019entre nous pour l\u2019aider dans ses t\u00e2ches quotidiennes avec, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, quelques nourritures en r\u00e9compense mais ce n&#8217;\u00e9tait pas obligatoire.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un des principaux sujets de conversation \u00e9tait la possibilit\u00e9 de s&#8217;\u00e9vader, la r\u00eave de tout prisonnier, mais difficilement r\u00e9alisable. Les lignes fran\u00e7aise devaient \u00eatre \u00e0 350 kms. Comment parcourir une telle distance sans nourriture, sans boussole et surtout en passant inaper\u00e7u\u00a0? Le moindre gamin gardant son buffle aurait vite fait de rep\u00e9rer la silhouette d&#8217;un europ\u00e9en et de donner l\u2019alerte.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Bien que les chances de r\u00e9ussite soient quasiment nulles, nombreux furent ceux qui tent\u00e8rent de faire la belle mais aucune \u00e9vasion ne r\u00e9ussit. Rapidement repris, les \u00e9vad\u00e9s revenaient au camp l&#8217;oreille basse. Les plus chanceux s&#8217;en tiraient avec une vol\u00e9e de coups, d&#8217;autres eurent droit \u00e0 un s\u00e9jour plus ou moins prolong\u00e9 dans la cage \u00e0 buffle, sous les Ka nha. Cette cohabitation \u00e9tait particuli\u00e8rement p\u00e9nible, les pieds dans la boue, dans les excr\u00e9ments et les eaux de cuisine. De plus, ces saloperies de bestioles qui, para\u00eet-il, sont allergiques \u00e0 notre odeur, tentaient d&#8217;\u00e9craser l&#8217;intrus contre un pilotis. A cela venaient s\u2019ajouter les maringouins, minuscules insectes \u00e0 la piq\u00fbre particuli\u00e8rement douloureuse. L&#8217;enfer tout simplement\u00a0! D&#8217;autre \u00e9vad\u00e9s furent massacr\u00e9s par des paysans qui avaient \u00e9t\u00e9 avertis qu&#8217;aider un \u00e9vad\u00e9 \u00e9tait puni de la peine de mort.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je n&#8217;ai pas tent\u00e9 l&#8217;aventure. A mon avis, il faut avoir un certain pourcentage de chance de r\u00e9ussite pour prendre un tel risque. Un Prisonnier, \u00e9vad\u00e9 un soir, l&#8217;a compris en revenant de lui-m\u00eame le surlendemain, affirmant qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait \u00e9gar\u00e9 au cours d&#8217;une corv\u00e9e de bois. Ayant r\u00e9ussi \u00e0 convaincre les Vi\u00eats de sa bonne foi, il eut la chance de ne pas \u00eatre sanctionn\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Au d\u00e9but du mois de novembre, un nouveau personnage fit soudainement son apparition dans notre univers de captifs\u00a0: le Commissaire Politique (CP).<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis le d\u00e9but de notre captivit\u00e9, nous \u00e9tions soumis \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 des chefs de convois lors des d\u00e9placements, puis celle du chef de camp une fois arriv\u00e9s \u00e0 destination. Ce dernier \u00e9tait surtout responsable de la discipline, des probl\u00e8mes d&#8217;Intendance et des soldats qui nous gardaient. Le CP \u00e9tait un personnage tout puissant, ayant le droit de vie ou de mort sur chaque prisonnier. Rigoureux, intransigeant, communiste convaincu, pour ne pas dire born\u00e9, il avait pour mission de nous convertir de gr\u00e9 ou de force, nous abominables mercenaires du colonialisme et des fauteurs de guerre am\u00e9ricains, en d&#8217;authentiques communistes, combattants de la paix, d\u00e9vou\u00e9s corps et \u00e2me au service de la cause qu&#8217;il d\u00e9fendait.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre premier contact e\u00fbt lieu lors du premier rassemblement de tous les prisonniers pr\u00e9sents. Prise de contact plut\u00f4t r\u00e9frig\u00e9rante au cours de laquelle il nous d\u00e9clara, en guise d&#8217;entr\u00e9e en mati\u00e8re, que nous \u00e9tions des criminels de guerre, m\u00e9ritant tous d&#8217;\u00eatre fusill\u00e9s sans exception. Son pr\u00e9ambule ayant eu l&#8217;effet escompt\u00e9, il mod\u00e9ra alors ses propos en nous disant que le v\u00e9n\u00e9rable Pr\u00e9sident Ho Chi Minh, comprenant que notre jeunesse avait \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e, souhaitait que nous devenions des hommes nouveaux une fois nos fautes rachet\u00e9es. Il \u00e9voqua ainsi la fameuse \u00ab grande cl\u00e9mence de l\u2019oncle Ho \u00bb dont nous n\u2019avions pas fini d\u2019entendre parler tout au long de notre captivit\u00e9. Inutile de dire que la grande cl\u00e9mence en question fit l\u2019objet de bien des railleries, assimil\u00e9e plut\u00f4t \u00e0 une quelconque ch\u00e9rie qu\u2019\u00e0 une hypoth\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dont nous allions d\u2019ailleurs tr\u00e8s vite mesurer les limites.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Puis, pendant plus d&#8217;une heure, notre CP nous vanta les m\u00e9rites du paradis socialiste et voulut, \u00e0 la fin de son discours, que nous chantions tous en ch\u0153ur une vibrante Internationale. Ce fut pour lui un bide total\u00a0! Nous ne savions pas qu&#8217;un jour viendrait o\u00f9 nous chanterions avec lui ou avec tout autre CP, tout ce qu&#8217;il voudrait.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un jour, notre cher CP d\u00e9cida d\u2019interdire les coiffures d\u2019armes. A l\u2019\u00e9poque, chaque arme portait le calot de diff\u00e9rentes couleurs, moi, \u00e9videmment le b\u00e9ret rouge. C\u2019est ainsi que le C.P lui-m\u00eame m\u2019arracha mon b\u00e9ret et le jeta au sol. Habile n\u00e9gociateur, je r\u00e9ussis \u00e0 lui faire admettre que, sans rien sur la t\u00eate en \u00e9t\u00e9, nous risquions l\u2019insolation. Il accepta alors mes arguments et me permis de r\u00e9cup\u00e9rer mon b\u00e9ret \u00e0 condition de le porter retourn\u00e9 donc c\u00f4t\u00e9 noir. J\u2019ai donc retourn\u00e9 mon b\u00e9ret pour le conserver, sans pour autant retourner ma veste.