{"id":933,"date":"2021-02-03T21:17:12","date_gmt":"2021-02-03T21:17:12","guid":{"rendered":"http:\/\/s856749478.onlinehome.fr\/?p=933"},"modified":"2021-06-16T20:40:54","modified_gmt":"2021-06-16T20:40:54","slug":"liberation-et-rapatriement-etat-des-prisonniers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anapi.fr\/?p=933","title":{"rendered":"\u00c9tat des prisonniers"},"content":{"rendered":"<div class=\"page-header\">\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00c9tat des prisonniers<\/h2>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tuer les prisonniers sans avoir \u00e0 les brutaliser : telle \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral la mani\u00e8re d&#8217;agir du Viet-Minh, non seulement envers les soldats fran\u00e7ais du Corps Exp\u00e9ditionnaire Fran\u00e7ais en Extr\u00eame-Orient (CEFEO) mais aussi envers tous ceux, hommes ou femmes, vieillards ou enfants, militaires ou civils, \u00e9trangers ou nationaux, qui n&#8217;acceptaient pas le communisme apport\u00e9 avec lui.<\/p>\n<p>La famine organis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 souvent le moyen employ\u00e9, moins \u00ab voyant \u00bb que des ex\u00e9cutions sommaires, comme le firent souvent les occupants japonais, mais pouvant se r\u00e9v\u00e9ler tout aussi efficace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-934 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_3.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"189\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre corps est en constant remaniement. Pour ce faire, il a besoin que lui soient apport\u00e9es les \u00ab briques \u00bb qu&#8217;il utilise. Cet apport se fait habituellement par l&#8217;alimentation. Quand un \u00eatre humain est mis \u00ab \u00e0 la di\u00e8te \u00bb, il perd du poids. Nous avons quasiment tous essay\u00e9 de le faire, le plus souvent pour des motifs esth\u00e9tiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">II n&#8217;en est plus de m\u00eame quand la ration alimentaire journali\u00e8re est syst\u00e9matiquement abaiss\u00e9e et carenc\u00e9e. Notre corps commence par utiliser les graisses diss\u00e9min\u00e9es un peu partout en nous. Quand celles-ci ont totalement disparu, il va attaquer d&#8217;autres de nos constituants de base.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-935 size-full\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_1.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"188\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_1.jpg 280w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_1-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les muscles. Ces derniers contiennent non seulement des graisses mais aussi des substances appel\u00e9es prot\u00e9ines (ou protides) que nous trouvons d&#8217;habitude dans les mets d&#8217;origine animale et parfois aussi, mais diff\u00e9rents des pr\u00e9c\u00e9dents et en moindre quantit\u00e9, dans les produits v\u00e9g\u00e9taux. L&#8217;amaigrissement, qui en est la cons\u00e9quence directe, peut \u00eatre tr\u00e8s rapide.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">II est cependant des \u00e9l\u00e9ments dont nous ne pouvons pas nous passer et que nous ne savons pas synth\u00e9tiser. II s&#8217;agit de certains \u00ab acides amin\u00e9s \u00bb, prot\u00e9ines sp\u00e9ciales d&#8217;origine uniquement alimentaire, animale et v\u00e9g\u00e9tale, et de substances plus ou moins complexes, les vitamines. Le manque de ces derni\u00e8res am\u00e8nent l&#8217;apparition de maladies bien connues, telles que le scorbut, le rachitisme ou le b\u00e9rib\u00e9ri, pour n&#8217;en citer que trois.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Les prisonniers du Viet-Minh ne recevaient souvent, et dans la plupart des cas, que du riz, \u00e0 L\u2019exclusion de tout autre mets. Ce riz est essentiellement compos\u00e9 d&#8217;amidon, un sucre, que la cuisson permet de dig\u00e9rer lentement. Mais rien d&#8217;autre.