{"id":618,"date":"2021-01-22T20:27:40","date_gmt":"2021-01-22T20:27:40","guid":{"rendered":"http:\/\/s856749478.onlinehome.fr\/?p=618"},"modified":"2021-03-08T21:14:58","modified_gmt":"2021-03-08T21:14:58","slug":"georges-morel-prisonniers-des-japonais-temoignage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anapi.fr\/?p=618","title":{"rendered":"Georges MOREL : Prisonniers des Japonais &#8211; T\u00e9moignage"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8220;Captivit\u00e9 \u00e0 la citadelle de HANOI et au camp d&#8217;extermination de HOA BINH&#8221;<\/strong><\/p>\n<div>ENTRETIEN AVEC MONSIEUR GEORGES MOREL SUR SA CAPTIVITE EN INDOCHINE, A LA CITADELLE DE HANOI ET AU CAMP D&#8217;EXTERMINATION JAPONAIS DE HOA BINH<\/div>\n<div>DU 10 AVRIL AU 17 SEPTEMBRE 1945.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div><strong>TEMOIGNAGE RECUEILLI PAR LE GENERAL MICHEL PRUGNAT<br \/>\n<\/strong><\/div>\n<div>Les 26 novembre 1999, 29 janvier 2000 et 14 mars 2000.<\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Monsieur Georges MOREL est n\u00e9 \u00e0 HAIPHONG, au Tonkin, le 7 f\u00e9vrier 1923 et y est demeur\u00e9<br \/>\njusqu&#8217;\u00e0 son appel sous les drapeaux, le 15 septembre 1943. A la fin de la dur\u00e9e l\u00e9gale de son service militaire, il a \u00e9t\u00e9 maintenu en activit\u00e9, &#8220;en raison des circonstances &#8221; et affect\u00e9 \u00e0 NAM DIHN, au 4\u00e8me RTT (R\u00e9giment de tirailleurs tonkinois) ; c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il se trouvait le 9 mars 1945, au moment o\u00f9 a \u00e9clat\u00e9 le coup de force japonais.<\/p>\n<p>Sollicit\u00e9 par la Commission d&#8217;Histoire de la guerre de l&#8217;Universit\u00e9 de LYON 3 pour t\u00e9moigner sur sa captivit\u00e9 en Indochine, du 10 avril au 17 septembre 1945, il a bien voulu \u00e9voquer cette p\u00e9riode particuli\u00e8rement douloureuse de sa vie en r\u00e9pondant aux questions qui vont suivre.<\/p>\n<p>La Commission lui en est tr\u00e8s reconnaissante et l&#8217;en remercie bien vivement.<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>OU ETES VOUS ET QUE FAITES VOUS AU MOMENT OU ECLATE L FORCE JAPONAIS DU 9 MARS 1945 ?<\/strong><br \/>\nAffect\u00e9 au 4\u00e9me RTT, \u00e0 NAM DINH, j&#8217;y exerce les fonctions de standardiste, au central t\u00e9l\u00e9phonique.<\/p>\n<p>Le soir du 9 mars 1945, b\u00e9n\u00e9ficiant d&#8217;une permission de spectacle avec quelques camarades, nous d\u00e9cidons d&#8217;aller faire un tour au cin\u00e9ma. Avant de quitter la Citadelle, vers 19h, nous entendons quelques explosions au loin, nous laissant supposer qu&#8217;un bombardement a\u00e9rien am\u00e9ricain est en cours, comme cela s&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 produit. Vers 19h30, comme tout semblait normal, nous sortons en ville. Nous sommes surpris par le calme bizarre, l&#8217;ambiance lourde qui y r\u00e8gne. D&#8217;un commun accord, nous d\u00e9cidons de regagner la caserne o\u00f9 nous revenons aux alentours de 20h30.<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\n<\/strong><strong>VOUS REVENEZ DONC A LA CASERNE, QUE S&#8217;Y PASSE-T-IL ?<\/strong><br \/>\nIl y r\u00e8gne une grande effervescence. Le message cod\u00e9 : &#8220;SAINT-BARTHELEMY&#8221; qui signifie : &#8220;attaque japonaise&#8221; vient de tomber. Le bataillon se pr\u00e9pare \u00e0 partir sur le champ, suivant les consignes pr\u00e9vues en cas de r\u00e9ception de ce message.