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">L&#8217;effectif du camp \u00e9tait fluctuant, une centaine de prisonniers partaient un beau jour pour une destination inconnue, d&#8217;autres arrivaient. Nous retrouvions alors avec joie des copains dont nous ignorions le sort. Avec l\u2019arriv\u00e9e du CP, la discipline s&#8217;\u00e9tait raffermie et les chapardages s\u00e9v\u00e8rement sanctionn\u00e9s. Les \u00e9vasions avaient pratiquement cess\u00e9 bien que le CP ait lui-m\u00eame propos\u00e9 cinq jours de vivres \u00e0 ceux qui voudraient tenter l&#8217;exp\u00e9rience. Il n&#8217;y e\u00fbt, bien \u00e9videmment, aucun candidat\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e9but d\u00e9cembre 1950, une cinquantaine de prisonniers, partirent travailler \u00e0 la r\u00e9fection d&#8217;une route. Les premiers jours, les outils qui nous avaient \u00e9t\u00e9 fournis eurent les manches bris\u00e9s, le lendemain \u00e9galement. Le soir de ce deuxi\u00e8me jour, le bol de riz qui constituait notre ordinaire f\u00fbt remplac\u00e9 par un bol d&#8217;eau chaude dans lequel flottaient quelques grains de riz. Il en f\u00fbt de m\u00eame le lendemain et le surlendemain. Nous f\u00fbmes alors ramen\u00e9s sur le chantier pour y reprendre le travail. Etrangement, \u00e0 la fin de journ\u00e9e, les manches des outils n&#8217;avaient pas \u00e9t\u00e9 cass\u00e9s. On avait compris la le\u00e7on\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Par petits groupes de 20 \u00e0 30 prisonniers, nous avons \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s je ne sais o\u00f9 pour quelques travaux, quittant d\u00e9finitivement Dong Pan. Nous avons ainsi \u00e9t\u00e9 promen\u00e9s pendant environ un mois de village en village o\u00f9 on nous exhibait. Nous avions fi\u00e8re allure pieds nus avec nos v\u00eatements mal en point, nos barbes hirsutes, les pieds nus qui nous faisait davantage ressembler \u00e0 des \u00e9pouvantails qu&#8217;\u00e0 des soldats. Les populations affichaient une indiff\u00e9rente totale, \u00e0 vrai dire nous aussi, ne pouvant que marcher en silence, profil bas, conscients de notre d\u00e9ch\u00e9ance.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En janvier 1951, nous avons rejoint le camp n\u00b0 2 \u00e0 Soc Chang, dans le secteur de Trung Khanh Phu. Cette fois-ci, pas de logement chez l&#8217;habitant mais des baraquements construits \u00e0 notre intention et ouverts \u00e0 tous les vents\u00a0: une quarantaine de m\u00e8tres de long sur dix de large, pas de murs, avec \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des bats flancs, dispos\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 et destin\u00e9s au couchage. Il y r\u00e9gnait un froid humide qui gla\u00e7ait les os.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le matin tr\u00e8s t\u00f4t, nous \u00e9tions rassembl\u00e9s dans la rizi\u00e8re o\u00f9 le CP venait nous distiller sa bile, apr\u00e8s nous avoir fait attendre une heure, parfois plus. Haut comme trois pommes \u00e0 genoux, il \u00e9tait ridicule avec ses allures de matamore, son casque trop grand et un gros colt qui lui battait la cuisse, une fourrag\u00e8re aux couleurs de la L\u00e9gion d\u2019honneur pendue \u00e0 la crosse. Mauvais comme une teigne, il nous promettait les foudres de l&#8217;enfer \u00e0 la moindre incartade puis il regagnait sa baraque apr\u00e8s une derri\u00e8re insulte.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est ici que d\u00e9buta notre endoctrinement politique.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Un matin de f\u00e9vrier, au rassemblement du matin, nous v\u00eemes qu&#8217;un poteau avait \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 non loin de l\u00e0. Notre cher CP nous annon\u00e7a qu&#8217;un prisonnier, le caporal Robert Journez, allait \u00eatre fusill\u00e9. Son crime \u00e9tait d\u2019avoir tent\u00e9 d&#8217;entrer en contact avec les Fran\u00e7ais alors qu&#8217;il \u00e9tait affect\u00e9 \u00e0 la r\u00e9paration de postes radio. Une mitrailleuse, d&#8217;une rafale, coupa en deux ce valeureux gar\u00e7on devant nous, tous fig\u00e9s dans un impeccable garde \u00e0 vous.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Quelques temps plus tard, un nouveau CP nous f\u00fbt affect\u00e9, bien diff\u00e9rent de notre nain de jardin. Relativement sympathique, parlant un fran\u00e7ais parfait, c&#8217;est tout juste s&#8217;il ne nous traitait pas en copains. Lors d&#8217;une r\u00e9union, il nous annon\u00e7a qu&#8217;il avait d\u00e9cid\u00e9 que les prisonniers devaient \u00e9crire un journal et demanda des volontaires. Je fus du nombre, non pas que j&#8217;eus quelques pr\u00e9tentions \u00e9pistolaires mais, qui dit journal dit papier, et le papier. Or, le papier \u00e9tait un mat\u00e9riel pr\u00e9cieux, indispensable pour rouler des cigarettes avec les rares feuilles de tabac que nous arrivions \u00e0 faucher sur un pied puis \u00e0 faire s\u00e9cher sur une t\u00f4le. Il vous arrachait la gueule\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon copain Claude Bergerat \u00e9tait \u00e9galement volontaire, ainsi qu\u2019un autre grand copain Dubus, volontaire d&#8217;office. Ce malheureux Dubus avait, parmi les prisonniers, une place peu enviable. Ayant fait ses \u00e9tudes \u00e0 Hano\u00ef, il parlait et lisait le vietnamien, or le CP exigeait que leurs conversations aient lieu en vietnamien. De ce fait, les autres prisonniers, ne comprenant pas ce qu\u2019il disait exactement, avaient tendance \u00e0 douter de ce pauvre Dubus. Un autre volontaire, Karakach, copiste et dessinateur dot\u00e9 d&#8217;un remarquable coup de crayon, \u00e9tait charg\u00e9 de l&#8217;illustration.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons ainsi pondu notre premier journal. Pour ma part, j&#8217;avais \u00e9crit un petit article sur les bobards in\u00e9vitables qui abondaient. Il y avait m\u00eame une grille de mots crois\u00e9s. Nous avions trouv\u00e9 un titre original\u00a0: <\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\">La Gazette du Prisonnier<\/span><span style=\"font-family: Calibri, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;<\/span><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> et vogue la gal\u00e8re. Notre premier num\u00e9ro n\u2019eut pas l\u2019air de plaire \u00e0 notre CP qui se mit dans une col\u00e8re noire. Il est vrai que notre journal ne faisait aucunement mention de politique, se focalisant sur la vie du camp, les f\u00eates pass\u00e9es au loin et autres fariboles. Il voulait des textes refl\u00e9tant notre adh\u00e9sion, pleine et enti\u00e8re, \u00e0 la lutte pour la paix au Vi\u00eatnam, et stigmatisant les fauteurs de guerre am\u00e9ricains et autres colonialistes et imp\u00e9rialistes de tout poil.