ANAPI

Témoignage de Mr Jacques DOP

Retranscription de la conférence donnée en 1955 par Monsieur Jacques DOP, à partir de ses souvenirs de lieutenant, arrivé en Indochine en septembre 1950. Muté du 3ème BEP au 1er BEP, il rejoint la 3ème compagnie commandée par le capitaine LOTH. Il a alors 27 ans et fait partie des éléments de la relève du 1er BEP en Indochine.

Messieurs,

Le Colonel MOUZELLE m’a demandé à mon retour d’Indochine où j’ai passé un peu plus de 4 ans, de vous parler de mon séjour et de ce que j’ai pu remarquer et apprendre au cours des combats et de ma petite mésaventure.

Pour moi la période de combat n’a pas duré très longtemps (1 mois et 4 jours), puis ce fut une captivité de 4 années.

Mon expérience des combats est donc très courte. Je suis parti en Indochine avec un bataillon de Légion Etrangère Parachutiste, bataillon spécialement créé en vue des opérations en Indochine. Comme vous le savez, la Légion est une arme d’élite, sûre et solide.

Ce sont tous des engagés d’au moins 5 ans, souvent même des rengagés, donc des hommes rompus à l’art de la guerre et bien entrainés.

Il est donc intéressant d’avoir formé parmi cette troupe des Unités parachutistes. Ce qui permettait en 5 ans d’avoir des Unités parfaitement entrainés à ce genre de combats.

Gros avantage si on les compare aux Bataillons d’appelés Français qui ne font que 18 mois, temps relativement court pour former des combattants spécialisés.

Mon unité, de la valeur d’une Compagnie, fut formée en Algérie et envoyée au Tonkin en aout 1950 pour assurer la relève du 1er BEP.

La relève de ce Bataillon se faisait en effet par tranches et non en bloc, ce qui avait le gros avantage de conserver à l’intérieur de l’Unité des cadres et des hommes ayant déjà une solide habitude du pays et du genre de combats qu’on y mène.

Lorsque que nous arrivâmes au Tonkin, notre Unité était déjà engagée depuis quelques jours dans la zone frontière pour opérer le repli de la R.C 4.

Nous fûmes à titre d’entrainement rapidement utilisés pour effectuer des opérations de police dans le Delta. Mais les évènements se précipitant, nous fûmes consignés et placés en état d’alerte, prêts à intervenir immédiatement.

Le Commandement avait formé un bataillon d’intervention en adjoignant notre Compagnie à des éléments du 3ème Bataillon colonial de commandos parachutistes, unité qui revenait d’opérations et était en fin de séjour, donc assez réduite du point de vue effectif, mais ayant de l’expérience et une connaissance parfaite du Pays.

​Lorsque je dis que nous étions prêts à intervenir immédiatement cela veut dire que l’unité au complet pouvait ½ heure après réception de l’ordre décoller du terrain d’aviation avec tout son matériel.

Les préparatifs d’une opération aéroportée sont, à l’échelon Chef de section tout au moins, un ballet bien réglé.

Une fois en état d’alerte les Chefs de section s’assurent de l’effectif disponible, lui font percevoir l’équipement, l’habillement, les chaussures, les vivres de combat, l’armement, les munitions, vérifient minutieusement la confection des sacs.

Il ne faut emporter que le nécessaire, le poids et la place jouant un rôle très important dans les opérations de ce genre. Puis ils vérifient avec non moins de minutie le fonctionnement des armes, la dotation en munitions de chaque homme, le fonctionnement des postes radio et des explosifs.

Ils procèdent à la confection des gaines contenaires et à la répartition par avion et enfin à l’essayage des parachutes.

​Une fois toutes ces opérations terminées, l’unité est rassemblée et les faisceaux formés auprès des camions qui doivent nous transporter à la base d’aviation.

Après l’inspection du Commandant d’unité un ou plusieurs exercices d’embarquement dans les véhicules est exécuté.

Les hommes ont alors repos sur place et commence la longue attente de l’ordre de départ, viendra-t-il ne viendra-t-il pas ? En attendant, les paquets de cigarettes s’ouvrent nerveusement et se vident rapidement.

​Enfin une estafette arrive avec les ordres, les Officiers sont rassemblés et les ordres sont donnés avec les cartes renseignées et les photos aériennes de la région où l’on va opérer.

Un coup de sifflet est donné, tout le monde embarque et direction le terrain où les avions nous attendent.

C’est ainsi que mon Unité fût engagée le 8 Octobre 1950 pour venir au secours de 9 Bataillons du C.E.F.E.O. commandés par les Colonels Charton et Lepage, en difficultés sur la R.C. 4 après les replis de Cao Bang et Dong Khé.

​Notre mission était de tenir Tath Khé pour permettre la récupération des débris de ces deux colonnes et permettre leur repli.

La mission fût remplie mais hélas nous ne devions pas récupérer grand monde. Les journaux de l’époque parlèrent parait-il de désastre. D’un certain point de vue c’en était un, nous avions perdus la zone frontière ; mais le repli était prévu par le Haut Commandement depuis déjà longtemps.

Cette région étant parfaitement intenable par les effectifs mis en ligne à cette époque.

Désastre a-t-on dit du point de vue potentiel humain, c’est inexact puisque tous les bataillons engagés étaient en fin de séjour.

Donc le C.E.F.E.O n’avait pas à en souffrir du point de vue effectif.

​Pour en revenir à mon unité, après avoir récupéré les débris des colonnes Lepage et Charton qui avaient succombé sous le nombre des ennemis bien équipés et entrainés dans des camps en Chine et après avoir protégé le repli de Tath Khé, nous devions rejoindre par la route la piste de Nacham via Langson.

​Hélas nous devions tomber sur une grosse coupure et une énorme embuscade au lieu-dit Deo Kath. Ma section reçut pour mission d’occuper un piton et de s’y maintenir pour tenir la route et permettre au reste du bataillon d’effectuer une percée ou de contourner la résistance pour rejoindre la route.

​Hélas la résistance était trop forte pour nous et les renforts ennemis ne cessaient d’affluer et bientôt tout espoir de culbuter ou de contourner la résistance nous fût interdit, l’appui aérien était insuffisant et inefficace. Dans ce Pays du reste l’aviation ne peut être d’un grand secours.

​Il faut connaitre les calcaires de la Haute Région du Tonkin pour s’en faire une idée. Je ne puis mieux comparer cette région qu’à une Baie d’Along terrestre où la mer est remplacée par une végétation luxuriante pour ainsi dire impénétrable d’où émergent des pitons calcaires abrupts couverts également de cette végétation tropicale. Un Pays Dantesque.

​Aussi s’enfoncer dans cette région était une solution désespérée, c’était abandonner la route à l’ennemi, c’était pour nous la perspective d’une marche exténuante avec l’impossibilité de ravitaillement en vivres et en munitions.

Ce fût cependant la seule qui s’offrait à nous et je reçus l’ordre de replis que j’exécutais après avoir perdu les ¾ de mon effectif.

Les Viets ayant attaqué furieusement et nous ayant fait subir un tir très ajusté d’armes automatiques : F.M, mitrailleuses légères, lourdes, et mortiers de 81 et ayant effectué plusieurs assauts, arrivant en rangs serrés jusqu’à 15 mètres des F.M nous obligeants par 3 fois à nous dégager à la grenade, laissant de nombreux morts sur le terrain.

Nous dûmes abandonner morts et blessés étant dans l’impossibilité de les transporter.

Ce fût alors pour notre colonne une marche exténuante dans la jungle et les calcaires sous une chaleur torride. Pendant 6 jours nous marchâmes jours et nuit, continuellement harcelés par les Viets.

Rapidement à court de vivres et de munitions, souffrant de la soif et du manque de sommeil, subissant des pertes continuelles dues aux balles ennemies ainsi qu’à la fatigue, c’est l’après-midi du cinquième jour que nous fûmes complétement encerclés et nous dûmes former le carré sur un piton jusqu’à la nuit.

L’ordre fût alors donné de se former par petits éléments pour essayer, à la faveur de la nuit, de s’infiltrer et passer les lignes ennemies.

​La manœuvre réussit mais hélas en 6 jours dans la brousse nous n’avions pas fait beaucoup de chemin et les Viets par la route nous avaient largement débordés.

Les postes que nous devions rejoindre étaient déjà entre leurs mains et nos petits éléments peu à peu exténués de fatigue et à bout de force tombèrent entre leur mains.

Voici le bref récit du sacrifice du Ier BEP parut dans un N° de la revue de la Légion Etrangère.

Quant aux prisonniers de guerre, nous nous attendions au pire. Mais les Viets, fiers d’avoir capturé un nombre assez élevé d’hommes, décidèrent de faire des prisonniers.

C’est alors que commence pour nombre d’entre nous une captivité qui devrait durer 4 longues années.

​Avant de vous parler de cette période, je voudrais en rassemblant des souvenirs de conversations avec des camarades qui, mieux que moi purent participer à de nombreux combats, ainsi qu’à partir de mon expérience personnelle, tirer les enseignements suivants :

​Le gros handicap pour nous troupes d’interventions était :

1- La méconnaissance du Pays, je veux dire des pistes. Le manque de guides, les photos aériennes ne donnant pour ces régions aucun renseignement positif.

2- La lourdeur de nos colonnes qui étaient liées à la route.

3- Ce qui définit le mot « lourdeur » : notre équipement et notre nourriture. Nous avons pu constater en effet que le soldat Viet est beaucoup plus léger.

Son équipement est le  suivant :

Sur lui :

– 1 casque léger en feuilles de latanier

– 1 pantalon de cotonnade

– 1 chemise de cotonnade

– Quelques fois un petit flottant qui remplace le slip ou le short

– 1 paire de sandales dont la semelle est taillée dans de vieux pneus d’autos et les lanières faites en vieilles chambres à air. Cette chaussure si j’ose m’exprimer ainsi est la plus pratique et la mieux adaptée que nous ayons pu connaitre et expérimenter.

Dans son sac : tout d’abord le sac est extrêmement léger, en toile kaki contenant :

– Une moustiquaire

– Une petite couverture en duvet

– Une chemise et un pantalon de rechange

– Un maillot de corps

– Souvent un grand carré en nylon imperméable extrêmement léger

– Un quart pour boire, rarement un bidon, pas de gamelle.

Comme nourriture la boule de riz dans un petit sac en toile pour la journée, 1kg 200.