<\/p>\n<p><strong>QUELLE EST VOTRE MISSION ?<\/strong><br \/>\nNous l&#8217;ignorons, nous savons simplement que le Bataillon doit quitter la garnison.<br \/>\n<strong><br \/>\nQUE FAITES VOUS APRES AVOIR QUITTE LA GARNISON ?<\/strong><br \/>\nNous marchons sans cesse. La progression \u00e0 travers la jungle, tr\u00e8s lente et difficile ,la maladie et la fatigue extr\u00eame font que le bataillon dont l&#8217;effectif \u00e9tait \u00e0 l&#8217;origine d&#8217;environ 450 hommes s&#8217;est diss\u00e9min\u00e9.<\/p>\n<p>A trois jours de marche de SAM NEUA, c&#8217;et \u00e0 dire vers le 27 mars nous sommes contraints de nous arr\u00eater dans un village dont j&#8217;ai oubli\u00e9 le nom.<br \/>\n<strong><br \/>\nPOUR QUELLE RAISON ?<\/strong><br \/>\nUn sous-officier, victime d&#8217;une lymphangite, n&#8217;est plus en \u00e9tat de marcher et nous devons, pour le transporter, confectionner une sorte de palanquin en bambou. Au m\u00eame moment un \u00e9missaire envoy\u00e9 par les Japonais se pr\u00e9sente \u00e0 nous, porteur d&#8217;un pli qu&#8217;il remet au capitaine. C&#8217;est un ultimatum lui enjoignant de se constituer prisonnier avec sa troupe. S&#8217;il refuse, les Japonais les extermineront tous.<\/p>\n<p><strong>COMMENT LE CAPITAINE REAGIT-IL ?<\/strong><br \/>\nIl nous rassemble pour nous mettre au courant de la situation. Les japonais, tr\u00e8s sup\u00e9rieurs en nombre<\/p>\n<p>et en armement occupent SAM NEUA et tous les points cl\u00e9s de la r\u00e9gion. Nous ne sommes plus<br \/>\nqu&#8217;une trentaine d&#8217;hommes, hors d&#8217;\u00e9tat de combattre. N\u00e9anmoins, le capitaine nous demande quels sont ceux qui veulent poursuivre la progression en direction de la Chine. Trois hommes seulement sont volontaires. Il les laisse partir et demande aux Japonais, par l&#8217;interm\u00e9diaire de l&#8217;estafette, de lui accorder un d\u00e9lai de trois jours pour rejoindre SAM NEUA.<\/p>\n<p><strong>QUE SONT DEVENUS LES TROIS HOMMES QUI ONT DECIDE DE PO LE COMBAT ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Peu de temps apr\u00e8s leur d\u00e9part, nous apprenons que l&#8217;un d&#8217;eux a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Quant aux deux autres, nous n&#8217;en avons plus jamais entendu parler.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>ET VOUS ?<\/strong><br \/>\nLe 10 avril 1945, nous sommes captur\u00e9s par les Japonais en arrivant \u00e0 SAM NEUA, puis transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la CITADELLE de HANOI, o\u00f9 nous arrivons deux jours apr\u00e8s ; nous y retrouvons d&#8217;autres prisonniers.<\/p>\n<p><strong>QUEL EST LE REGIME A LA CITADELLE DE HANOI ?<\/strong><br \/>\nNous sommes d\u00e9tenus dans la citadelle de HANOI qui est en fait une caserne. Nous sommes des prisonniers militaires, avec tout ce que cela comporte comme contraintes, mais n&#8217;effectuons que des travaux d&#8217;entretien courant.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nUN EVENEMENT IMPORTANT VA INTERVENIR AU BOUT DE QUE SEMAINES. LEQUEL ?<\/strong><br \/>\nUn matin, vers la fin du mois de juin, notre responsable de groupe de prisonniers revient, porteur d&#8217;une liste de noms. Ceux qui y figurent apprennent qu&#8217;ils sont d\u00e9sign\u00e9s pour rejoindre un camp et y effectuer des travaux.<br \/>\n<strong><br \/>\nQUEL EST L&#8217;EFFECTIF DES PRISONNIERS DESIGNES ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Environ 400 personnes.