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre journal mural n\u2019eut qu\u2019un seul exemplaire et perdura jusqu\u2019au d\u00e9part du premier convoi. Chaque semaine, le CP r\u00e9unissait son \u00e9quipe de plumitifs pour fixer les th\u00e8mes \u00e0 aborder et nous vanter les joies sans nombre dont b\u00e9n\u00e9ficiaient les heureux \u00e9lus qui vivaient en Russie et dans les autres pays amis\u00a0; joies que nous conna\u00eetrions un jour quand, gr\u00e2ce \u00e0 lui, nous serions devenus des hommes nouveaux.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avions mis un doigt dans l&#8217;engrenage, impossible d\u00e9sormais de faire marche arri\u00e8re. Puis vint l\u2019\u00e9poque des manifestes, des r\u00e9solutions, des proclamations et autres billeves\u00e9es\u00a0; des \u00e9crits dont parfois la roublardise \u00e9chappait \u00e0 nos ge\u00f4liers. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 quelques temps de l\u00e0, notre CP, toujours tr\u00e8s actif, d\u00e9cida de nous confier la r\u00e9daction d&#8217;un appel au Pr\u00e9sident Ho Chi Minh, toujours aussi v\u00e9n\u00e9rable, pour lui demander notre lib\u00e9ration. Ce f\u00fbt Bergerat qui se chargea de r\u00e9diger ce fameux appel. Il pondit un texte tout en finesse que j&#8217;aurai aim\u00e9 pouvoir conserver, r\u00e9pondant \u00e0 la fois aux attentes du CP, sans trop se compromettre pour autant.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il s&#8217;agissait maintenant de faire signer cet appel par tous les prisonniers \u2026 sans exception. Ce f\u00fbt laborieux, certains prenant cette signature comme un engagement. Il fallut une semaine enti\u00e8re pour que tous signent. Ce qui n\u2019emp\u00eacha pas les Vi\u00eats d\u2019envoyer en camp disciplinaire les 50 derniers signataires.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Parmi les Europ\u00e9ens se trouvait un Allemand du nom de Borchers. Il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gion uniquement pour d\u00e9serter. Lorsque je l\u2019ai rencontr\u00e9, il avait le grade de Colonel et avait pris le nom de Chien S\u2019y, ce qui signifie le combattant. Il \u00e9tait assez sympa avec les Prisonniers et obtenait souvent pour eux une demi-journ\u00e9e de repos ou quelques am\u00e9liorations alimentaires. \u00c0 la fin de la guerre, les Viets l\u2019ont vir\u00e9. Il a fini ses jours \u00e0 la radio Est Allemande.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans ce camp, en compl\u00e9ment de notre \u00e9veil \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie communiste, nous donnions souvent un coup de main aux paysans pour leur r\u00e9colte du riz, travail absolument ext\u00e9nuant, hors de notre port\u00e9e. Il faut \u00eatre n\u00e9 ici pour avoir l&#8217;\u00e9chine assez souple. Quelques nourritures r\u00e9compensaient parfois nos efforts mais notre rendement \u00e9tait si faible que les paysans finirent par renoncer rapidement \u00e0 nous employer. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e9but mars, le printemps s&#8217;annon\u00e7ait et le ciel devint plus cl\u00e9ment. Nous avons alors quitt\u00e9 sans regrets nos baraquements ouverts aux quatre vents avec l&#8217;espoir d\u2019\u00eatre mieux log\u00e9s. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous nous sommes ainsi retrouv\u00e9s \u00e0 travailler sur la route allant de Quang Uyen \u00e0 Ta lung. A la suite du passage r\u00e9p\u00e9t\u00e9 des camions russes qui empruntaient nuitamment cette route, de nombreux virages s&#8217;\u00e9taient effondr\u00e9s. Notre mission consistait \u00e0 redresser ces virages\u00a0: plus haut sur le calcaire, certains faisaient d\u00e9gringoler de gros blocs de pierre, d&#8217;autres \u00e9taient alors charg\u00e9s d&#8217;en r\u00e9duire la taille, avant que d&#8217;autres enfin ne les transportent sur les lieux d&#8217;utilisation. Ces travaux \u00e9taient d\u2019autant plus \u00e9puisants pour des organismes sous aliment\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient effectu\u00e9s en plein soleil de 8h00 du matin \u00e0 18h00, 6 jours sur 7, le dimanche \u00e9tant consacr\u00e9 \u00e0 la chasse \u00e0 la vermine qui nous envahissait, sans oublier l\u2019\u00e9ducation politique omnipr\u00e9sente au quotidien.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Et pourtant, nous travaillions tous au maximum de nos possibilit\u00e9s car avant que ne commencent ces travaux routiers, le CP nous avait annonc\u00e9 la cr\u00e9ation de &#8220;comit\u00e9s de Paix et de rapatriement&#8221;.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8220;Rapatriement&#8221; \u00e9tait pour nous un mot magique, rempli d\u2019espoir, qui ranimait toutes les \u00e9nergies m\u00eame les plus d\u00e9faillantes. Nous nous sentions abandonn\u00e9s et n\u2019avions plus rien \u00e0 quoi nous raccrocher en dehors de cette faible lueur d\u2019espoir. Des efforts surhumains ont ainsi \u00e9t\u00e9 fournis par des prisonniers incapables de suivre la cadence et qui s&#8217;obstinaient, malgr\u00e9 tout, pour ne pas perdre leur chance d&#8217;\u00eatre rapatri\u00e9s. Beaucoup y consum\u00e8rent leurs derni\u00e8res forces\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le nombre de d\u00e9c\u00e8s qui avait tr\u00e8s sensiblement baiss\u00e9 pendant l&#8217;hiver remonta alors en fl\u00e8che, tant et si bien que le travail f\u00fbt l\u00e9g\u00e8rement all\u00e9g\u00e9 avec un repos les samedis et dimanches et un horaire de travail de 9h00 \u00e0 17h00.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous nous d\u00e9placions le long de la route au fur et \u00e0 mesure des travaux. Un jour, nous avons atteint le village de Long Co, remarquable par le fait que le point d&#8217;eau se trouvait au fond d&#8217;un gouffre d&#8217;une vingtaine de m\u00e8tres, rendant alors la corv\u00e9e d&#8217;eau particuli\u00e8rement acrobatique.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Fin avril-d\u00e9but mai, nous sommes finalement arriv\u00e9s au KM 10 de cette route, dans le village de Fia Kh\u00e9o. Ce village se trouvait au pied d&#8217;un calcaire sur lequel s&#8217;ouvrait, \u00e0 mi-pente, une vaste grotte. Nous y sommes rest\u00e9s assez longtemps.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les travaux routiers se sont alors interrompus pour c\u00e9der la place \u00e0 une \u00e9ducation politique \u00e0 haute dose.