Dans un sac également en toile et en forme de boudin généralement placé autour du corps, 3 à 4 jours de riz cru représentant un poids total de​1kg200 à 1kg500, plus une petite réserve de sel, d’environs 15 gr par jour.

Cette nourriture très frugale leur est suffisante pour tenir et offre de très gros avantages.

Pendant 4 ans nous l’avons expérimenté, avec la différence qu’un européen a besoin pour vivre de 800 gr de riz par jour au lieu de 600. Les avantages d’une telle nourriture sont les suivants :

1- Poids minimum

2- Grande digestibilité, aucune lourdeur d’estomac, aucun risque d’insolation due à une digestion pénible suivie de congestions

3- Evite le besoin de boire. 800 gr de riz cru donnant 1kg600 de riz cuit, donc ayant absorbé une énorme quantité d’eau. Nous avons avec ce régime fait des marches de 35 km avec un chargement de 30kg en plein soleil aux mois les plus chauds de l’année.

De cette façon les colonnes sont extrêmement légères, ne sont plus liés à la route et ont une grande autonomie ainsi qu’un rayon d’action étendu.

Évidemment il faudrait que nos troupes s’habituent à ce genre de vie, qui ne peut néanmoins durer trop longtemps, mais au moins pendant le temps des opérations.

De plus l’allégement en équipement,  vivres et habillement permettraient une augmentation de la dotation en munitions.

Il m’est difficile à mon échelon de tirer d’autres conclusions et enseignements, ainsi vais-je passer à la 2e partie de ma causerie : la période de captivité.

Depuis que je suis libéré, bien souvent on m’a posé la question : « avez-vous été torturé ? ». Je ne puis que répondre que nous n’avons été l’objet d’aucuns sévices caractérisés ; mais j’ajoute à cela que nous avons été faits, en 1950, 3000 prisonniers et 2 ans après il y avait eu 2200 morts.

Dès notre capture, nous avons étés dépouillé de tous papiers, couteaux, crayons, montres, bijoux, ceinturons, glace, puis après une interminable route attachés les uns aux autres envoyés sur les camps de la frontière de Chine.

Les Officiers furent mis à part dans le même village que la troupe, logés chez l’habitant, faisant notre cuisine nous-même.

Ce régime ne dura que peu de temps et nous fûmes changés de village avec interdiction de faire la cuisine.

Pendant une période d’environs 8 mois nous fûmes séquestrés dans des Kha nha empilés à une quinzaine par pièce. Interdiction de parler aux camarades des chambres voisines sous peine de sanctions qui étaient de plusieurs jours d’étable à buffle.

L’emploi du temps était le suivant :

– Réveil 5 heures (on se demande pourquoi). Nous devions alors nettoyer notre logement, puis appel, un Viet passait dans les chambrées pour nous compter, après ½ heure de baignade dans une petite rivière d’eau croupissante où se baladaient tous les canards du village et Dieu sait s’il y en a dans ce Pays.

Puis nous revenions dans nos chambrées et on attendait la soupe : environs 500gr de riz bouilli à l’eau et une soupe, un plein seau, Oh ! ça il y en avait, un plein seau d’eau, plus ou moins bouillie, dans laquelle nageaient des épluchures de patates douces. Ce maigre repas absorbé nous attendions celui du soir. Nous ne pouvions rien faire d’autre n’ayant ni couteau, ni ficelles, ni papier, ni crayon, ni cartes, rien, absolument rien.

Nos histoires, des uns et des autres, ayant été racontées dans leurs formes romancées puis dans leurs formes revues et corrigées, nous les connaissions par cœur.

Même pas à discuter sur la composition du menu du soir puisque c’était le même que celui du matin ; de la veille et du lendemain.

Aucune nouvelle, pas de lettres, encore moins de colis… traités comme des bêtes, les Viets ne voulaient même pas que nous nous interpellions par nos grades, « vous êtes de ex-Officiers » disaient-ils, mais ils n’obtinrent jamais satisfaction à ce sujet.

Un beau jour, la méthode changea et ce fût l’ère du travail forcé, corvées de bois exténuantes, corvées de riz, à 25 et 30 km du camp, corvées exécutées pieds nus avec 25kg au moins sur le dos et pas grand-chose dans l’estomac.

Nous changions souvent de camp, toujours aussi mal logés, un espace de 50 à 60 cm par homme pour dormir sur un plancher aux planches souvent disjointes.

L’hiver nous souffrions du froid, l’été des moustiques. Puis vint dans le camp un Commissaire politique qui nous fit un grand laïus nous prônant les beautés du régime, voulant nous montrer notre erreur criminelle de combattre pour le camp capitaliste et impérialiste.

Le discours nous fût fait au cours d’une réunion spontanée, c’est-à-dire que nos gardes étaient venus nous chercher dans nos chambrées puis rassemblés colonne par 3 et conduits sous bonne escorte au lieu de réunion, lequel état solidement gardé par une compagnie avec F.M., mitrailleuses et même mortier de 81 en batterie.

C’est dans cette chaude ambiance remplie de spontanéité que pour la première fois on nous traita de camarades et que ‘l’on nous dit la possibilité en évoluant politiquement, d’une libération anticipée sous conditions.

Mais nous n’étions pas encore mûrs et ils n’eurent aucun résultat.

La vie repris mais nous nous affaiblissions un peu plus tous les jours, la maladie faisait des ravages de plus en plus. Le nombre des malades était impressionnant et les valides étaient squelettiques, moralement nous étions très bas et nous nous rendions compte que dans un délai plus ou moins long nous finirions tous par trépasser.

Physiquement et moralement nous étions très bas, sans aucune nouvelle de l’extérieur, continuellement rabaissés par les Viets, subissant des vexations continuelles.

Enfin un jour le Commissaire politique revint, c’était près d’un an après notre capture. Il recommença son baratin, nous demanda de signer un manifeste sur la Corée, mon Dieu ce n’était pas très important, d’un commun accord tout le monde signa, on nous parla alors de libération. Nous ne savions pas que le doigt était pris dans l’engrenage et qu’il serait très difficile de ne pas y passer tout entier.

Ce que nous avions gagné ce fût tout de même une amélioration matérielle. Mais ce fût pour nous et jusqu’à la fin de notre séjour la période politique qui s’ouvrait.

Ce fût tous les jours des séances dites d’informations de plusieurs heures que nous devions subir. Je me rappelle du titre d’une de ces toutes premières séances : « le soldat français à la croisée des chemins ». Elle eut lieu l’après-midi et dura 3 heures. Trois heures d’inepties, d’idées fausses où nous étions bafoués, où la France n’avait jamais rien fait de bien dans ces colonies.

A l’issue de la séance, le Chef de camp, car c’était lui ou son adjoint qui présidait ce genre de séance, tous leurs cadres parlaient Français étant tous de culture Française, élevés dans les Lycées et universités de Saigon, Hanoï voire même Paris ou Bordeaux.

Le Chef de camp, dis-je, nous posa par écrit, car pour la circonstance on nous donna papier et crayon, des questions auxquelles il fallait répondre par écrit pour le lendemain après en avoir discuté dans les chambres et par groupe le soir.

Le soir, la discussion eut lieu et fût même animée et nous répondîmes aux questions en dénonçant les erreurs. Qu’avions nous fait là !

Le lendemain,  le Chef de camps nous traita plus bas que terre et nous dit que nous n’avions rien compris et que surtout nous ne savions pas discuter Alors il reprit pendant 3 ou 4 heures la même séance que la veille et posa les mêmes questions.

Nous en rediscutâmes mais nous répondîmes cette fois avec plus de diplomatie en étant d’accord sur certains points mais cependant… toutefois… etc, etc.

Le Chef de camp ouvrit alors la séance le sourire aux lèvres, était-il vrai ou faux ? Ces gens-là sourient tout le temps mais ne rient jamais.

Il nous félicita d’avoir mieux discuté puisque sur certains points nous étions d’accord avec lui-même, et puis ce fût une semonce terrible avec un air méchant et cruel qui celui-là était bien vrai.

Nous ne savions quand même pas bien discuter puisque nous avions encore énormément d’idées erronées.

Et pour la 3e fois la séance porta sur le même sujet que la veille et l’avant-veille, suivi des mêmes questions.

Ce soir-là, il n’y eu pas de discussions dans les chambres et nous tombions d’accord sur tous les points avec leur baratin. Nous avions appris que la discussion était impossible en pays communiste.

Nous eûmes cependant de longues théories sur la manière de mener une discussion, je dirais plus exactement de diriger car sous ce régime de liberté tout est dirigé.

C’est tout de même un art que je ne soupçonnais pas et qui est minutieusement défini.

Nous reçûmes alors des brochures tracts de propagande de toutes les démocraties populaires : URSS, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Pologne, Chine.

Toutes exactement emploient jusqu’au même vocabulaire, toutes à la gloire du régime. Nous eûmes aussi 4 ou 5 romans russes et nous pûmes apprécier la littérature et la poésie dirigées.

Pendant un an tous les poètes et écrivaines Russes ne glorifient que l’excavateur à patins, une merveille de l’industrie lourde mis au service du chantier Don-Volga ou d’un autre.

Nous avions aussi la chance de recevoir des journaux Français, l’Humanité et Lettres Françaises vieux de 5 ou 6 mois minimum.

Les Viets peu à peu organisèrent la vie au camp sur le modèle d’une petite République Populaire Démocratique, bien entendu à leurs ordres.

Ils faisaient leur petit Moscou. Il fallut procéder à l’élection d’un Comité politique dit de « Paix et de rapatriement ». Les candidats furent élus à l’unanimité grâce au petit travail d’explication auquel le Commissaire politique s’était livré.

On nous faisait toujours miroiter une libération, si nous la méritions, pour cela il fallait évoluer, c’est-à-dire être bon élève en politique, au travail, etc, etc.

Il y eu des périodes d’émulation pour le travail avec l’élection du meilleur Stakhanoviste, suivie de l’émulation pour l’hygiène, on nous a appris à nous tenir propre sans savon ni brosse à dent ni rasoir, bref, une période d’émulation en suivait une autre, j’oubliais l’émulation politique.

Avec cela nous n’avions pas une seconde de tranquillité la période d’émulation s’ouvrait et se clôturait par un meeting, banderoles slogan affichés ou criés avec enthousiasme. Je m’en rappelle un au sujet de l’hygiène :

Une voix : – A chaque mouche

Le chœur des assistants : -La mort vous touche !