<br \/>\n<strong><br \/>\nQUEL EST LE PROCESSUS DE DESIGNATION ? <\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Je l&#8217;ignore.<\/p>\n<p><strong>VOUS FIGUREZ SUR CETTE LISTE ?<\/strong><br \/>\nNon! Mais je me porte volontaire pour remplacer un caporal-chef p\u00e8re de trois enfants et gravement malade qui mourra quelque temps plus tard.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nQUE SE PASSE-T-IL ENSUITE ?<\/strong><br \/>\nLe 30 juin 1945 \u00e0 midi, nous partons \u00e0 pied et atteignons vers 23 heures le Camp de HOA BINH, situ\u00e9 \u00e0 une cinquantaine de Km au sud-ouest de HANOI. Nous passons la premi\u00e8re nuit dehors et sans abri et nous nous installons dans le camp le lendemain.<br \/>\n<strong><br \/>\nCOMMENT ETES VOUS LOGE ?<\/strong><br \/>\nEn fait, il y a \u00e0 HOA BINH plusieurs camps. Celui o\u00f9 nous sommes est cl\u00f4tur\u00e9 et gard\u00e9 par des sentinelles install\u00e9es dans des miradors. Nous logeons dans de grands abris dont les toits en bambou recouverts de feuilles de latanier descendent jusqu&#8217;\u00e0<br \/>\nenviron 1,50 m du sol. Nous couchons les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres sur de longs bat-flan en bambou tress\u00e9 dispos\u00e9s \u00e0 50 cm au dessus du sol. Il n&#8217;y a pas de murs et les sentinelles peuvent de ce fait nous surveiller en permanence.<br \/>\n<strong><br \/>\nCOMMENT ETES VOUS NOURRI ?<\/strong><br \/>\nLe matin avant le travail, une soupe \u00e0 base de riz et d&#8217;ignames, \u00e0 midi 30 \u00e0 40 grammes de bouillon de riz et d&#8217;ignames et le soir la m\u00eame chose. De temps en temps un peu de th\u00e9.<\/p>\n<p><strong>QUELLES SONT LES CONDITIONS D&#8217;HYGIENE ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Inexistantes. Pas d&#8217;eau, il faut la pr\u00e9lever dans un arroyo voisin et des feuill\u00e9s tr\u00e8s rudimentaires.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong>LES JAPONAIS CHERCHENT-ILS A VOUS ENDOCTRINER ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Si l&#8217;on veut, mais cela se r\u00e9sume \u00e0 :&#8221;Vous pas penser, vous ici pour travail.&#8221;<br \/>\n<strong><br \/>\nQUEL EST L&#8217;EMPLOI DU TEMPS D&#8217;UNE JOURNEE ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Lever \u00e0 6 heures, soupe \u00e0 base de riz et d&#8217;ignames.<\/p>\n<p>A 6 heures 30, d\u00e9part pour le chantier. Au passage, nous pr\u00e9levons de l&#8217;eau dans l&#8217;arroyo.<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9e au chantier une demi-heure apr\u00e8s et d\u00e9but des travaux .<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong>EN QUOI CONSISTE VOTRE TRAVAIL ?<\/strong><br \/>\nA d\u00e9broussailler le terrain, niveler le sol, avec des outils \u00e0 main tr\u00e8s rudimentaires et en mauvais \u00e9tat et \u00e0 construire un pont pour permettre la progression des camions. Nous devons pour cela porter des charges tr\u00e8s lourdes, en particulier des madriers, dans les mar\u00e9cages, avec de l&#8217;eau jusqu&#8217;\u00e0 la poitrine. Nous sommes en plein \u00e9t\u00e9 et la chaleur humide est presque impossible \u00e0 supporter.<\/p>\n<p><strong>QUELLE EST LA DUREE DU TRAVAIL ?<\/strong><br \/>\n11 \u00e0 12 heures par jour, avec une demi-heure de pause \u00e0 midi, pour d\u00e9jeuner, ce qui est un bien grand mot, puisque cela consiste en un bouillon de riz avec 30 \u00e0 40 grammes d&#8217;ignames.