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Sur un terrain voisin avait \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e une petite estrade et toute une s\u00e9rie de bancs dispos\u00e9s en rond. Apr\u00e8s y avoir pris place, notre infatigable CP commen\u00e7ait alors ses cours. Le plus merveilleux dans la dialectique communiste est sa capacit\u00e9, avec un vocabulaire r\u00e9duit, \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter toujours les m\u00eames mots, les m\u00eames phrases, cent fois, mille fois. C&#8217;est assez l\u00e9nifiant\u00a0! Mais pas question pour autant de somnoler ou de laisser son esprit vagabonder\u00a0; les visages \u00e9taient scrut\u00e9s, des questions pos\u00e9es et malheur \u00e0 celui qui ne r\u00e9pondait pas correctement \u00e0 une question de l\u2019orateur. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s la pause destin\u00e9e au festin de midi, la s\u00e9ance reprenait l&#8217;apr\u00e8s-midi avec les m\u00eames formules, le m\u00eame bourrage de cr\u00e2ne, \u00e0 raison de 6 jours par semaine, des semaines durant, c&#8217;est abrutissant\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019id\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente du CP concernant le journal fut reprise avec l\u2019\u00e9quipe habituelle. Nous f\u00fbmes donc charg\u00e9s, Bergerat, Karakach et moi, de sa parution une fois par semaine. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avions d\u00e9sormais parfaitement saisi la teneur que devaient avoir nos articles \u2026 Notre CP \u00e9tait aux anges.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Les premi\u00e8res lib\u00e9rations :<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 10 juin, lors du rassemblement du matin, un \u00e9v\u00e9nement majeur se d\u00e9roula\u00a0: une centaine de noms furent appel\u00e9s et mis \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Apr\u00e8s quoi, notre cher CP nous annon\u00e7a que ces appel\u00e9s allaient former un convoi. Ils \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9s et prendraient aussit\u00f4t le chemin des lignes fran\u00e7aises. Moments de joie pour les partants, p\u00e9riode d&#8217;abattement pour ceux qui restaient.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s des adieux m\u00eal\u00e9s d&#8217;envie, des adresses \u00e9chang\u00e9es et des messages confi\u00e9s, le convoi se forma et disparu bient\u00f4t au premier virage.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">L&#8217;atmosph\u00e8re \u00e9tait plut\u00f4t morose. Toutefois, ce d\u00e9part soudain avait frapp\u00e9 bien des esprits mais surtout avait ranim\u00e9 l&#8217;espoir d\u2019une lib\u00e9ration anticip\u00e9e qui sommeillait en chacun de nous. Les promesses dont les Vi\u00eats nous ber\u00e7aient depuis si longtemps avaient \u00e9t\u00e9 suivies d\u2019effet. Des lib\u00e9rations venaient d&#8217;avoir lieu, d&#8217;autres suivraient\u00a0! Il fallait donc continuer d&#8217;esp\u00e9rer, de travailler, de suivre avec une attention soutenue ces foutues s\u00e9ances d&#8217;\u00e9ducation politique. Un jour viendrait alors o\u00f9 un autre convoi de prisonniers prendrait la route de la libert\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant les semaines qui suivirent, tous les prisonniers eurent une conduite exemplaire, plus de tire au flanc, plus de mauvaise volont\u00e9, un rendement constant, des \u00e9l\u00e8ves attentifs, plus de tra\u00eenards. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mes amis Dubus, Bergerat et Karakach \u00e9tant partis, je restais le seul de l\u2019ancienne \u00e9quipe. Je fus alors rejoint par un l\u00e9gionnaire allemand faisant office de traducteur, car ce fameux journal avait une \u00e9dition en allemand, par un autre copiste car mon \u00e9criture \u00e9tait d\u00e9sastreuse et par un nouveau dessinateur. Nous voil\u00e0 donc repartis avec des articles tellement politis\u00e9s qu&#8217;ils auraient pu \u00eatre \u00e9crits par le plus communisant des journalistes.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Fier de son \u0153uvre, le CP nous octroyait de temps \u00e0 autre quelques faveurs\u00a0: distribution de tabac, de fruits, quelques grammes de viande. Quel changement\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 10 ao\u00fbt, lors de l\u2019appel du matin, soit tr\u00e8s exactement 2 mois apr\u00e8s la pr\u00e9c\u00e9dente lib\u00e9ration, environ 80 nouveaux prisonniers furent appel\u00e9s pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s. En revanche, ce jour-l\u00e0, pas d&#8217;adieux chaleureux. A peine nomm\u00e9s, les heureux d\u00e9sign\u00e9s prirent la route, sans aucun contact, ni \u00e9change. Ils n\u2019\u00e9taient pas partis, ils s\u2019\u00e9taient tout simplement enfuis\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour ceux qui restaient, le moral \u00e9tait au triple z\u00e9ro car ils s&#8217;\u00e9taient bien rendu compte que les partants \u00e9taient tous dans une forme suffisamment bonne pour effectuer une longue marche jusqu&#8217;aux lignes fran\u00e7aises. A vrai dire, parmi les laiss\u00e9s pour compte, peu en d\u00e9finitive aurait \u00e9t\u00e9 capable de s&#8217;attaquer \u00e0 une telle \u00e9preuve. H\u00e9las, J&#8217;\u00e9tais du nombre, une r\u00e9cente crise de paludisme m&#8217;avait mis \u00e0 plat.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Au KM 10, le village de Fia Kh\u00e9o ne comportait que quelques maisons. Le CP, le chef de camp et les sentinelles y \u00e9taient log\u00e9s. Aux alentours imm\u00e9diats se trouvaient d&#8217;autres groupes de maisons abritant les prisonniers. Aux heures des repas, nous nous r\u00e9unissions au village pour percevoir notre \u00e9ternelle ration de riz, notre menu quotidien. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La trag\u00e9die du 15 et 16 ao\u00fbt 1951\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 15 ao\u00fbt, ayant comme \u00e0 l&#8217;accoutum\u00e9 somptueusement d\u00een\u00e9, je regagnais la maison o\u00f9 je logeais \u00e0 environ 300 m du village, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rizi\u00e8re. J\u2019\u00e9tais \u00e0 peine rentr\u00e9 que des avions sont apparus et sont mis soudainement \u00e0 mitrailler Fia Kh\u00e9o. D&#8217;o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais, je les voyais piquer, mitrailler, remonter puis mitrailler \u00e0 nouveau. Au bout de quelques minutes, ils sont repartis. Je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 quitter ma maison pour aller aux nouvelles et ce n&#8217;est que le lendemain que j&#8217;ai pu constater l&#8217;\u00e9tendue des d\u00e9g\u00e2ts\u00a0: une maison br\u00fblait encore, d&#8217;autres avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9ventr\u00e9es, les victimes \u00e9taient surtout des paysans et quelques sentinelles, le CP avait \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 \u2026 dommage\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous ne parvenions pas \u00e0 comprendre les raisons de ce raid meurtrier car il n\u2019y avait aucun objectif militaire dans la r\u00e9gion. Ce petit village isol\u00e9 ne pouvait en aucun cas constituer une cible valable.