Des portraits étaient affichés, ceux des grands hommes de ce monde : Staline, Mao Tsé Toung, Ho Chi Minh.

Il y avait des discours entrecoupés de chants et d’applaudissements spontanés sur ordre du surveillant général.

Une tribune libre à laquelle pouvaient prendre la parole les PG évolués après avoir soumis un jour à l’avance leur speech à la censure Viet.

Il y eu alors dans le camp une maladie qui se mit à sévir : la libérite. Certains d’entre nous n’en pouvant plus se mirent à jouer le jeu c’est-à-dire à publier des écrits dans des journaux muraux, à prendre la parole aux tribunes libres.

Alors ils étaient classés comme évolués et se voyaient confier les postes de chef de groupe.

Le camp dans son ensemble jouait ou arrivait à jouer plus ou moins bien le jeu lorsque naquit l’ère de la critique et autocritique.

C’est une arme terrible dans les mains de celui qui détient l’autorité. En effet il est dit dans le préambule que la critique doit toujours être faite dans un but constructif et sans animosité.

Que le critiqué doit accepter la critique amicalement et en tire profit pour se corriger et se perfectionner. Il doit alors procéder à son autocritique, c’est-à-dire reconnaître publiquement ses erreurs et promettre de s’amender et se corrigeant et en suivant les conseils qui viennent de lui être donnés.

Donc avec ce système si quelqu’un vous critique, et généralement ce quelqu’un est très bien en cours auprès du pouvoir dirigeant, il ne vous reste plus qu’à accepter la critique et à faire votre autocritique si vous ne voulez pas passer pour une vipère lubrique, réactionnaire qui ne veut accepter aucun conseils amicaux et constructifs ayant pour but de vous aider à évoluer dans le bon sens.

Donc si vous vous autocritiquez en reconnaissant les faits qui vous sont reprochés (faits qui peuvent très bien être inexacts) et en promettant de vous corriger, dès cet instant vous êtes pris, vous avez avoué, c’est noté et bien noté.

Et pourtant une autre solution eut été pire tout au moins dans l’immédiat.

C’est ainsi que des camarades qui s’étaient mis en vedette dans l’espoir d’une libération furent amenés à formuler des critiques vis-à-vis  des divers éléments de leur groupe, puis peu à peu pris dans cette machine infernale, furent amenés à faire quelques malpropreté pour, à de rares exceptions, être libérés par anticipation.

En quatre ans les discours politiques que nous dûmes ingurgiter changèrent souvent de ton, arrivant jusqu’à se contredire, du moins le semblait-il à nos yeux de Capitalistes Impérialistes car en réalité il en est tout autrement pour le parfait marxiste.

Il faut avoir recours pour cela à la dialectique et à la théorie de l’évolution.

Je dis blanc aujourd’hui et noir demain, mais je n’ai jamais menti ni même pour être moins entier travesti la vérité, tout cela est fonction des circonstances, du temps et du lieu.

Pendant cette longue période ce fut pour notre camp le régime de la douche Ecossaise.

Un beau jour nous étions jugés comme évolués et aptes à être libérés, nous entrevoyons alors la possibilité de fuir cet enfer et retrouver la liberté mais le lendemain nous n’étions plus que des mercenaires réactionnaires et tortionnaires à la solde des capitalistes impérialistes.

S’évader était une aventure quasi impossible qui fut tentée plusieurs fois et a toujours échoué.

Un chef de camp un peu intelligent nous dit un jour « ici dans ce camp, dans cette région, vous n’êtes pas prisonnier des sentinelles mais de votre peau. »

C’était exact, nous devions rester là et jusqu’à quand ?

Peu avant l’armistice, un Commissaire politique nous avait prévenus : « même s’il y a un armistice, nous ne sommes nullement obligés de vous rendre.

Nous ne vous rendrons que lorsque vous serez évolués et nous ne sommes pas pressés, nous y mettrons 5 ans, 10, 20 s’il le faut », douce perspective d’autant que pour ma part je n’ai jamais pu arriver à savoir quand on était classé “évolué” et ce qu’il fallait faire exactement pour en arriver à ce stade.

C’est aussi avec une joie immense que le 2 Septembre 1954, nous retrouvions la liberté lorsque nous mîmes le pied sur les bateaux battant pavillon français, venus nous chercher à Vietry.

Aussi après ces 4 longues années, on ne peut nous demander d’aimer ce peuple ou plus exactement les ressortissants de ce régime.

Aussi est-il pénible de voir qu’à Bordeaux salle de l’Aiglon, place Puy Pollin pour la fête du Têt tous les vietnamiens de Bordeaux étaient réunis autour des portraits d’Ho Chi Minh et du drapeau rouge à étoile jaune et que debout l’assemblée chantait l’Internationale, suivie de discours extrêmement tendancieux.

Vraiment la France est le Pays de la Liberté.

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Monin-Cournil Laure – Dien Bien Phu, des tranchées au prétoire

Etude historique de la bataille de Diên Biên Phu centrée sur ses protagonistes. Elle éclaire le vécu des soldats, issus d’horizons divers, qui ont créé une micro-société et fait revivre le procès, passé sous silence dans le contexte de défaite héroïsée de la fin des années 1950, qui a opposé les deux généraux aux commandes.

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Bruge Roger – Les hommes de Dien Bien Phu

Résumé

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Exposition, film et conférence à Laxou

Laurent GARCIA Maire de Laxou
Conseiller Départemental du canton Laxou, David GARLAND Adjoint au MairevDélégué à la Culture et à l’E,
Marc BORE Correspondant D Conseiller Municipal Délégué aux Cérémonies Publiques et Claudette ROUX LAURENT Présidente ANAPI Nord, Christian VENNET et Jean DEVOS Présidents UNP 541 et 542
ont le plaisir de vous convier au vernissage de l’exposition Dien Bien Phu 1954-2024.
A 14h, le vernissage sera précédé par la projection du film “Le sacrifice” par le Réalisateur Philippe Delarbre, suivie d’une conférence sur Dien Bien Phu par le Général Philippe de Maleissye.
Salle Pergaud 1
place de la liberté à Laxou Village
Vendredi 26 avril à 18h
à la Bibliothèque – Médiathèque
17 rue de Maréville à Laxou

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Commémoration du 70eme anniversaire des combats de Dien Bien Phu à Nogent sur Marne et à l’Arc de Triomphe

 

Chers amis, chers camarades,

A l’occasion du 70eme anniversaire des combats de Dien Bien Phu, l’ANAPI et l’ARC-DIEN BIEN PHU vous invitent à participer à la cérémonie qui aura lieu le MARDI 7 MAI à 10H45 au monument aux morts de Nogent sur Marne .

En cette grande année mémorielle exceptionnelle, n’hésitez-pas à mobiliser le plus grand nombre possible de vos amis, adhérents, sympathisants, porte-drapeaux…nous devons être très nombreux à ce grand rendez-vous de l’Honneur et de la Fidélité à nos morts et à nos derniers Grands Anciens.

Pour ceux qui le souhaitent, un repas ouvert à tous est organisé au Fort de Nogent où nous serons accueillis par nos amis du GRLE. Inscription obligatoire avant le 5 Mai.

Le soir à 18h, nos deux associations déposeront une gerbe à l’Arc de Triomphe.

Merci de bien lire le courrier en pièce jointe rédigé par le CGA Philippe de Maleissye, Président de l’ANAPI.

Nous comptons sur vous

Amitiés

Eric FORNAL

SG ANAPI

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Adjudant Guy Prigent dit » Le mousse »

Prigent est à l’extrême-droite.

Dien Bien Phu. Samedi 10 avril 1954. Cela fait presque trois semaines que le 6ème  BPC a sauté en  renfort du camp retranché. Nous sommes quelques jours  après la bataille des cinq collines, soit le 30 mars,  lorsque le Viêt-minh, après une forte préparation d’artillerie, tente  de reprendre les points d’appui tenus par les Français.

Ce  jour- là,  le Commandant  Bigeard reçoit  l’ordre  de reprendre Eliane I. La 12° Compagnie du Lieutenant Trapp est désignée pour  l’assaut. Le sommet  est certes repris mais de nombreux  chefs de section sont  tués ou blessés. L’Adjudant Guy Prigent, chef de la section Appui sur la colline mitoyenne d’Eliane IV,  est du nombre, tué  sous un tir de mortier de 120.

La véritable valeur d’un  Bataillon parachutiste se mesure autant dans celle de ses  officiers que dans la qualité de ses sous-officiers qui savent  inculquer un  esprit de corps ! Pierre Sergent  n’aurait  pas dit  mieux en qualifiant ces derniers de “Maréchaux  du 6″… et parmi eux, Guy  Prigent.

Guy Prigent est né le 15  octobre 1924 à Hanoi où son père, alors en garnison, est chef d’Escadron dans l’artillerie coloniale, avant  d’être affecté en 1939 à Port de France.

A cette époque,  la Martinique, tout comme la Marine en réaction de Mers-el-Kébir, reste fidèle au gouvernement de Vichy, alors  que la famille de Guy est plutôt favorable au gaullisme. Alors que son père demeure aux Antilles, comment un  jeune  homme  peut-il rester  en dehors de la guerre ? Comment à 20 ans peut-il rester  à l’écart de son pays en danger ? C’est de Sainte-Lucie, aux Antilles anglaises qu’il vient de rejoindre, qu’il s’embarque pour New York.

Dans l’ordre (tous les 3 tués le 10 avril à Dien Bien Phu lors de la seconde reprise d’Eliane1) : Sergent-chef Balliste (chef 1ere section 12em Cie 6em BPC) – Sergent Gosse (SOA 1ere section Balliste) – Adjudant Prigent (chef de la section des mitrailleuses lourdes 12em Cie 6emBPC)

Sur place, le 1er mai 1943, à peine âgé de 18 ans, il souscrit un engagement dans la  Marine, lui permettant ainsi de rejoindre l’Europe. C’est de cette époque que, pour beaucoup, il reste le “Mousse”. Toutefois, la Marine ne l’intéresse pas réellement, son attirance va plutôt vers l’arme  naissante des parachutistes de la France Libre.