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nPOUVEZ-VOUS NOUS CITER UNE ANECDOTE VECUE PERSONNELLEMENT ?<\/strong><br \/>\nNotre gardien, chef de chantier nous reproche notre rendement insuffisant. Je lui tends une pelle dont il s&#8217;empare et l&#8217;utilise comme un forcen\u00e9. A un moment, il se retourne pour souffler et, constatant que le groupe se f.. manifestement de lui, me flanque une racl\u00e9e m\u00e9morable.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong>POUVEZ VOUS NOUS DIRE QUELQUES MOTS :<\/strong><\/p>\n<p><strong>DES BRIMADES ET AUTRES PERSECUTIONS PHYSIQUES ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Des rappels \u00e0 l&#8217;ordre fr\u00e9quents et des coups de matraque.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nDE LA DELATION ?<\/strong><br \/>\nJe n&#8217;ai pas assist\u00e9 \u00e0 de la d\u00e9lation et n&#8217;en ai pas subi les effets.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nDE L&#8217;ATTITUDE DE LA POPULATION INDOCHINOISE VOISINE ? <\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">On peut la consid\u00e9rer comme neutre.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nDES PRISONNIERS CIVILS ?<\/strong><br \/>\nIl n&#8217;y en a pas.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>DES TENTATIVES D&#8217;EVASION ET DE LEURS CONSEQUENCES ?<\/strong><br \/>\nElles sont punies de mort. Deux eurasiens se sont \u00e9vad\u00e9s. Les Japonais nous disent qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 repris et fusill\u00e9s, mais nous ne les croyons pas. Un jour, un autre eurasien, GONTRAN, quitte le groupe pour aller chercher du ravitaillement. A son retour, il est pris par les Japonais qui l&#8217;attachent toute la journ\u00e9e \u00e0 un arbre, les mains derri\u00e8re le dos et une corde autour du cou. S&#8217;il vient \u00e0 se rel\u00e2cher, il est \u00e9trangl\u00e9 par ses liens. En fin de journ\u00e9e, il est d\u00e9capit\u00e9 devant tous les prisonniers rassembl\u00e9s. Ceux-ci commencent \u00e0 manifester leur indignation mais, les fusils-mitrailleurs des miradors brusquement braqu\u00e9s sur eux, les contraignent au silence.<\/p>\n<p><strong>POUVEZ VOUS NOUS PARLER DES MALADIES ET DE LA FACON DONT SOIGNE ?<\/strong><br \/>\nLes maladies sont surtout les maladies dites &#8220;coloniales&#8221;, beri beri, paludisme et ses complications, dysenterie et tout ce que cela implique, typhus, plaies infect\u00e9es, gangr\u00e8ne, aggrav\u00e9es par la forte chaleur, les sangsues, la pollution de l&#8217;eau, l&#8217;absence totale d&#8217;hygi\u00e8ne et le manque de m\u00e9dicaments. Un m\u00e9decin de la marine, d\u00e9nu\u00e9 de tous moyens, dirige ce qui n&#8217;a d&#8217;infirmerie que le nom. Son assistant, baptis\u00e9 infirmier, m&#8217;administre un jour une dose de teinture de belladone si forte que j&#8217;en perds pendant 24 heures la vue et la raison.<\/p>\n<p>Les morts et les malades sont de plus en plus nombreux et les Japonais refusent toute hospitalisation, de peur que l&#8217;on sache ce qui se passe \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des camps de HOA BINH.<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nQUELLES SONT LES CIRCONSTANCES DE VOTRE LIBERATION ?