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le lendemain, alors que la distribution de riz du soir \u00e9tait \u00e0 peine commenc\u00e9e, les avions sont revenus, 4 cette fois-ci, soit le double de la veille. Les mitraillages et les bombardements ont alors repris, les avions effectuant plusieurs passages. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">R\u00e9unis dans la m\u00eame frayeur, paysans et prisonniers s&#8217;\u00e9taient ru\u00e9s pour chercher un abri dans la grotte qui surplombait le village. Une bombe \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e, provoquant un \u00e9boulement qui fit beaucoup de victimes. Les avions ont aussi mitraill\u00e9 les malades log\u00e9s dans un pagodon de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la route et ceux qui tentaient de s&#8217;enfuir \u00e0 travers les champs de ma\u00efs. Ce fut une v\u00e9ritable boucherie. Puis ils sont repartis \u2026 nul doute qu&#8217;une paire d&#8217;heures plus tard, les pilotes et les mitrailleurs, attabl\u00e9s devant un verre \u00e0 Hano\u00ef, se f\u00e9liciteraient du travail accompli\u00a0!!!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour nous, prisonniers, c&#8217;\u00e9tait le chaos. Plusieurs prisonniers avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et les bless\u00e9s se comptaient par dizaines. Ces derniers devaient \u00e0 peu pr\u00e8s tous mourir de leurs blessures, faute du moindre soin. Trente des n\u00f4tres venaient de mourir sans que nous ne parvenions \u00e0 comprendre pourquoi quatre de nos avions s&#8217;\u00e9taient livr\u00e9s \u00e0 un tel massacre sans la moindre raison tactique.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre CP, une fois remis de ses \u00e9motions, jubilait. Quel bel argument de propagande lui procurait ce bombardement\u00a0! Selon lui, nous avions \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s parce que le gouvernement fran\u00e7ais savait d\u00e9sormais que nous n&#8217;\u00e9tions plus d&#8217;affreux mercenaires \u00e0 la solde des Am\u00e9ricains mais, au contraire, d&#8217;authentiques combattants de la Paix, \u00e9veill\u00e9s d\u00e9sormais au monde socialiste. Argument imparable qui fit l&#8217;objet d&#8217;un tract virulent dont je poss\u00e8de un exemplaire rarissime.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les jours suivant furent abominables. Les survivants, r\u00e9fugi\u00e9s au-del\u00e0 de la rizi\u00e8re, abandonn\u00e9s \u00e0 eux m\u00eame, erraient comme assomm\u00e9s par le sort. Les cuisiniers faisaient cuire le riz de la journ\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t le matin, avant le lever du soleil, nous obligeant \u00e0 percevoir notre bol de riz du midi et celui du soir en m\u00eame temps. Il \u00e9tait risqu\u00e9 d&#8217;en conserver la moiti\u00e9 jusqu&#8217;au soir, de crainte qu&#8217;il ne moisisse. Tout manger \u00e9tait la solution mais nous n&#8217;avions alors plus rien \u00e0 manger avant le lendemain matin. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour tout arranger, la pluie s&#8217;\u00e9tait mise \u00e0 tomber sans discontinuer. Tout rassemblement \u00e9tant interdit jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre, nous \u00e9tions dispers\u00e9s dans la nature, abrit\u00e9s plus mal que bien sous des arbres \u00e9pais ou des rochers. Nous avons ainsi v\u00e9cu un p\u00e9riode \u00e9pouvantable.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>En route vers le camp n\u00b0 5\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les Vi\u00eats, compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9s, ne savaient plus quoi faire. Ils attendaient des instructions qui furent longues \u00e0 venir. Une bonne semaine apr\u00e8s ces tragiques \u00e9v\u00e9nements, la d\u00e9cision tomba enfin de reprendre la piste. Celle-ci, qui serpentait entre les calcaires, f\u00fbt un v\u00e9ritable chemin de croix. Aidant au mieux les bless\u00e9s et les malades, nous marchions le ventre vide, tremp\u00e9s et gel\u00e9s. De ce fait, la colonne progressait lentement, tr\u00e8s lentement. Les sentinelles se montr\u00e8rent tr\u00e8s compr\u00e9hensives, raccourcissant aux besoins les \u00e9tapes. Nous couchions l\u00e0 o\u00f9 nous nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s, sous quelques baraquements souvent d\u00e9labr\u00e9s lorsque cela \u00e9tait possible.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Chaque matin, nous faisions le d\u00e9compte des morts de la nuit. Ces malheureux, apr\u00e8s avoir lutt\u00e9s tant et plus, \u00e9taient parvenus au bout ultime d\u2019une r\u00e9sistance qu\u2019aucun \u00eatre humain ne peut d\u00e9passer. Pauvres compagnons ayant surv\u00e9cus \u00e0 tant de mis\u00e8re, ils avaient fini par l\u00e2cher la rampe, doucement sans souffrance\u00a0! Bien que le spectacle quotidien de la mort nous ait tous endurcis, le d\u00e9part de chacun d\u2019entre eux fut une \u00e9preuve.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons ainsi march\u00e9 de longues semaines, d&#8217;un village \u00e0 un autre, un peu comme s&#8217;ils voulaient nous d\u00e9boussoler. Nous sommes finalement arriv\u00e9s \u00e0 destination sans que je puisse localiser exactement o\u00f9 nous nous trouvions. Il faut dire que lors de nos diff\u00e9rentes \u00e9tapes, il \u00e9tait difficile de connaitre le nom des villages travers\u00e9s\u00a0; vouloir s\u2019en informer aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par nos h\u00f4tes comme de l\u2019espionnage.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019en octobre, nous \u00e9tions dans un village du nom de Na Leng. Ce nouvel emplacement, le camp n\u00b0 5, ne signifiait pas pour autant la fin de nos maux. D&#8217;autres prisonniers, gu\u00e8re en meilleur \u00e9tat, tentaient d\u2019y survivre. Ils avaient connu comme nous des lib\u00e9rations, quelques temps auparavant et \u00e9taient aussi d\u00e9moralis\u00e9s que nous.