Arrivé à Glasgow, il quitte la Marine et souscrit un nouvel engagement au titre du 4ème Bataillon d’Infanterie de l’Air. Il est alors dirigé vers le camp d’Auchinleck pour un entrainement vigoureux puis rejoint l’Ecole de saut de Ringway pour se faire breveter parachutiste anglais. Ce n’est que le 4 janvier 1944 qu’il obtient son brevet parachutiste français avec le  numéro 2373.

Une photo prise en Ecosse en  janvier 1944 (1) le classe parmi  le stick Botella. Le débarquement et l’heure de la libération de la France approchent et, pour les parachutistes, l’heure est bientôt venue de sauter sur “leur patrie bien aimée”.

Le 6 juin  à 00h45, deux avions Stirling s’apprêtent à larguer leurs parachutistes : le stick du Lieutenant Marienne sur la Base Dingson (secteur de Saint Marcel) dans le Morbihan, puis à 01h15, celui du Lieutenant Botella sur la Base Samwest dans les Côtes-d’Armor, ces bases devant servir à la fois de zone de parachutage et de base de ralliement pour les maquis locaux.

Bien que la fiche signalétique des services de Guy Prigent fasse mention d’un saut sur la Bretagne dans la nuit du 6 au 7 juin 1944, il n’est pas invraisemblable que faisant partie du stick du Lieutenant Botella, il ait été parmi les premiers parachutistes SAS à sauter sur la Bretagne dans la nuit du  5 au 6 juin 1944 !

Pendant ce temps, sur la base Dingson dans le Morbihan, le groupe du  Lieutenant Marienne connait aussitôt ses premiers accrochages et ses premières pertes SAS.

Une fois au sol, le stick Botella  part se dissimuler dans la forêt de Duault. A quelques kilomètres de  là, le 9 juin, un autre groupe composé de 4 parachutistes et de résistants se reposent  dans la ferme  Kerhamon.  Alors que les allemands suivent une  pancarte détournée par les maquisards pour les induire en erreur, ils découvrent par hasard ce foyer de résistance. Ils reviennent  le 12 juin et incendient la ferme. Le stick Botella se rapproche de celle-ci pour  tendre une embuscade. Prigent aurait alors été  blessé au pied une première fois (3), alors que le Lieutenant  Botella serait au même moment plus sévèrement touché à la cuisse, avant  d’être évacué.

La Base Samwest étant repérée, le Capitaine Leblond donne l’ordre d’évacuer et de rallier Dingson, la base sud. Le jeune  Prigent est alors vraisemblablement regroupé au sein du détachement du Lieutenant Déplantes. Les parachutistes sont alors éparpillés  par petits  groupes  dans la campagne  bretonne.

A présent, Guy Prigent doit, en tant que SAS, assurer seul la formation des maquisards peu expérimentés. Le 12 juillet, dans la région de Kerihuel (Morbihan), le PC du Lieutenant Marienne succombe. Le 14 juillet, dans les environs de Kervernen (commune de Pluméliau), 300 allemands entreprennent d’attaquer à l’aube le maquis de Prigent alors qu’ils sont nombreux à se reposer dans le grenier d’une ferme.

Il est 05h00 du matin. Deux fermes nichées dans la verdure servent de PC à la 4ème compagnie du 1er Bataillon FTP  (devenu  le 5ème Bataillon FFI). Une section assure la sécurité de la place  alors que deux autres sections sont cantonnées à la sortie du hameau. Négligence, fatigue, sommeil, alerte tardive ? la ferme du PC est cernée sans que le groupe d’hommes ait  pu s’échapper. Les combats durent jusqu’au début de l’après-midi, obligeant les  Allemands à demander par trois fois des renforts. Ce jour-là, Prigent est blessé au pied et malgré cette blessure parvient à quitter précipitamment le grenier et à traverser la cour de la ferme. Il grimpe alors dans un chêne têtard où il s’immobilise dans le feuillage à quelques mètres de hauteur. Il y reste sans bouger une bonne  partie de la journée. Ce n’est qu’en fin de soirée qu’il en descend lorsque que la Croix–rouge est autorisée à évacuer les 39 corps allongés dans la cour. Autant de maquisards ont été faits prisonniers ou fusillés. Du fait de leur concentration, les résistants ont subi des pertes importantes. Toutefois, au vu des pertes allemandes (130 hommes) et malgré leurs faibles moyens, les maquisards se sont battus d’une  manière acharnée.

Vers 10 heures du soir, Guy Prigent se laisse choir de son arbre et est alors ramassé avec empressement par des membres de la Croix Rouge, puis placé dans un véhicule parmi les morts où d’autres corps viennent s’entasser sur lui. Ses sauveurs ont pris soin de lui barbouiller le visage et les mains du sang de ses camarades. Lorsque la camionnette retournant vers Plumeliau est  alors arrêtée à un barrage, les Allemands ne constatent rien d’autre que la présence de cadavres à l’arrière.

Une fois les corps déposés dans l’enceinte d’un  couvent, les membres de la Croix Rouge, avec la complicité des religieuses, emportent Guy et le cachent dans la sacristie de l’église. Il y reste quelques  jours avant d’être récupéré  par ses camarades.

Après un repos  bien  mérité,  il réintègre son  unité dès le 15 septembre  pour des opérations sur Jeep au sud de la Loire.

Au même moment se déroulent  aux Pays-Bas l’opération “Market Garden” dont l’objectif est le contrôle des ponts qui  franchissent les principaux fleuves et canaux menant à la Ruhr, cœur  industriel de l’Allemagne. L’opération est un échec complet. Depuis, en mémoire des parachutistes tombés, le béret rouge des parachutistes britanniques porte un ruban noir en signe de deuil.

Par la suite, il est encore de toutes les opérations sur Jeep entre le 27 août et le 10 septembre 1944. Excellent tireur, Il se fait remarquer et est cité pour la grande précision de ses tirs à la mitrailleuse.

Le 4ème SAS, son unité, est rassemblé en Angleterre. En tant que caporal, il est parachuté sur la Hollande dans la nuit du 7 avril 1945. “Amherst” est la dernière opération aéroportée effectuée  par le 2ème et le 3ème SAS : 47 sticks sont parachutés malgré de très mauvaises conditions climatiques au point que les jeeps  ne peuvent être larguées. Quant aux parachutistes eux-mêmes, ils sont néanmoins largués par vent violent et visibilité nulle au-dessus des nuages. Ainsi, certains se perdent ou se noient dans les canaux qu’ils pensaient être des routes, dispersés, éparpillés, souvent  loin des DZ prévues. Coupés de leur  commandement, les parachutistes  français subissent une sévère réaction allemande.

Les feux de la guerre s’éteignent lentement en Europe  mais perdurent en Asie. Engagé  pour la durée de la guerre, il se porte volontaire pour l’Extrême-Orient.

Terminant la guerre avec cinq citations, le sergent-chef Guy Prigent débarque pour un premier séjour en Indochine le 13 mai 1946. Il est parachuté sur Siem Reap au Cambodge le 10 aout 1946. Cette même année, il est une nouvelle fois blessé dans la région de Dap-Bien.

Le 27 septembre 1947 il regagne la métropole. Muté à la brigade des parachutistes coloniaux, il obtient son brevet de chef de section. Il décide alors de rejoindre le 6ème BPC pour  un second séjour. Il participe à toute la campagne du bataillon et notamment aux deux sauts opérationnels sur Dien Bien Phu. Il est encore cité deux fois, le 13 octobre 1952 et le 23 décembre 1953, obtenant une huitième et neuvième citation.

Décoré de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire, de la Médaille de la Résistance, des croix de guerre belge et néerlandaise, du Mérite Thaï, de la croix de la Vaillance vietnamienne, l’adjudant Prigent, en dépit de ses 14 titres de guerre, n’en conserve pas moins sa modestie coutumière et son sourire aimable.

Si sa vie fût certes courte, elle fût  entièrement consacrée au dévouement pour son pays. Dans “Pour une parcelle de gloire“, Bigeard dit de lui » qu’il valait un officier ».

En 1982, la 70° Promotion des élèves sous-officiers de l’Ecole d’Application de l’Infanterie a été baptisée du  nom de l’Adjudant Guy Prigent.

M. Pierre FLAMEN et Christian ROYER

Nb : A cause des risques encourus en cas de capture, les journaux de marche des parachutistes SAS sont inexistants. Les faits n’ont été rapportés qu’après-guerre, ce qui explique la méconnaissance des états de service de certains parachutistes. Il convient également de relever certaines différences  dans les dates concernant  le passé  SAS de Guy Prigent. Ceci laisse supposer qu’en ces périodes de guerre, la  mise à jour des états de service, bien qu’officiels, n’était pas à l’époque la priorité absolue de l’Etat-major.

(1) Qui ose gagne (tome II), Henri Corta, p. 61

(2) Qui ose vaincra, Paul Bonnecarrère,  p. 128

(3) Les paras de la France libre, Colonel Roger Flamand, p. 151

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Retour à Dien Bien Phu (07 MAI 1993 – 04 MARS 2024)

Par le LCL (er) Philippe CHASSERAIUD, vice-président ANAPI île de France.

En janvier 1993, officier adjoint à la 2ème Compagnie du 6ème Régiment Etranger de Génie, jes suis déployé au Cambodge dans le cadre de l’APRONUC (Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge). Bien que stationné à Siem Réap, à proximité immédiate des temples  d’Angor, cœur de la culture et de l’architecture khmer, mon attention se focalise sur le Vietnam voisin et en particulier sur le champ de bataille emblématique de Dien Bien Phu.

En repoussant ma date d’aération prévue à mi-mandat, je fais en sorte de pouvoir me trouver à Dien Bien Phu le 07 mai à 17h30 pour y commémorer la fin des combats !

En 1993, il n’y a plus de liaisons aériennes entre Hanoï et Dien Bien Phu. C’est donc en 4×4 que je rejoins le site par la RP 41 : un long périple de deux jours (avec une étape à Son La) qui n’a rien à envier à certaines scènes du film “Le salaire de la peur”.
Il m’aura fallu attendre plus de 30 ans pour que je revienne à Dien Bien Phu, par voie aérienne cette fois-ci, à l’occasion d’un vol agréable d’une quarantaine de minutes.

Dien Bien Phu est devenu désormais une grosse bourgade, à peine reconnaissable par rapport à mes souvenirs de 1993 où l’urbanisation galopante a grignoté la moindre parcelle de terrain encore disponible.
La ville dispose désormais d’un aéroport flambant neuf assurant des vols réguliers tous les deux jours entre Hanoï et DBP.