<\/strong><br \/>\nLe 10 ao\u00fbt, une rumeur provenant de la ville indochinoise circule, une grosse bombe a \u00e9clat\u00e9. Peu de temps apr\u00e8s les Japonais nous r\u00e9unissent et nous d\u00e9clarent : &#8220;Fran\u00e7ais et Japonais tr\u00e8s fatigu\u00e9s, arr\u00eater travail&#8221;.Le 25 ao\u00fbt, nous partons en camion pour HANOI et arrivons \u00e0 la CITADELLE \u00e0 23 heures.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nCOMBIEN DE TEMPS A DURE VOTRE SEJOUR A HOA BINH ?<\/strong><br \/>\n56 jours.<br \/>\n<strong><br \/>\nQUEL AGE AVIEZ-VOUS ? <\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">22 ans.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>QUEL ETAIT VOTRE ETAT DE SANTE LORS DE VOTRE RETOUR A HANOI ?<br \/>\n<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9rablement amaigri, gravement atteint par la dysenterie et le paludisme, \u00e0 bout de forces, certain de mourir sous peu, pour ne pas dire &#8220;crever&#8221;.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nQUEL ETAIT VOTRE POIDS NORMAL ET VOTRE POIDS AU RETOUR ?<\/strong><br \/>\nInitialement, je pesais 74 Kilos, mais j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 perdu du poids au cours de la progression \u00e9puisante dans la jungle et \u00e0 la Citadelle. Au retour de HOA BINH, mon poids \u00e9tait de 40 Kilos environ. .<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nA QUELLE DATE AVEZ-VOUS ETE OFFICIELLEMENT LIBERE ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Le 17 septembre 1945.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>ET DEMOBILISE ?<\/strong><br \/>\nJe suis rest\u00e9 en activit\u00e9 et j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9tach\u00e9 au port de HAIPHONG jusqu&#8217;au 5 ao\u00fbt 1946.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>QUEL EST VOTRE STATUT ACTUEL, AU TITRE DE VOTRE CAPTIVITE ? <\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">J&#8217;ai le statut de d\u00e9port\u00e9 politique.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nA QUELLE DATE VOUS A-T-IL ETE RECONNU ?<\/strong><br \/>\nEn 1993.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\nC&#8217;EST-A-DIRE 48 ANS APRES VOTRE RETOUR DU CAMP ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Exactement.<\/p>\n<hr \/>\n<div><strong>COMPLEMENTS AU TEMOIGNAGE DE MONSIEUR GEORGES MOREL<\/strong><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Par del\u00e0 ce compte rendu impressionnant de Monsieur Georges Morel, on peut se poser la question :<\/p>\n<p><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<div><strong>Y-A-T-IL EU UNE VOLONTE DELIBEREE D&#8217;EXTERMINATION ?<\/strong><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">La chronologie distingue nettement, comme nous l&#8217;avons vu, deux \u00e9tapes :<\/p>\n<p>Dans un premier temps, regroupement des prisonniers du Tonkin dans la Citadelle de HANOI, puis d\u00e9portation massive vers HOA BINH.<br \/>\n<strong><br \/>\nPOURQUOI ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Deux hypoth\u00e8ses sont possible<\/strong><\/p>\n<p><strong>1)<\/strong> Les Japonais craignaient un d\u00e9barquement am\u00e9ricain qui aurait conduit \u00e0 l&#8217;isolement de leurs forces encore pr\u00e9sentes en MALAISIE, au SIAM et en BIRMANIE. Dans cette hypoth\u00e8se ils ne souhaitaient pas \u00eatre handicap\u00e9s par la masse des prisonniers militaires Fran\u00e7ais, concentr\u00e9e \u00e0 HANOI et qui de surcro\u00eet constituait une main d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9, tr\u00e8s utile pour la mise en place de l&#8217;ultime r\u00e9duit d\u00e9fensif nippon pour le TONKIN, dans la r\u00e9gion de HOA-BINH.