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">J\u2019eus n\u00e9anmoins une \u00e9norme surprise \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e au camp n\u00b0 5 en y retrouvant mes amis Dubus, Bergerat et Karakach. Je les croyais de retour en France depuis bien longtemps alors qu\u2019ils \u00e9taient toujours l\u00e0\u00a0: lors du d\u00e9part du 1<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">er<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> convoi, les Vi\u00eats les avaient amen\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 des lignes Fran\u00e7aises puis ramen\u00e9s en arri\u00e8re. Le 2<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> convoi avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la m\u00eame mise en sc\u00e8ne. Quelle cruelle com\u00e9die\u00a0! Avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux doigts de la libert\u00e9 et \u00eatre encore captif, pourquoi tant de cruaut\u00e9\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Au d\u00e9but, pas de travaux \u00e0 l&#8217;horizon et \u00e9ducation politique en veilleuse. Nous commencions doucement \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, \u00e0 sortir de la torpeur dans laquelle nous avait plong\u00e9 les raids incompr\u00e9hensibles de nos propres avions \u2026 Tous nos copains massacr\u00e9s ensevelis sous quelques centim\u00e8tres de terre au bas d&#8217;un piton !<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Petit \u00e0 petit, nous avons fini par retrouver le rythme que nous connaissions au camp n\u00b0 3\u00a0: moins de travaux mais formation politique \u00e0 haute dose par un continuel bourrage de cr\u00e2ne qui faisait d\u00e9sormais partie de notre quotidien, 3h00 du matin, 4h00 de l\u2019apr\u00e8s-midi. Les m\u00eames mots et formules r\u00e9p\u00e9t\u00e9s en permanence finissaient par cr\u00e9er une sorte de rejet. Je suis certain qu\u2019un gars qui aurait eu quelques tendances communisantes aurait fini par les rejeter, comme un gars que l\u2019on aurait gav\u00e9 de sucreries afin de vouloir en faire un futur vendeur de confiseries. Progressivement, nous finissions par nous d\u00e9sint\u00e9resser de tout, il fallait marcher, nous marchions, il fallait chanter, nous chantions, il fallait fermer sa gueule, nous nous taisions, il fallait ob\u00e9ir, nous ob\u00e9issions tels des robots d\u00e9shumanis\u00e9s. A cette \u00e9poque nul ne pensait \u00e0 l&#8217;avenir.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Enfin libre\u00a0!<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est de ce village qu\u2019est parti le 18 novembre 1951 le 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> convoi de lib\u00e9rales. J&#8217;en faisais partie, ainsi que Bergerat et Karakach. Malheureusement, Dubus, mon grand ami n&#8217;\u00e9tait pas du voyage car les Vi\u00eats s&#8217;ent\u00eataient \u00e0 le garder prisonnier. Pourquoi faire du camp, subir les s\u00e9ances d\u2019endoctrinement, si on retenait un lib\u00e9rable\u00a0? Au moment de partir, il ne restait d\u2019ailleurs au camp que quelques disciplinaires et moribonds. Lorsque j&#8217;ai d\u00fb le quitter et que le convoi a pris la route, ce f\u00fbt pour moi un v\u00e9ritable cr\u00e8ve-c\u0153ur d&#8217;abandonner un compagnon de captivit\u00e9 qui m&#8217;\u00e9tait aussi cher, d\u2019autant que j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 de ne plus jamais le revoir. J&#8217;ai jur\u00e9 mes grands Dieux \u00e0 ses parents, venus me voir \u00e0 la citadelle \u00e0 Hano\u00ef, qu&#8217;il s&#8217;en sortirait, sans vraiment y croire. Pourtant en juin suivant, il f\u00fbt lib\u00e9r\u00e9 et j&#8217;eus alors la joie de le retrouver. Comment \u00e9tait-il parvenu \u00e0 r\u00e9sister aussi longtemps, seul, abandonn\u00e9 de tous\u00a0? je lui tire mon chapeau\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Lors des convois pr\u00e9c\u00e9dents, les lib\u00e9r\u00e9s prenaient directement la route de la libert\u00e9. Pour le 3\u00e8me convoi, ce f\u00fbt diff\u00e9rent. Nous avons tout d\u2019abord \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s avec les lib\u00e9r\u00e9s d&#8217;autres camps pour subir encore plusieurs semaines d&#8217;endoctrinement. Alors que nous avions jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la gale, ce contact avec d\u2019autres prisonniers eut pour cons\u00e9quence directe de nous contamin\u00e9s. Nous \u00e9tions \u00e0 notre tour tous galeux, quelle joie\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous nous sommes mis en route aux alentours du 15 d\u00e9cembre. Au cours de cette longue marche, nous avons aid\u00e9 et soutenu du mieux que nous pouvions ceux qui avaient du mal \u00e0 suivre. Malheureusement, nous avons d\u00fb abandonner deux copains, incapables de continuer. Il nous \u00e9tait devenu possible de les assister davantage, sans aller au-del\u00e0 de nos propres forces. Je n\u2019ose penser \u00e0 ce qu\u2019ils ont d\u00fb ressentir, voyant partir le convoi.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">La fin de cette maudite ann\u00e9e 1951 arrivait et nous n\u2019\u00e9tions plus d\u00e9sormais bien loin de la fin de notre calvaire. Finis les cheminements nocturnes par crainte des avions, tellement plus p\u00e9nibles pour nos pieds nus souffrant sur les cailloux, les racines et autres et autres petits obstacles douloureux. Nos uniformes, r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat de haillons, furent alors remplac\u00e9s par la tenue des paysans locaux, un pantalon et une veste en toile du plus beau vert.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans chacun des villages o\u00f9 nous nous arr\u00eations pour passer la nuit, nous \u00e9tions accueillis par un petit comit\u00e9 de femmes qui, manifestement auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre ailleurs. L&#8217;une d&#8217;elles pronon\u00e7ait quelques mots qu&#8217;aussit\u00f4t notre CP traduisait en un long expos\u00e9 sur ses th\u00e8mes favoris.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes enfin parvenus en 1952, mettant un terme \u00e0 cette ann\u00e9e noire, cette ann\u00e9e tragique que fut 1951.