<\/p>\n<p>Si les r\u00e9serves corporelles d&#8217;un individu sont assez abondantes, la perte de poids qui survient immanquablement avec un tel r\u00e9gime, sera rapide mais pas toujours spectaculaire. Il n&#8217;en est pas de m\u00eame si le prisonnier a subi avant sa capture, des conditions dures, aliment\u00e9 plus ou moins r\u00e9guli\u00e8rement du fait des combats, ceux-ci apportant en plus un \u00ab stress \u00bb d\u00e9bilitant par lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-936 size-medium\" src=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_2-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_2-201x300.jpg 201w, https:\/\/anapi.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/prisonnier_2.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div>Les prisonniers faits \u00e0 Di\u00ean Bi\u00ean Ph\u00fa ont eu, parmi eux, une mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e car ils r\u00e9unissaient souvent ces pr\u00e9 conditions. Le r\u00e9gime qui fut le leur ensuite, ajout\u00e9 aux marches \u00e9puisantes, a conduit \u00e0 ces apparences d&#8217;\u00eatres humains, cachectiques, pouvant \u00e0 peine se tenir debout. Beaucoup avaient d\u00e9pass\u00e9 le \u00ab point de non-retour \u00bb. Tous les traitements, y compris la reprise d&#8217;une alimentation \u00e9quilibr\u00e9e ou suppl\u00e9ment\u00e9e, ne pouvait leur permettre de r\u00e9cup\u00e9rer, quel que soit le temps mis \u00e0 le faire. Ils d\u00e9c\u00e9daient avant.<\/div>\n<p>L&#8217;absence de tout traitement des maladies qui atteignaient, un jour ou l&#8217;autre les prisonniers du fait de leur r\u00e9sistance amoindrie aux infections, ajout\u00e9e aux multiples agressions par divers parasites ou insectes, diminuait encore les possibilit\u00e9s de lutte de nos corps. Les blessures dues aux morsures de tr\u00e8s nombreuses sangsues, conduisait in\u00e9vitablement \u00e0 une an\u00e9mie importante, les \u00e9l\u00e9ments constitutifs du sang qu&#8217;elles nous prenaient, n&#8217;existant plus. Les diarrh\u00e9es dues aux amibes nous \u00f4taient des sels min\u00e9raux, eux aussi indispensables et non renouvel\u00e9s. Sans parler des diverses parasitoses que l&#8217;impossibilit\u00e9 de se laver correctement faisait se d\u00e9velopper, poux, ascaris, ankylostomes etc&#8230;<br \/>\nUn autre facteur d&#8217;atteinte \u00e0 la personnalit\u00e9 de chacun avait \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 par les ge\u00f4liers. Forts des enseignements sovi\u00e9tiques et chinois, ils inflig\u00e8rent \u00e0 leurs victimes sans d\u00e9fense des manoeuvres qui devaient, dans leur esprit, aboutir \u00e0 leur complet \u00ab retournement \u00bb politique : des &#8220;cours&#8221;, impos\u00e9s souvent chaque soir, alors que tous n&#8217;aspiraient qu&#8217;\u00e0 prendre enfin un peu de repos.<\/p>\n<p>Les outrances de leurs discours, leur fausset\u00e9 souvent, emp\u00eachaient qu&#8217;elles nous atteignent. Mais \u00e9taient plus dangereuses les auto-accusations de m\u00e9faits, r\u00e9els mais le plus souvent imaginaires, dont le \u00ab peuple \u00bb avait \u00e9t\u00e9 victime de la part du \u00ab coupable \u00bb. Le raffinement \u00e9tait que ce \u00ab\u00a0 coupable\u00a0 \u00bb devait parfois dire quelle devait \u00eatre sa \u00ab punition \u00bb, que seule la mansu\u00e9tude de \u00ab\u00a0 l&#8217;oncle Ho\u00a0 \u00bb pouvait lui \u00e9viter, chantage cynique mais constant. Enfin, pour \u00e9viter une entraide toujours possible entre prisonniers, la d\u00e9lation avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e au niveau d&#8217;une institution. Malheur \u00e0 celui qui ne d\u00e9non\u00e7ait pas un camarade, quelle que soit la v\u00e9tille d\u00e9nonc\u00e9e. Il risquait autant que l\u2019auteur du \u00ab\u00a0 crime\u00a0 \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9sister \u00e0 tout cela \u00e9tait \u00e9puisant, dangereux, augmentait encore les risques d&#8217;en subir les cons\u00e9quences n\u00e9fastes. Pourtant, nous avons pu quand m\u00eame nous \u00e9pauler, nous aider \u00e0 subir ces contraintes. Les traces laiss\u00e9es en nous, qui avons surv\u00e9cu, sont ineffa\u00e7ables. Nous aurions pu esp\u00e9rer qu&#8217;\u00e0 notre lib\u00e9ration, les conditions inhumaines de notre captivit\u00e9 \u00e9tant connues, des psychiatres