<\/p>\n<p><strong>2)<\/strong> Il s&#8217;agissait d&#8217;une politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&#8217;extermination massive men\u00e9e par les Japonais. De nombreux prisonniers, du moins parmi ceux ont surv\u00e9cu \u00e0 ce jour, penchent pour cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est bien s\u00fbr pas question d&#8217;\u00e9tudier cela en d\u00e9tail ce soir, mais seulement d&#8217;\u00e9voquer quelques arguments expos\u00e9s dans l&#8217;un et l&#8217;autre cas, en nous appuyant sur la th\u00e8se de Monsieur Eric REQUET<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong><br \/>\n&#8220;LA CAPTIVITE DES PRISONNIERS FRANCAIS EN INDOCHINE DANS LES PRISONS LES CAMPS NIPPONS&#8221; (1)<\/strong><\/p>\n<p><strong><br \/>\nPREMIERE VERSION<\/strong><br \/>\nHOA BINH \u00e9tait le centre du dispositif japonais au TONKIN et m\u00eame en INDOCHINE, d&#8217;o\u00f9 la construction de nombreux ouvrages fortifi\u00e9s par la seule main d\u2019\u0153uvre disponible, les prisonniers fran\u00e7ais, dans des conditions terribles et dans une r\u00e9gion on ne peut plus inhospitali\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Si les Japonais redoutaient un d\u00e9barquement alli\u00e9, pourquoi aller installer un s un endroit aussi malsain ?<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">L&#8217;aspect strat\u00e9gique d&#8217; HOA BINH a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par la suite, notament pendant la Guerre d&#8217;indochine qui a suivi.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Certes mais on a parl\u00e9 davantage de NA SAN ou DIEN BIEN PHU<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Les prisonniers furent rapidement atteints d&#8217;un surmenage physique intensif, dans une contr\u00e9e insalubre, aggrav\u00e9 par un \u00e9tat de famine continu et aigu, un manque d&#8217;hygi\u00e8ne intol\u00e9rable et une absence de soins et de m\u00e9dicaments.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>C&#8217;est incontestable, mais si l&#8217;on voulait vraiment que les travaux aboutissent d pr\u00e9vus, et si les Japonais y attachaient autant d&#8217;importance, ils auraient sans la ration alimentaire des prisonniers.<\/strong><br \/>\nParfois les ge\u00f4liers n&#8217;h\u00e9sitaient pas \u00e0 mettre la main \u00e0 la t\u00e2che et m\u00eame les gardes ou chefs d&#8217;\u00e9quipe voire le Lieutenant.<\/p>\n<p>Monsieur Morel nous confirmera que les militaires japonais redoutaient leur hi\u00e9rarchie. Il fallait tenir les objectifs.<\/p>\n<p>Certains camps \u00e9taient plus \u00e9prouvants que d&#8217;autres, cela d\u00e9pendait du chef qui le commandait.<\/p>\n<p><strong>C&#8217;est exact. En particulier celui command\u00e9 par le Capitaine SAMURA o\u00f9 fut to alors que pour le m\u00eame d\u00e9lit, s&#8217;\u00e9loigner de la corv\u00e9e et acheter des bananes \u00e0 Capitaine Verni\u00e8res, d\u00e9tenu dans un autre camp, ne re\u00e7ut que quelques coups d la t\u00eate. Oui bien s\u00fbr, mais on n&#8217;ira quand m\u00eame pas dire que l&#8217;on menait jo autres camps.<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Enfin, et je m&#8217;arr\u00eaterai \u00e0 ce dernier argument pour cette th\u00e8se, s&#8217;il s&#8217;\u00e9tait seulement agi de faire mourir le maximum de fran\u00e7ais, d&#8217;autres m\u00e9thodes beaucoupplus exp\u00e9ditives \u00e9taient possibles, on l&#8217;a vu au moment du 9 mars 1945. (LANG SON &#8211; DONG DANG).