L’ancienne piste que j’avais pu observer en 1993, encore bordée de plaques PSP dans leur jus (cf. photo ci-dessous) a totalement disparu au profit d’une piste permettant d’accueillir désormais des Airbus A320 ou A321.

La photo ci-dessous (source internet) vous donne une idée de l’ampleur des travaux qui ont été réalisés.

Sauf erreur topographique de ma part, celle-ci a été prolongé jusqu’aux abords d’Anne-Marie II, réduisant au passage à l’état de parking les PA Anne-Marie III, Huguette I et II, Claudine I et II et Lilly. A ce jour, pas le moindre ossement n’aurait encore été retrouvé !!!

L’état des sites encore visibles est très variable. Certains ont été mis en valeur et sont régulièrement entretenus pour servir d’outils de propagande mais également répondre aux besoins du “tourisme historique” que souhaitent développer les Chinois.
Ainsi, du nord au sud, la physionomie de l’ancien camp retranché est la suivante :

Sur le site du PA Gabielle, aucun changement notable n’est remarquable depuis 1993. Un stèle marque le sommet du PA, envahi par des friches qui laissent encore deviner l’emplacement des anciennes tranchées.

On trouve à ses pieds l’un des deux grands cimetières militaires du site où reposent les corps des soldats du Viet-Minh morts lors de l’attaque du PA, pour la plupart non-identifiés.

Les sites des PA Béatrice I et II sont visiblement entretenus régulièrement (réseau de tranchés et blockhaus bétonnés), signalés et renseignés (abri du chef du PA, emplacement pièce de mortier, etc.).

Le PA Béatrice III, à l’instar de Gabrielle, est laissé en friches. Seule une stèle à son sommet rappelle son identification.

Le site de PA Anne-Marie (II) est désormais à proximité de l’extrémité de la piste de l’aéroport. Pour y accéder, on traverse le radier sur lequel une petite passerelle d’époque est toujours visible. Le site est régulièrement entretenu car utilisé par l’armée vietnamienne comme terrain de manœuvre pour ses jeunes recrues. Les réseaux de tranchées sont bétonnés et ce qui devait être l’emplacement d’un ancien abri sert désormais de zone de rassemblement.

Un grand nombre de reliques du champ de bataille et de lieux emblématiques ont été entretenus et restaurés et sont désormais à l’abri des intempéries sous des auvents avec
couverture en plexiglass.
Le PC GONO … en 1993 et aujourd’hui :

Le char “Conti” et les pièces d’artillerie (PC GONO) en 1993 et aujourd’hui :

 

Si le site des PA Eliane I et IV n’ont pas changé depuis 1993, envahis par la végétation avec simplement une stèle à leur sommet, celui d’Eliane II a été particulièrement aménagé et mis en valeur avec des tranchées bétonnées, des abris, des réseaux de barbelés reconstitués, le cratère de mine entretenu …

Le char Bazeilles ( sur Eliane Il)”en 1993″et aujourd’hui :

 

Le site d’Eliane II aujourd’hui :

Le PA Dominique II est de loin celui qui, depuis 1993, a fait l’objet de l’aménagement le plus spectaculaire.

Son sommet a été raboté en 2004 pour accueillir une gigantesque statue de la Victoire de plus de 12 mètres de haut. On y accède par un escalier en marbre composé de 320 marches (mais il est
également possible, pour les initiés de se faire déposer au plus près du sommet en voiture par un chein détourné.

En 1993 : 

Aujourd’hui :

Le PA Isabelle est marqué par une stèle sur le bord de la route. Pour trouver le véritable emplacement, il est nécessaire de bifurquer sur la droite, juste avant la stèle, par un petit
chemin pour tomber sur la Nam Youm et découvrir enfin le PA avec une nouvelle stèle marquant l’emplacement d’un char Chaffee qui assurait la protection du PA.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de traverser en voiture le fameux pont Bailley compte tenu de sa vétusté. Seuls les vélos et les motocyclettes peuvent encore l’emprunter.
En 1993 :

Aujourd’hui :

A l’entrée se trouve l’affût de la quadruple que William connaît bien. Il semble même que son livre, “Stable dans l’instable”, soit parvenu jusque-là !

Construit bien après la bataille, ce monument est devenu un lieu incontournable pour tout Français en pèlerinage. Edifié par la volonté et l’opiniâtreté d’un homme seul, en mémoire de ses camarades de combat morts à Dien Bien, il s’agit du monument “Rodel”.
En 1993, le monument Rodel n’existe pas encore. Rolf Rodel retourne pour la première fois à Dien Bien Phu en 1992 et y découvre, au milieu de nulle part, entre maïs et cannes à sucre, une dalle en ciment réalisée dans les années 80 (auteur inconnu) sur laquelle est inscrit “Pour les morts de l’armée française à Dien Bien Phu”.
Avant de repartir pour la France, il entreprend sa restauration, car elle est en piteux état, ainsi que celle de la murette la ceinturant (partiellement disparue) et le désherbage sommaire des abords. C’est dans cet état que je découvre le site ainsi réaménagé (cf. photo 1993)

En France, Rolf Rodel avait pris soin de faire réaliser une plaque “1954 1992 A la mémoire de tous les légionnaires tombés au champ d’honneur au cours des combats de Dien Bien Phu”. Il la confie au musée (cf. photo 1993) avec la ferme intention de revenir pour réaliser un
monument digne de ce nom.

Ce sera chose faite en 1994 avec la physionomie qu’on lui connait aujourd’hui. Le site est désormais dans une zone où les cultures ont laissé leur place à l’urbanisation galopante de la ville. Depuis, le site est protégé dans un espace arboré, parfaitement entretenu par la direction du musée de Dien Bien Phu.

Enfin, la visite du site ne saurait se conclure sans un passage par le musée, dédié bien évidemment à la gloire du Viet-Minh. L’ancien musée devant lequel s’entassait un rassemblement hétéroclite de matériels militaires en tout genre a disparu pour laisser la place à un bâtiment flambant neuf, reprenant la forme générale du casque en latanier d’un Bo doï.
En 1993 :

v

Aujourd’hui :

Chacun est libre d’en penser ce qu’il veut mais certaines représentions et mises en scène expliquant le quotidien des combattants sont toutefois intéressantes. Pour ceux qui avaient encore des doutes, il témoigne également au grand jour des complicités du PCF par l’envoi de
conseillers sur place pour y organiser la propagande anti française à destination du CEFEO.

Le visiteur ne devra pas être surpris de voir la France associée à l’adjectif “colonialiste” dans tous les commentaires. Mais peut-on blâmer les autorités vietnamiennes de vouloir utiliser cette victoire comme outils de propagande à l’usage des jeunes générations ?… Première victoire d’un peuple colonisé sur son colonisateur dans l’histoire contemporaine ! Il semble néanmoins que cette rhétorique ne soit désormais sensible qu’aux oreilles des dignitaires du régime, la jeunesse vietnamienne étant aujourd’hui résolument tournée vers l’avenir.

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Cérémonie d’hommage au Lieutenant-Colonel Jules Gaucher

Par le Médecin en Chef Colonel (er) Olivier MICHEL, Président Délégué ANAPI pour la Région Centre

Le 13 mars 2024, l’ANAPI Centre a contribué à la cérémonie d’hommage au Lieutenant-Colonel Jules Gaucher au cimetière des Capucins de Bourges où se trouve le caveau familial, pour le 70 ème anniversaire de la bataille de Dien Bien Phu.

Jules Gaucher est né à Bourges le 13 septembre 1905. Saint-Cyrien de la promotion “Maréchal Galieni”, il va servir à la Légion Étrangère dans plusieurs affectations.

À partir du 1er septembre 1953 il commande la 13ème DBLE.

À Dien Bien Phu il a la responsabilité du sous-secteur centre avec son groupe mobile 9.

Ce secteur comprend Béatrice, Claudine, Dominique, Eliane et Huguette.

Il est blessé mortellement le 13 mars 1954. Une promotion de Saint-Cyr porte son nom, une rue de Bourges lui est dédiée.

Nous avons assisté à une très belle cérémonie en présence d’un détachement de la 13 ème DBLE et de son Chef de Corps le Colonel Riou.

De nombreuses personnalités étaient présentes: le Général Santoni, commandant l’école du train et de la logistique à Bourges, le Colonel de Lamerville, president de la Saint-Cyrienne dans le Cher, un représentant de la mairie de Bourges, un représentant de la promotion Jules Gaucher….

Les drapeaux de l’ ANAPI (National et Région Centre) étaient présents.

 

 

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Conférence sur la bataille de Dien Bien Phu par le CGA Philippe de Maleissye

Ce lundi 18 mars 2024, prononcée par le Président de l’ANAPI, le CGA Philippe de Maleissye au Palais Niel à Toulouse devant l’Etat-Major de la 11ème BP, le Préfet de région, quatre chefs de corps, des associations amies et une classe défense venue de Castres puis le lendemain devant des cadres du 4e RE à Castelnaudary.

L’événement avait été organisé par Michèle Ragouillaux, notre déléguée ANAPI en région Sud-Ouest et par Robert Vicente, délégué de l’Association des Anciens Légionnaires Parachutistes région Sud-Ouest.

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Procédés de rééducation psychologique et d’effractions mentales expérimentés par le Viêt-Minh sur les prisonniers du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO)

Par le LCL (er) Philippe CHASSERAIUD, vice-président ANAPI île de France.

Avertissement :

Cet article n’a pas la prétention de dresser un descriptif exhaustif des techniques mises en œuvre par le Viêt-minh, ces dernières pouvant varier d’un camp à l’autre, laissées à la libre appréciation d’un commissaire politique jouant à l’apprenti sorcier. Contrairement aux Chinois qui obtinrent des résultats insoupçonnés en Corée avec les prisonniers américains, la seule “réussite” du Viêt-Minh fut avant tout une effroyable tragédie humaine, continuant à poursuivre les rescapés une fois libérés.

Cet article s’appuie sur une synthèse de notes de lectures et d’entretiens menés auprès des rares survivants.

Introduction :

Dans son ouvrage Petite philosophie du joueur d’échecs, René Alladaye livre une intéressante comparaison entre deux jeux, les échecs et son “cousin” chinois, le go.