ou des psychologues viendraient nous aider \u00e0 reprendre pied dans notre milieu sans trop de d\u00e9g\u00e2ts. A la place, nous avons eu droit \u00e0 des interrogatoires par la S\u00e9curit\u00e9 Militaire, nous stressant encore davantage. Nous n&#8217;avions pourtant pas besoin de ce surplus de d\u00e9fiance manifeste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Tableau r\u00e9capitulatif nosologique<br \/>\nde la morbidit\u00e9 des prisonniers de guerre lib\u00e9r\u00e9s<\/h3>\n<div>\n<blockquote>\n<table border=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<td>Fran\u00e7ais<\/td>\n<td>L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re<\/td>\n<td>Nord-Africains<\/td>\n<td>Africains<\/td>\n<td>Indochinois<\/td>\n<td>Civils<\/td>\n<td>Total<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Non class\u00e9s<\/td>\n<td>62<\/td>\n<td>83<\/td>\n<td>137<\/td>\n<td>12<\/td>\n<td>22<\/td>\n<td>2<\/td>\n<td>318<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Bon \u00e9tat<\/td>\n<td>139<\/td>\n<td>148<\/td>\n<td>148<\/td>\n<td>21<\/td>\n<td>60<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>516<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Maladies infectieuses<\/td>\n<td>17<\/td>\n<td>16<\/td>\n<td>18<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>52<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ict\u00e8res<\/td>\n<td>19<\/td>\n<td>5<\/td>\n<td>4<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>29<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tuberculose<\/td>\n<td>10<\/td>\n<td>14<\/td>\n<td>21<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>45<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Troubles mentaux<\/td>\n<td>4<\/td>\n<td>4<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>10<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cachexies<\/td>\n<td>75<\/td>\n<td>72<\/td>\n<td>31<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>179<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Paludisme<\/td>\n<td>251<\/td>\n<td>330<\/td>\n<td>516<\/td>\n<td>5<\/td>\n<td>31<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>1133<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amabiase et troubles digestifs<\/td>\n<td>351<\/td>\n<td>517<\/td>\n<td>448<\/td>\n<td>39<\/td>\n<td>12<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>1367<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amabiase h\u00e9patique<\/td>\n<td>8<\/td>\n<td>5<\/td>\n<td>4<\/td>\n<td>1<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>18<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Troubles nutritionnels et oed\u00e8mes<\/td>\n<td>118<\/td>\n<td>128<\/td>\n<td>48<\/td>\n<td>2<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>206<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Autres carences<\/td>\n<td>8<\/td>\n<td>8<\/td>\n<td>5<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>&#8211;<\/td>\n<td>31<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>TOTAL<\/td>\n<td>1062<\/td>\n<td>1330<\/td>\n<td>1381<\/td>\n<td>81<\/td>\n<td>128<\/td>\n<td>2<\/td>\n<td>3984<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Chirurgicaux l\u00e9gers<\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td>76<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td><\/td>\n<td>4060<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><em> Les photos et les chiffres contenus dans ces pages proviennent des Archives de Vincennes et figurent dans la th\u00e8se du colonel Robert Bonnafous sous le titre &#8220;Les prisonniers du corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais en Extr\u00eame-Orient dans les camps Vi\u00eat Minh (1945-1954)&#8221;.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<p>Views: 27<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00c9tat des prisonniers Tuer les prisonniers sans avoir \u00e0 les brutaliser : telle \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral la mani\u00e8re d&#8217;agir du Viet-Minh, non seulement envers les soldats fran\u00e7ais du Corps Exp\u00e9ditionnaire Fran\u00e7ais en Extr\u00eame-Orient 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