<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Si l&#8217;on peut c\u00e9der \u00e0 un \u00e9lan de folie meurtri\u00e8re au cours d&#8217;une nuit ou \u00e0 l&#8217;i n&#8217;est pas \u00e9vident d&#8217;exterminer de la m\u00eame fa\u00e7on toute une population. Cela do (regroupement pr\u00e9alable des personnes concern\u00e9es, classement par cat\u00e9gories, fixa priorit\u00e9s, \u00e9limination des cadavres etc\u2026) Il suffit pour s&#8217;en convaincre de se r\u00e9 allemand.<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div><strong>DEUXIEME VERSION<\/strong><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><strong>L&#8217;INDOCHINE<\/strong> a eu ses camps de concentration, ses &#8220;camps de la mort lente&#8221; (il conviendrait mieux<br \/>\nde dire \u00ab rapide \u00bb). Les Japonais \u00e0 HOA BINH, comme les Allemands \u00e0 DACHAU, BUCHENWALD .. poursuivirent l&#8217;ex\u00e9cution d&#8217;un plan d&#8217;extermination parfaitement \u00e9vident et m\u00fbrement pr\u00e9par\u00e9. Ils avaient pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 la destruction progressive par la souffrance et la maladie, de toute la population fran\u00e7aise d&#8217;Indochine.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>Je me souviens personnellement d&#8217;avoir appris cela \u00e0 HANOI, peu de temps a capitulation japonaise. Dans les plans trouv\u00e9s chez les Japonais, il \u00e9tait pr\u00e9vu d militaires \u00e0 HOA BINH, ce qui \u00e9tait en cours, et les civils \u00e0 PHU LANG TU me l&#8217;a confirm\u00e9 tout r\u00e9cemment. Il convient toutefois d&#8217;accueillir avec prudenc informations qui naissent spontan\u00e9ment apr\u00e8s un \u00e9pisode dramatique.<\/strong><br \/>\nUn t\u00e9moin de HOA BINH, (Hubert de Boisboissel), dans un autre camp que celui de Monsieur Morel, rapporte ceci :<\/p>\n<p>&#8220;Le lieutenant chef de camp est remont\u00e9 sur sa caisse pour nous menacer, et cette fois il est flanqu\u00e9 d&#8217;une mitrailleuse braqu\u00e9e sur nous, bande de cartouches engag\u00e9e : Vous ici pour travail d\u00e9fense contre barbares am\u00e9ricains et chinois. Si ennemi venir Indochine, vous aider arm\u00e9e Nippon, porter munitions et le manger. Sinon, mourir&#8221;. Il &#8220;s&#8217;auto-excite&#8221; et r\u00e9p\u00e8te :<br \/>\n<strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<div><strong>&#8220;Vous ici pour mourir&#8221;<\/strong><\/div>\n<p>Un autre t\u00e9moin nous dit &#8221; Notre occupation consistait, du lever au coucher du soleil, avec un temps d&#8217;arr\u00eat relativement court \u00e0 midi, \u00e0 faire des travaux de terrassement ne rimant absolument \u00e0 rien, vraisemblablement dans le but d&#8217;\u00e9puiser les prisonniers, et \u00e0 creuser des galeries ne menant nulle part..<\/p>\n<p><strong>Et pourtant<\/strong>, un prisonnier intern\u00e9 au Camp des Calcaires \u00e0 HOA BINH raconte : &#8220;..les prisonniers creusent un tunnel dans le schiste pourri et transportent cet amalgame gorg\u00e9 d&#8217;eau dans des paniers appel\u00e9s MOKOS, remplis \u00e0 moiti\u00e9 seulement, tellement ils sont lourds. Apr\u00e8s la capitulation, des officiers japonais avoueront que ce tunnel \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 y entasser les prisonniers encore vivants, ainsi que des civils europ\u00e9ens, puis \u00e0 \u00eatre mur\u00e9. Ce serait devenu un immense charnier.