Si une partie d’échecs vise une élimination graduelle des pièces de l’adversaire, celle du go, par l’ajout successif de pierres sur un plateau, vise à son étouffement progressif. L’encerclement des pions adverses (qui deviennent alors prisonniers) conduit à la construction de “nouveaux territoires” et contraint ainsi l’adversaire à se soumettre.

La mécanique et la philosophie du go reflètent, sous bien des aspects, l’esprit tactique de la guerre telle que l’envisage les orientaux, illustré notamment par Sun Tzu dans son manuel, bien connu, L’art de la guerre : ce nest pas la destruction brutale de l’ennemi qui est recherchée mais sa lente et progressive déstructuration.

Celle-ci permettant par la suite, après l’avoir soumis, de le faire basculer de son côté.

A partir de ce constat culturel, il nest donc pas étonnant que l’idéologie marxiste-léniniste ait trouvé un terrain particulièrement fertile en Asie où tout individu, en contradiction avec la dialectique révolutionnaire, doit être impérativement converti ou supprimé, puisque inutile ou nocif pour le progrès socialiste des masses.

La mise en uvre pratique de cette dialectique trouve l’une de ses expressions pendant la guerre de Corée où les communistes chinois lance une vaste expérimentation de manipulation mentale sur les prisonniers de guerre américains.

L’objectif des Chinois nest pas de leur arracher des renseignements mais prioritairement de chercher à les endoctriner en transformant leurs façons de se considérer, de reconsidérer leur système politique (capitalisme vs communisme) et le rôle joué par leur pays dans la guerre… ce que les Chinois parviendront à faire la plupart du temps.

A leur tour, les prisonniers du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (C.E.F.E.O) ne tardent pas à en faire la tragique expérience.

Celle-ci, dans sa version vietnamienne, porte le nom très officiel de « Politique de clémence du Président Ho Chi-Minh à l’égard des prisonniers de guerre ».

Son projet “pédagogique” est simple : faire de chaque prisonnier un « combattant de la paix », un homme nouveau débarrassé de son enveloppe impérialiste et colonialiste qui, une fois libéré, va répandre la “bonne parole” révolutionnaire et communiste en France mais également dans tout l’empire colonial français.

I Problématique carcérale du prisonnier militaire en Indochine

11- La prise en compte du statut de prisonnier par le Viêt-Minh : de l’improvisation à l’organisation :

Si la France, d’emblée, organise juridiquement l’internement de ses prisonniers en s’appuyant sur le respect des conventions en vigueur, le Viêt-Minh, quant à lui, va attendre l’année 1951 pour se décider à élaborer un vague statut qui, non seulement ne reconnait pas la convention de Genève, mais refuse également les auspices de la Croix rouge qu’il considère comme une structure d’espionnage impérialiste !

Considérés dans un premier temps comme une charge encombrante pour une armée révolutionnaire en nomadisation permanente, l’afflux important de prisonniers à partir d’octobre 1950, notamment après le désastre de la RC4 et jusqu’à la chute du camp de Dien Bien Phu, va constituer pour le Viêt-Minh un vivier conséquent et particulièrement riche en termes de phénotypes (métropolitains, légionnaires, africains, maghrébins et asiatiques) pour conduire son expérimentation psychologique.

Dans sa thèse d’université, Les prisonniers français dans les camps du Viêt-Minh, Robert Bonnafous présente l’extrait d’un intéressant document viêt-Minh daté du 26 janvier 1952.

Il s’agit d’une instruction concernant l’organisation des camps de prisonniers de guerre, qualifiés sans détour de « camps de rééducation ». La suite du document fixe les grandes lignes du dispositif carcéral viêt-Minh :

« Bientôt par suite du développement de la guerre, le nombre de prisonniers augmente et cette question devient plus compliquée. Nous devons en conséquence avoir une organisation plus parfaite.

Notre comportement à l’égard des prisonniers doit être :
– les bien traiter (bien traiter ne veut pas dire favoriser),
– les éduquer politiquement pour les convertir, pour leur faire comprendre les ruses de l’ennemi, pour leur faire connaître ceux qui sont leurs amis et ceux qui sont leurs ennemis, leur faire comprendre l’organisation de notre résistance, les aider à vérifier leurs fautes et leurs crimes, comprendre leurs devoirs quand ils bénéficient de mesures de clémence.

Ces prisonniers doivent devenir des documents vivants de propagande parmi la population et dans les rangs ennemis.

Après que ces prisonniers ont été convertis, nous les autoriserons à rentrer chez eux Ceux qui désirent s’engager dans les rangs des guérilleros, dans les troupes régionales ou dans les unités de principales forces, seront autorisés à rejoindre ces formations

Les cadres politiques responsables devront avoir un programme minimum d’éducation qui comprendra les points suivants :

– bien connaître les origines des classes et la situation sociale du soldat des troupes rebelles,

– qui sont les amis, qui sont les ennemis, pour qui ?

– contre qui et pour qui les troupes rebelles ont-elles lutté ?

– comment les troupes rebelles ont été exploitées et opprimées ?

– quels sont les défauts et les fautes commises par les troupes rebelles ?

– devant qui les troupes rebelles sont-elles responsables ?

– de qui les troupes rebelles reçoivent-elles les mesures de clémence ? (Expliquer la lettre du Président Ho),

– notre résistance remportera sûrement la victoire,

– devoir dun citoyen à l’égard de la résistance,

– devoir des hommes des troupes rebelles lorsqu’ils bénéficient de mesure de clémence.

Il faut savoir répartir le temps d’activité et suivre de prés les agissements et réflexions de chaque prisonnier de guerre ».

Si l’action des chefs de camp et le zèle des commissaires politiques ont été variables, notamment en raison dune culture marxiste-léniniste parfois superficielle, le message officiel de la « politique de clémence du Président Ho Chi Minh » peut se résumer en quatre points :

– le peuple vietnamien accorde aux prisonniers la vie sauve au moment de leur capture,

– ils seront bien traités au cours de leur captivité,

– ils bénéficieront dune rééducation politique,

– ils pourront être libérés par anticipation.

12- La prise en compte administrative des disparus et des prisonniers par la France :

Pour bien cerner l’état d’esprit et la psychologie du prisonnier du C.E.F.E.O, il convient d’apporter quelques précisions sur les conséquences administratives d’une telle situation, notamment pour les familles :

Dans un contexte où la Croix Rouge na pas accès aux camps de prisonniers et où l’échange de courrier est inexistant, il est particulièrement difficile de savoir si un soldat disparu est, en définitive, mort ou prisonnier.

Au-delà d’une élémentaire comptabilité administrative, cette distinction présente pour les familles, des implications tant affectives que matérielles.

Si l’aspect affectif d’une telle situation est aisément imaginable, fait de peurs et de doutes mais aussi d’espoir, s’ajoute pour les familles un volet comptable et financier quelque peu sordide.

En effet, lorsqu’un soldat est porté disparu, les ayant droits ne perçoivent qu’un montant réduit correspondant environ à 1/5ème de la solde.

Dès lors que létat de prisonnier est reconnu, l’intégralité de la solde est à nouveau versée.

Les moyens d”officialiser” cet état étaient donc limités aux témoignages éventuels des survivants du combat au cours duquel l’intéressé avait été fait prisonnier, aux témoignages des quelques libérés des camps de prisonniers, enfin à l’apposition de sa signature au bas dun tract ou dun manifeste en faveur du Viêt-Minh, attestant ainsi de sa captivité mais aussi de sa survie !

Ie Mode opératoire du Viêt-minh dans les différentes étapes de la « mise à plat »

Le processus psychologique de rééducation mis en uvre par le Viêt-Minh repose sur un double principe de déconstruction-reconstruction avec comme ressort la possibilité dune libération anticipée. Pour décrire cette hallucinante entreprise, l’expression « mise à plat » a souvent été employée et semble particulièrement appropriée.

Empruntée au langage des couturières, la mise à plat consistait, dans les familles modestes, à démonter le costume ou le pardessus d’un père ou d’un grand-père pour y tailler un nouveau vêtement pour un enfant.

Pour ce faire, avant de tailler, la couturière devait « mettre à plat » le premier vêtement en le décousant puis en le repassant.

21- Déconstruction physique :

Préalablement à sa déconstruction psychologique, le prisonnier va être soumis à une lente et inexorable déconstruction physique, facilitant grandement l’effraction psychologique dont il va être le jouet.

Indépendamment des blessures qu’ils peuvent parfois présenter en arrivant dans un camp, les prisonniers sont épuisés physiquement par les combats qu’ils viennent de vivre ou l’exfiltration précédant sa capture.

A cela s’ajoute un acheminement à pied des prisonniers particulièrement exténuant.

Le cas des prisonniers capturés à Dien Bien Phu est à ce titre édifiant : une longue marche exténuante de 700 km pendant pratiquement un mois, occasionnant la mort d’un grand nombre de prisonniers en chemin, amenant les survivants à un état de délabrement physique extrême.

En dépit de l’absence d’espace clos, de barbelés ou de miradors, l’environnement carcéral que trouvent sur place les prisonniers est particulièrement propice à une accélération de leur délabrement physique.

Après avoir un temps été insérés dans les villages, les prisonniers sont par la suite regroupés dans des camps, disséminés dans la haute forêt à l’écart de toute localité.

Les baraquements construits par les prisonniers eux-mêmes sont des paillotes sans porte, ni fenêtre. Si chaque prisonnier peut séloigner à sa guise, avec le sentiment dune relative liberté, il constate très rapidement que la forêt environnante est inhospitalière et que les pistes sont rares et particulièrement contrôlées.

Chaque déplacement suspect est immédiatement transmis au Viêt-Minh par une population qui collabore, soit par crainte, soit pour les primes versées à chaque prisonnier intercepté.

Cette apparente liberté d’aller est d’ailleurs vite cadrée puisque à son arrivée, chaque prisonnier est averti que l’évasion nest pas un devoir mais un crime et une honte car on ose ainsi déserter le camp progressiste du socialisme !

L’arrivée de nouveaux contingents de prisonniers entraîne la création dun nouveau camp à plusieurs jours de marche du précédent. Ce sont généralement les prisonniers les plus anciens qui sont chargés de cette réalisation.

Les camps peuvent également être appelés à se déplacer au gré des saisons ou des lubies des chefs de camp, prétextant des raisons sécuritaires, l’aviation française frappant indistinctement, selon la propagande Viêt-Minh, les colonnes de bodoïs comme celles de prisonniers.