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 9 janvier, apr\u00e8s un repas vraiment am\u00e9lior\u00e9, notre fid\u00e8le CP nous fit ses adieux. C&#8217;est tout juste s&#8217;il n&#8217;avait pas des larmes dans la voix, nous disant combien il \u00e9tait fier de nous, constatant que nous \u00e9tions d\u00e9sormais devenus d&#8217;ardents combattants de la Paix, ayant fait de sa cause la n\u00f4tre. Comme nous \u00e9tions loin de ces mois de lavage de cerveau, notre libert\u00e9 \u00e9tait toute proche, cela seule comptait<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 9 au soir, apr\u00e8s une journ\u00e9e de repos, nous sommes partis de nuit et en silence afin d\u2019\u00e9viter d&#8217;\u00e9ventuelles patrouilles fran\u00e7aises, parcourant ainsi nos derniers kilom\u00e8tres de prisonniers.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Au petit matin du 10, alors que le ciel commen\u00e7ait \u00e0 blanchir, nous avons rejoint une petite route macadamis\u00e9e. L\u00e0, le chef des sentinelles qui nous escortaient nous a indiqu\u00e9 la direction du poste fran\u00e7ais le plus proche, puis tous ont disparu. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons patiemment attendus que le jour se l\u00e8ve afin de ne pas courir le risque de se faire allumer par une sentinelle un peu trop nerveuse. Quand il fit grand jour, nous nous sommes mis en route et, au d\u00e9tour d&#8217;un virage, nous avons aper\u00e7u le poste et notre drapeau qui flottait au vent. Soudain, nos 455 jours de captivit\u00e9 n&#8217;\u00e9taient plus qu&#8217;un douloureux souvenir, nous \u00e9tions libres\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Vous imaginez ce que furent ces instants de libert\u00e9 retrouv\u00e9e\u00a0: accueil chaleureux entre tous, le premier quart de caf\u00e9, m\u00eame militaire, le premier morceau de pain, la premi\u00e8re cigarette \u2026 comme tout \u00e9tait merveilleux\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Retour \u00e0 Hano\u00ef\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Des camions sont vite venus nous r\u00e9cup\u00e9rer pour nous amener \u00e0 la citadelle d\u2019Hano\u00ef. Rapidement d\u00e9barrass\u00e9s nous fringues pleines de vermines, lav\u00e9s, d\u00e9crass\u00e9s, nous fument soigneusement badigeonn\u00e9s d&#8217;alcool iod\u00e9e afin de nous d\u00e9barrasser de notre gale, traitement de cheval particuli\u00e8rement douloureux aux endroits sensibles mais tr\u00e8s efficace. Nous \u00e9tions des hommes neufs. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">De charmantes AFAT sont venus nous distribuer de menus cadeaux, rasoirs, savons, serviettes, brosses \u00e0 dents et surtout de quoi nous permettre d&#8217;envoyer quelques mots \u00e0 nos familles. Nous e\u00fbmes \u00e9galement droit \u00e0 un solide repas mais limit\u00e9 cependant, 15 mois de disette ayant passablement d\u00e9traqu\u00e9 nos organes.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Enfin, nous re\u00e7\u00fbmes quelque argent de nos soldes en retard. A cette occasion, l&#8217;administration militaire fit un geste d&#8217;une rare \u00e9l\u00e9gance\u00a0: l&#8217;argent d\u00e9di\u00e9 \u00e0 notre propre nourriture avait \u00e9tait retenu pendant la captivit\u00e9, sous pr\u00e9texte de nourrir les prisonniers vi\u00eats. C&#8217;\u00e9tait tout simplement r\u00e9voltant.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Une AFAT que j&#8217;avais rencontr\u00e9e avant mon d\u00e9part pour le saut fatal, ayant appris que je figurais au nombre des lib\u00e9r\u00e9s, me fit passer un mot pour que je la retrouve le soir m\u00eame dans un restaurant pr\u00e8s du petit lac.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Bien que nous ayons per\u00e7u de nouvelles tenues, mesurant 1m 95, mon pantalon m\u2019arrivait \u00e0 mi-mollet. Quant aux chaussures, impossible d&#8217;en trouver \u00e0 ma taille. Avant ma captivit\u00e9, je chaussais d\u00e9j\u00e0 un bon 45 et les mois de marche pieds nus m&#8217;avaient consid\u00e9rablement \u00e9largi le pied. J\u2019\u00e9tais devenu &#8220;inchaussable&#8221;. Je me suis donc pr\u00e9sent\u00e9 pieds nus au poste de garde. Au d\u00e9part, le chef de poste prit assez mal la chose mais apr\u00e8s moult n\u00e9gociations, je parvins \u00e0 le convaincre de me laisser aller jusqu\u2019\u00e0 un magasin d\u2019articles de sport pas trop \u00e9loign\u00e9 o\u00f9 je d\u00e9nichai effectivement une paire de baskets, pointure 48. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon statut de prisonnier lib\u00e9r\u00e9 le matin m\u00eame l&#8217;avait vraisemblablement emport\u00e9 et je pus aller d\u00eener en ville. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon nom figurant en t\u00eate de liste des prisonniers arriv\u00e9s \u00e0 la citadelle, je pus prendre place \u00e0 bord d\u2019un JU 52 qui, d\u00e8s le lendemain, me d\u00e9posait au Centre de repos de Nha Trang.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Il faut avouer que l&#8217;arm\u00e9e avait bien fait les choses\u00a0: des b\u00e2timents face mer, une plage de sable fin m\u00eame si en janvier, ce n\u2019\u00e9tait pas l&#8217;id\u00e9al, un logement correct et 5 repas par jour (petit d\u00e9jeuner, casse-cro\u00fbte \u00e0 10h00, d\u00e9jeuner, go\u00fbter et repas du soir). Par ailleurs, il y avait toujours la possibilit\u00e9 de prendre un cyclo pour aller casser la croute en ville. sur place, j\u2019\u00e9tais m\u00eame parvenu \u00e0 me faire confectionner une paire de chaussures \u00e0 ma taille chez le maitre bottier.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">J\u2019ai vite \u00e9t\u00e9 rejoint par le gros du convoi et durant un mois nous avons v\u00e9cu une p\u00e9riode de r\u00eave\u00a0: location de v\u00e9los ou de petites motos pour visiter les environs, cin\u00e9ma, danse au foyer de la L\u00e9gion \u2026 en un mot \u00ab\u00a0la vie de ch\u00e2teau \u2026 pourvu que \u00e7a dure\u00a0! \u00bb. Malheureusement, \u00e7a n\u2019a dur\u00e9 qu&#8217;un mois, pas un jour de plus. Une place \u00e9tant disponible dans un DC8 pour Sa\u00efgon, me voil\u00e0 reparti, bien \u00e0 regret.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je n&#8217;avais s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Saigon que quelques jours en novembre 1948, ville tr\u00e9pidante, color\u00e9e bien loin d&#8217;Hanoi la provinciale. Mon s\u00e9jour fut d&#8217;assez courte dur\u00e9e car le Pasteur, redescendant d&#8217;Haiphong, \u00e9tait attendu.