&#8221;<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<strong>En tout \u00e9tat de cause, \u00e0 HOA BINH, dans les camps dont la dur\u00e9e, par suit japonaise, fut de moins de deux mois, on compta 8% de morts et 26% de m gravement atteints qu&#8217;une prolongation, m\u00eame de courte dur\u00e9e, du s\u00e9jour inferna condamnait \u00e0 mourir dans les jours qui suivaient. Cela ressort parfaitement du t\u00e9 M. Morel.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur 2 800 hommes, 700 \u00e9taient irr\u00e9m\u00e9diablement condamn\u00e9s \u00e0 mort, si les b n&#8217;avaient pas pr\u00e9cipit\u00e9 la capitulation japonaise.<\/strong><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\nPour m\u00e9moire, <strong>HIROSHIMA<\/strong>, 6 ao\u00fbt 1945, 157 000 morts, <strong>NAGASAKI<\/strong>, 9 ao\u00fbt 1945, 75 000 morts.<\/p>\n<p>Il convient cependant de rappeler, pour terminer, comme le faisait tout r\u00e9cemment dans LE FIGARO<br \/>\nle Professeur Lapierre, d\u00e9port\u00e9-r\u00e9sistant d&#8217;Indochine, qu&#8217;en cette nuit du 9 mars 1945, qui vit le d\u00e9but des malheurs de Monsieur Morel et de tous les Fran\u00e7ais d&#8217;Indochine, par une co\u00efncidence historique, 300 superforteresses larguaient sur TOKYO 700 000 bombes incendiaires, provoquant la destruction d&#8217;une grande partie de la ville et 197 000 morts.<\/p>\n<p>Je voudrais, si vous le voulez bien, avant de nous s\u00e9parer, vous livrer un t\u00e9moignage personnel.<br \/>\nEn ao\u00fbt 1945, apr\u00e8s la capitulation japonaise, comme un grand nombre de Fran\u00e7ais de HANOI, nous<br \/>\nnous sommes rendus en famille \u00e0 la Citadelle. Nous voulions savoir si \u00e9ventuellement, mon p\u00e8re, dont nous \u00e9tions sans nouvelles depuis cinq mois, ne s&#8217;y trouvait pas. Il y r\u00e9gnait une atmosph\u00e8re \u00e9trange avec tout \u00e0 la fois la joie de ceux qui retrouvaient un \u00eatre cher, et l&#8217;immense chagrin de ceux qui apprenaient qu&#8217;ils ne reverraient plus jamais les leurs, sc\u00e8nes v\u00e9cues en m\u00e9tropole, quelques mois auparavant. Mais, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas en France, j&#8217;ai vu par hasard dans une pi\u00e8ce, cinq hommes assis sur un banc, d\u00e9charn\u00e9s, hirsutes, sales, le regard totalement vide. J&#8217;avais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dix ans et, comme mes copains, je suis rest\u00e9 p\u00e9trifi\u00e9 en les voyant. Il y a d&#8217;habitude une grande complicit\u00e9 entre les soldats et les enfants, chacun allant spontan\u00e9ment vers l&#8217;autre. Ce jour l\u00e0, rien ne s&#8217;est pass\u00e9, et je n&#8217;ai jamais oubli\u00e9 cette sc\u00e8ne.<\/p><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est pour r\u00e9tablir ce contact, manqu\u00e9 il y a 55 ans, que j&#8217;\u00e9tais ce soir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Monsieur Morel.<\/div>\n<p>Views: 29<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8220;Captivit\u00e9 \u00e0 la citadelle de HANOI et au camp d&#8217;extermination de HOA BINH&#8221; ENTRETIEN AVEC MONSIEUR GEORGES MOREL SUR SA CAPTIVITE EN INDOCHINE, A LA CITADELLE DE HANOI ET AU CAMP D&#8217;EXTERMINATION JAPONAIS DE HOA BINH DU 10 AVRIL AU 17 SEPTEMBRE 1945. 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