L’alimentation est essentiellement composée de riz, accompagné parfois de légumes, très rarement de viande (à l’occasion de certaines fêtes).

Les rations délivrées, à peine suffisantes pour les Asiatiques et les Africains, sont inadaptées pour les Européens et les Nord-Africains. Cette alimentation déséquilibrée et inadaptée, appliquée à des hommes déjà épuisés par de longues marches, souvent malades, voire blessés, entraîne une fragilisation aux maladies tropicales de toutes sortes et un affaiblissement général.

Certains prisonniers, véritables cadavres ambulants, auront perdu la moitié de leur poids !

Aux endémies, bien connues sous ces climats tropicaux, s’ajoute un suivi sanitaire inopérant (quand il nest pas inexistant) fautes de médicaments et de personnels qualifiés : Les colis parachutés (vivres et médicaments), considérés comme prise de guerre, sont réservés, en priorité, aux combattants du Viêt-Minh, quant aux médecins militaires, peu nombreux, ils sont rétrogradés au rang de simple prisonniers, suppléants d’infirmiers Viêt-Minh aux prescriptions fantaisistes.

Appliqués à des organismes particulièrement affaiblis, ce processus de rééducation conduira le plus souvent les prisonniers dans l’antichambre de la mort car on meurt, on meurt même beaucoup dans les camps de prisonniers du Viêt-Minh !

Dans son livre J’ai survécu à l’enfer des camps du Viêt-Minh, Amédée Thévenet témoigne dun taux de mortalité sans précédent de 69 %, allant jusqu’à 72 % pour les prisonniers de Dien Bien Phu (après seulement quatre mois de captivité !).

Si rien ne permet de prouver que cette extermination sans précédant a été délibérée et résulte d’une pénurie sanitaire et alimentaire sciemment organisée, on peut toutefois s’interroger sur le détournement systématique des parachutages de vivres et de médicaments à proximité des camps par le Viêt-Minh, tout comme l’interdiction faite à la Croix rouge d’apporter son soutien aux prisonniers du CEFEO ?

En revanche, il est certain, que la “conversion” psychologique d’un homme physiquement affaibli, ayant perdu une grande partie de ses moyens d’autodéfense, soit plus simple à obtenir. S’infantilisant progressivement, il devient ainsi plus perméable aux réflexes conditionnés qu’un homme en bonne santé.

22- Déconstruction psychologique :

Au délabrement physique s’ajoute la coupure totale avec le monde extérieur. Outre le fait qu’il n’a aucune information sur la situation politique internationale (accords de Genève, processus de libération, …), le prisonnier n’a également aucun secours moral et aucun lien avec sa famille.

La mise en condition psychologique du prisonnier est alors rythmée par d’innombrables pressions mentales, instaurant une véritable terreur psychologique.

Pour ce faire, le Viêt-Minh fait voler en éclat le cadre régissant son ancienne vie en supprimant les grades et la hiérarchie, les règlements et la discipline militaire.

Dans la plupart des cas, officiers, sous-officiers et militaires du rang sont séparés ou mixés au sein de groupes hétéroclites.

L’objectif est ensuite d’isoler l’individu dans la terreur. Pour ce faire, le Viêt-Minh n’instaure dans un premier temps aucune règle de vie stricte et définitive, aucun règlement préétabli mais une série de normes fantaisistes qui apparaissent et disparaissent avec le temps.

L’arbitraire régnant ainsi en maître, l’appréhension du châtiment devant une menace non déclarée et non précisée, mais souvent évoquée, provoque une crainte de l’inconnu et de l’imprévisible.

Cette crainte omniprésente est marquée tout d’abord par la peur de tomber malade, état qui conduit généralement à la mort selon un processus classique : paludisme, inappétence, dénutrition, carence, béribéri, dysenterie. L’appel du matin, qui ne dénombre pas les vivants mais les morts, est là pour le rappeler quotidiennement.

De ce fait, la peur de la délation, entrainant punitions et corvées qui augmentent l’affaiblissement physique, devient obsédante et contagieuse.

Elle vient s’associer à sa propre peur de faillir et de trahir à son tour ses camarades en jouant le jeu du Viêt-Minh qui a su faire miroiter la perspective dune libération anticipée, seule issue pour éviter une mort inéluctable.

A partir de ce prisonnier affaibli physiquement et désorienté, le Viêt-Minh entend bien obtenir son engagement volontaire pour « le camp de la Paix » au travers de diverses campagnes de rééducation thématique.

23- Reconstruction psychologique :

Le stade de déconstruction physique et psychologique étant atteints et entretenus, une phase de « conversion » psychologique va être initiée au travers d’un programme de « campagnes éducatives ».

Préalablement au lancement de ce programme, le Viêt-Minh, après avoir supprimé l’ancienne hiérarchie militaire, prend soin d’en établir une nouvelle.

Les prisonniers sont tout d’abord « reclassés » en groupes restreints et mixtes, sans distinction de grade, d’âge ou d’origine ethnique.

Le groupe désigne ensuite lui-même un moniteur, chargé d’encadrer le groupe, qui devient consciemment ou inconsciemment un meneur … mais aussi un indicateur.

La désignation de ce dernier est donc bien souvent influencée par le chef de camp.

Une campagne, dont le thème général est laissé à l’initiative du chef de camp, est dune durée variable dans le temps (hebdomadaire ou mensuelle).

Elle est l’occasion de discussions quotidiennes et d’analyses minutieuses où chaque argument est discuté et inlassablement réévalué.

L’aboutissement du processus est une prise de décision et une manière d’agir, arrêtées par le groupe, synthétisées par un slogan qui anesthésie toute volonté de penser.

L’objectif annoncé du Viêt-Minh nest pas de transformer les prisonniers en de fervents militants communistes mais de les aider à s’arracher de leurs erreurs et de leur obscurantisme dans lesquels l’impérialisme, le colonialisme et le capitalisme les ont plongés en participant à cette sale guerre.

Au-delà dune phraséologie globale marxiste-léniniste, instaurant un jugement sans appel vis-à-vis dune interprétation très subjective des événements, les techniques employées lors des discussions sur un thème spécifique suivent les grands principes de la propagande :
– grossissement des faits ;
– simplification du contexte ;
– personnalisation des responsables (notamment les officiers, puis le colonialisme français et l’impérialisme américain) ;
– dramatisation des conséquences ;
– ambiguïté des mots ;
– répétition des slogans.

Comme pour toute propagande classique qui veut être massive, il est nécessaire que les arguments avancés soient répétés de manière obsédante. Si la répétition est nécessaire pour imposer des images, elle doit néanmoins respecter des temps d’arrêt afin de permettre à la masse de la digérer.

Cela permet aussi d’éviter une forme d’habitude qui, à la longue, risque de faire perdre sa virulence au processus.

Le respect des décisions prises à cette occasion est encadré par d’interminables séances de critiques et d’auto-critique, permettant de distinguer les « héros progressistes » des « traitres » qui n’ont pas su respecter l’esprit collectif.

Tout concourt en fait à la désintégration de l’individu et des réactions individuelles au profit dune mentalité de masse.

La participation, plus ou moins active, des prisonniers dans un premier temps, suit le lent processus d’une forme d’engrenage où les campagnes se succèdent, en sollicitant une implication croissante.

Pour que l’emprise fonctionne initialement, il faut qu’elle s’appuie sur des arguments simples et évidents, dans un contexte où la prise en compte du bien-être des prisonniers semble être la seule motivation apparente.

Quelques exemples :

– campagne d’hygiène :
Argumentaire : « le peuple vietnamien est pauvre, ruiné par la sale guerre dont vous êtes les artisans. Il ne peut vous offrir que des conditions de vie précaires. Il vous cache dans la forêt pour vous éviter d’être tué par les bombardements des colonialistes qui veulent vous détruire.

Il faut vous appliquer vous-même à organiser un certain bien-être, à éviter les maladies en luttant contre la saleté, les microbes, les mouches, les rats, la vermine ».

A partir de ce constat, le groupe prend collectivement des décisions concernant l’hygiène qui sont mises en uvre sous la conduite d’un responsable hygiène (un par groupe, un au niveau du camp). La collectivité qui vivait jusque-là dans le “chacun pour soi” s’organise à la faveur d’un objectif collectif, reconnu nécessaire et bénéfique pour tous.

– campagne du travail :
Argumentaire : « vous devez travailler pour votre bien-être, en déchargeant le peuple vietnamien entièrement absorbé par la guerre.

Vous ne travaillez que pour vous-mêmes. Chacun doit participer à l’effort commun ». Des groupes sont ainsi formés pour construire des baraquements, assurer l’alimentation, défricher pour créer des jardins potagers.

Alors que les plantes et légumes commencent à pousser, le chef de camp décide de changer d’emplacement pour la construction d’un nouveau camp se trouvant à plusieurs jours de marche.

Le camp n°1 pour éviter les repérages de l’aviation et ainsi une potentielle opération pour libérer les prisonniers changera d’emplacement à 14 reprises.

– campagne de camaraderie :
Argumentaire : « il faut s’entraider, aider les malades et les faibles.

Chacun doit mettre ses qualités au service de tous, afin de permettre à la communauté de vivre et survivre ».

Quoi de plus louable ? Si le but annoncé est de souder la collectivité, il vise avant tout à déceler les égoïstes et les « individualistes » à l’occasion de séances autocritique.

En réalité, être un bon camarade s’entend ici comme un moyen d’aider les autres à se confesser, à dénombrer leurs erreurs et à les faire progresser dans la voie du socialisme.

Dès lors, le Viêt-Minh va s’employer à créer un complexe de culpabilité chez les prisonniers à partir de leurs propres « aveux ». Les campagnes vont alors prendre la forme de séminaires dont « la sale guerre » est le thème central et récurent.

Ce thème est l’occasion de longues litanies sur les crimes de guerre (assassinats des vieillards, des femmes et des enfants, viols, tortures, déstructuration des récoltes et des lieux de culte…).

Le jugement est alors sans appel : « vous avez tous participé à cette guerre, vous êtes tous, sans exception, des criminels de guerre ».

Il convient alors de confesser tous ses crimes pour espérer l’absolution du peuple vietnamien.

On assiste alors parfois à des surenchères hallucinantes où le crime de l’un doit être plus grave que celui du voisin.

Ces confessions, complétées par la dénonciation des prisonniers qui dorment pendant les cours politiques (ou qui manifestent à cette occasion un enthousiasme très relatif) sont publiées sur le journal du camp.