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Retour en France\u00a0:<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">J&#8217;aurai bien \u00e9videmment pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rentrer en France avec tous mes compagnons d&#8217;infortune mais ils \u00e9taient toujours \u00e0 Nha Trang. Je rentrai donc en solitaire. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 9 mars 1952, au petit matin, je d\u00e9barquais \u00e0 Marseille\u2026 Un d\u00e9barquement presque clandestin, au son d\u2019une musique militaire an\u00e9mique, avec pour tout r\u00e9confort une distribution de caf\u00e9 froid et de croissants rassis. Transport\u00e9 en camion vers le camp Sainte Marthe pour y effectuer mes formalit\u00e9s administratives, \u00e0 20 heures j&#8217;\u00e9tais \u00e0 la gare St Charles pour prendre le train de nuit.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Arriv\u00e9 t\u00f4t le matin en gare de Lyon, je red\u00e9couvrais Paris le 10 mars. Je prenais un taxi qui me d\u00e9posait d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9tais parti pour courir l&#8217;aventure 4 ans plus t\u00f4t. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant ma permission de 4 mois, j\u2019\u00e9tais all\u00e9 \u00e0 St Brieuc o\u00f9 le 6<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me<\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\"> bataillon de parachutistes coloniaux (BPC) \u00e9tait en instance de d\u00e9part pour l\u2019Indochine. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par le chef de corps, le Commandant Bigeard, qui avait command\u00e9 le GC 2 du 3<\/span><sup><span style=\"font-size: medium;\">\u00e8me <\/span><\/sup><span style=\"font-size: medium;\">BCCP et au sein duquel j\u2019avais servi de f\u00e9vrier 1948 jusqu\u2019\u00e0 son an\u00e9antissement sur la RC4 le 9 octobre 1950. Il se faisait fort de me r\u00e9cup\u00e9rer d\u00e8s mon r\u00e9engagement.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Songeant s\u00e9rieusement \u00e0 rempiler, je me suis donc pr\u00e9sent\u00e9 au bureau de recrutement 71, rue Saint Dominique o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais engag\u00e9 en f\u00e9vrier 1948. On me r\u00e9pondit qu\u2019\u00e9tant un ancien prisonnier, je ne pouvais pas retourner en Indochine. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">J\u2019appris par la suite que c\u2019\u00e9tait faux car plusieurs de mes copains, dans la m\u00eame situation que moi, \u00e9taient repartis. Ainsi, l\u2019un de mes camarades de captivit\u00e9, un nomm\u00e9 Larquois, avait \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 une seconde fois apr\u00e8s Dien Bien Phu. Ayant rep\u00e9r\u00e9 un ancien CP, inutile de dire qu\u2019il n\u2019avait pas donn\u00e9 son nom et qu\u2019il se faisait tout. Il est vrai qu\u2019avec mon m\u00e8tre 95, il m\u2019aurait sans doute \u00e9t\u00e9 difficile de passer inaper\u00e7u\u00a0!!!<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">N\u2019en sachant rien alors et n\u2019ayant aucune envie de me retrouver en AOF, en AEF, \u00e0 Madagascar ou bien encore en Allemagne avec les forces d\u2019occupation, je pr\u00e9f\u00e9rais renoncer et j\u2019ai ainsi quitt\u00e9 d\u00e9finitivement l\u2019arm\u00e9e, en conservant le meilleur souvenir malgr\u00e9 le douloureux \u00e9pisode de la captivit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">J&#8217;avais 23 ans et mille souvenirs de cette vie pass\u00e9e, d\u00e9sormais termin\u00e9e. Je devais maintenant me r\u00e9habituer \u00e0 la vie civile et me construire un avenir. Cela ne fut pas \u00e9vident car pour trouver un emploi, il eut mieux valu que j\u2019avise mes employeurs en puissance que j\u2019\u00e9tais un repris de justice plut\u00f4t qu\u2019un ancien d\u2019Indochine. Automatiquement, un entretien d\u2019embauche bien commenc\u00e9 prenait fin sur la promesse d\u2019un prochain courrier qui aurait \u00e9t\u00e9 n\u00e9gatif si on s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 la peine de l\u2019envoyer.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Je parvins n\u00e9anmoins \u00e0 trouver un emploi gr\u00e2ce \u00e0 la recommandation de la m\u00e8re d\u2019un officier prisonnier.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Les d\u00e9serteurs \u00e9taient nombreux, l\u00e0-bas, on les appelait des ralli\u00e9s, quelques-uns devinrent des combattants et nous avons parfois eu affaire \u00e0 eux, les autres v\u00e9g\u00e9taient sans gu\u00e8re de consid\u00e9ration.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">Mari\u00e9s et ayant fond\u00e9 famille, ils furent \u00e9galement expuls\u00e9s, les Allemands rapatri\u00e9s, les Fran\u00e7ais ne furent gu\u00e8re poursuivis. Imaginez-vous que lorsqu\u2019une loi attribua aux anciens prisonniers une pension d\u2019invalidit\u00e9 en fonction de leur \u00e9tat de sant\u00e9, certains d\u2019entre eux os\u00e8rent se pr\u00e9senter pour en b\u00e9n\u00e9ficier, il faut le faire, ils furent \u00e9videmment d\u00e9bout\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\">En d\u00e9pit de tout cela, bien que ces ann\u00e9es pass\u00e9es sous l&#8217;uniforme aient \u00e9t\u00e9 parfois tragiques et que le recul du temps embellit souvent les situations douloureuses, j&#8217;ai la certitude que si c&#8217;\u00e9tait \u00e0 refaire, je repartirai avec le m\u00eame enthousiasme et la m\u00eame foi.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_3815\" aria-describedby=\"caption-attachment-3815\" style=\"width: 768px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3815 size-large\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/3-Robert-Schuermans-aujourdhui-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/3-Robert-Schuermans-aujourdhui-768x1024.jpg 768w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/3-Robert-Schuermans-aujourdhui-225x300.jpg 225w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/3-Robert-Schuermans-aujourdhui-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/3-Robert-Schuermans-aujourdhui.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3815\" class=\"wp-caption-text\">Robert Schuermans aujourd\u2019hui<\/figcaption><\/figure>\n<p>Views: 320<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Aucun conflit n\u2019a \u00e9t\u00e9 autant d\u00e9cri\u00e9 que la guerre d\u2019Indochine\u00a0; non seulement la guerre elle-m\u00eame mais \u00e9galement ceux qui y ont pris part. 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