Ce journal mural, affiché aux yeux de tous, rapporte également les avancées des discussions, les décisions prises à cette occasion, ainsi que certains articles, rédigés par des prisonniers, qui serviront la propagande du Viêt-minh, tant à l’extérieur du camp, qu’à l’extérieur du pays.

Pour susciter de façon machiavélique une implication maximum de ses prisonniers, le Viêt-Minh sait tout particulièrement jouer sur la perspective de libérations anticipées, notamment à l’approche de certaines dates du calendrier français, Viêt-Minh ou du communisme international.

Ces périodes constituent autant de repères propices à faire naître l’espoir chez les prisonniers ayant donné des gages de leur engagement « progressisme ».
Néanmoins, le Viêt-Minh s’empresse d’annoncer qu’en dépit des progrès constatés, tous ne sont pas encore dignes de devenir des « combattants de la Paix ».
Comble du cynisme, les prisonniers sont eux-mêmes chargés détablir la liste des « héros de la Paix », susceptibles de pouvoir bénéficier de la grande clémence de l’oncle Ho et du pardon du peuple vietnamien.

Ceux qui ne figurent pas sur les listes sont par ailleurs invités à dénoncer ceux qui sy trouvent sans l’avoir mérité afin de prendre leur place.

On peut facilement imaginer, en de pareilles circonstances, le déchainement des instincts les plus bas, des rancoeurs, des désillusions et des désespoirs conduisant certains à se laisser mourir alors que les listes ont déjà été arrêtées depuis bien longtemps par le Viêt-Minh.

III Identification des outils utilisés

Selon André Brugé, une partie des outils utilisés par le Viêt-Minh provient de l’école de propagande germano-soviétique qui s’inspire de la théorie des instincts fondamentaux popularisée par Pavlov.

Ce dernier montre qu’il est possible de réaliser sur un chien l’apprentissage d’un conditionnement capable de modeler son comportement grâce à l’associations de stimuli.

Vouloir transposer cette expérience sur l’homme revient à rechercher le “signal” (stimulus) qui conditionnera par la suite le “réflexe” politique.

Les moyens utilisés à cet effet sont donc :
– le réflexe conditionné ;
– le mythe ;
– la micro-psycho-sociologie.

31- le réflexe conditionné :

Le réflexe conditionné constitue une réaction instinctive provoqué par un signal ou stimulus. Celui-ci passe par le choix spécifique de mots s’intégrant dans un slogan.

La première étape est donc le mot qui doit, non pas s’adresser à l’intelligence, par sa signification propre (celle du dictionnaire) mais à l’inconscient par la résonance qu’il peut avoir en agissant sur l’imagination.

Le mot est alors utilisé comme un levier qui, en fonction de sa teneur, soutiendra un but spécifique :

– un levier d’adhésion ou d’acceptation (= bon=). Il permet de faire accepter des personnes, des décisions ou des idées en les associant à des mots connotés positivement, comme “démocratie”, “liberté”, “justice”, “fraternité”, etc.

– un levier de rejet (=poison=). Il permet de faire accepter des personnes, des décisions ou des idées en les associant à des mots connotés négativement, comme “guerre”, “mort”, “fascisme”, “agression”, “colonialisme”, “impérialisme”, etc.

Il est possible d’augmenter l’effet en les associant entre eux : « guerre d’agression coloniale », « sale guerre impérialiste ».

– un levier d’autorité ou de témoignage (=notoriété=). Il permet de rendre un argument indiscutable en l’associant à des mots disposant d’une autorité irréfutable, ne pouvant être remis en question, comme “science”, “Marx”, “Lénine”, etc.

– un levier de conformisation (=solidarité=). Il permet de gagner les foules en faisant appel à la pression des émotions et aux actions collectives en l’associant à des mots comme “opprimés”, “prolétariat”, “frères colonisés”, “amitié des peuples”, etc.

La seconde étape est la création d’un slogan, composé de plusieurs mots, qui renvoie à différents stimulus :
– instinct de combat : « Luttez , Exigez … » ;
– instinct alimentaire (conservation de l’individu) : « Soutenez …, Défense … » ;
– instinct parental (conservation de l’espèce) : « Paix … ».

Le slogan peut alors solliciter un seul stimulus ou en combiner plusieurs :
– « Luttez pour la défense de la Paix » ;
– « Exigez votre rapatriement immédiat et la Paix au Viet Nam » ;
– « Pas un homme, pas un sou pour la sale guerre » ;
– « Soutenez le bloc démocratique en lutte pour la Paix et la liberté des peuples opprimés ».

32-Le mythe :

La phase suivante doit s’inscrire dans la suggestion, sous forme d’images organisées qu’on appelle le mythe. Celui-ci doit être une synthèse globale et intuitive, la plus simple possible, car l’homme de masse ne pense que par images.

Le mythe doit alors pousser l’action dans la direction voulue et dans un futur proche mais imprécis (« les lendemains qui chantent ») afin de provoquer une action immédiate.

Ainsi, la colombe de Picasso renvoie au slogan « Luttez pour la défense de la Paix » qui lui-même doit provoquer l’adhésion immédiate des prisonniers au « camp de la Paix », condition indispensable à une libération et un retour auprès de leur famille (« Exigez des colonialistes votre retour auprès de vos familles désolées depuis longtemps de votre absence »).

33-La micro-psycho-sociologie :

L’application de la micro-psycho-sociologie va consister à faire entrer en jeu les psycho-groupes pour modifier le comportement de l’individu.

Le groupe entraîne des modifications profondes dans l’opinion des individus parce que l’individu, dans le groupe, se trouve dans un état de moindre résistance. Le changement d’opinion du groupe se réalise en deux étapes :
– l’ambiguïté (en relatant sur un sujet donné des faits réels alors que d’autres sont minorés ou tout simplement passés sous silence ;
– la suggestion (en proposant une solution pour répondre à l’ambiguïté qui a été soulevée).

En étant cristallisée par le groupe, l’idée proposée est alors adoptée par l’individu. Cette influence du groupe sur l’individu a notamment été mise en lumière par l’expérience de Asch (1951). Celle-ci démontre qu’un individu, en dépit dune réponse fausse unanimement donnée par le groupe, va se conformer à lavis du groupe, même si cela va à l’encontre de ce qu’il a vu de ses propres yeux.

Pour finir, l’action qui en résulte est marquée par les lois de l’unanimité et de la contagion.
Pour entraîner l’unanimité, il suffit d’affirmer simplement qu’elle existe : « les prisonniers exigent …, les prisonniers s’engagent unanimement … ».

La contamination s’obtient naturellement par la mise en contact des groupes où les meneurs, en lançant les slogans (panneaux, banderoles) vont fixer l’idée et faire entrer les autres groupes dans la masse.

IV Bilan des actions psychologiques conduites par le Viêt-Minh sur les prisonniers du CEFEO

Le premier bilan de cette expérimentation est avant tout une effroyable tragédie humaine ayant eu pour conséquence une lente extermination des prisonniers. Si celle-ci peut s’expliquer par un état de délabrement physique extrême, un manque de soins permanent et une malnutrition endémique, les violences psychologiques exercées sur les prisonniers, résultant du mirage d’une libération anticipée, ont été tout autant déterminantes.

S’agit-il d’une volonté délibérée ? Rien ne permet de l’affirmer et aucun document ou instruction officielle du Viêt-Minh ne sont venus jusqu’à présent étayer cette possibilité… On peut néanmoins s’interroger sur son acharnement et son aveuglement généralisés face à un taux de mortalité aussi élevé, ne permettant même plus, dans certains camps, de pouvoir faire enterrer les morts par les prisonniers encore à peine en vie.

Si certains ont mis en avant une conception culturelle particulière de la vie humaine, à mi-chemin entre le désintérêt pour le sort de l’ennemi et l’absence d’empathie idéologique, une autre hypothèse est envisageable : celle d’un “glissement” pragmatique du projet initial visant à faire de chaque prisonnier un « combattant de la paix ». Plutôt que de vouloir convertir tous les prisonniers, pourquoi en définitive ne pas se limiter à sélectionner exclusivement les profils les plus compatibles avec ce projet, quant aux autres …

Contrairement aux résultats tangibles obtenus par les Chinois pendant la guerre Corée avec leurs prisonniers américains, l’entreprise d’effraction psychique conduite par le Viêt-Minh s’est soldée par un échec global, compte tenu des objectifs visés initialement, sauf peut-être, d’amener les prisonniers à porter un regard différent sur la situation des « peuples colonisés ou opprimés ».

Pour instaurer un climat favorable à une “soumission librement consentie” et masquer subtilement le processus psychologique mis en œuvre, les Chinois avaient posé comme règle fondamentale de bannir toute violence, jusqu’à en éviter le principe même de son apparence. Aussi, l’effroyable taux de mortalité dans les camps du Viêt-Minh et une pression psychologique permanente de la terreur ont, de ce fait, été particulièrement contreproductif pour susciter un engagement sincère et durable des prisonniers en faveur du « camp de la Paix ».

Par ailleurs, ne maitrisant pas toujours lui-même sa propre dialectique politique, tout comme la compréhension fine des mécanismes psychologiques sollicités, le Viêt-Minh a visiblement surestimé la capacité, pour certains sujets chrétiens, musulmans ou animistes, à pouvoir adhérer à une dialectique rejetant d’emblée toute notion de Dieu, de liberté et de propriété individuelle.

Néanmoins, plusieurs rapports établis après le débriefing de tirailleurs nord-africains à leur retour de captivité indiquent un indéniable changement de mentalité. Si certains d’entre eux rejoindront effectivement les rangs de la rébellion en Afrique du Nord, tous ne le feront pas. Il n’est donc pas possible, en l’état, de faire un lien catégorique entre leur engagement et l’action psychologique opérée par le Viêt-Minh.

Enfin, si certains prisonniers ont tenté de résister à ce « lavage de cerveau », le payant souvent de leur vie, il convient d’admettre que d’autres se prêtèrent au jeu du Viêt-Minh., rarement par conviction sincère, mais plutôt par lâcheté, ou par intérêt, la grande majorité ne s’y soumettant que par lassitude, ayant perdu toutes illusions.

Il y a peut-être des guerres justes, mais il n’existe pas de guerres propres ! cette « sale guerre », expression si souvent utilisée par le Viêt-Minh, s’applique tout particulièrement au sort ignoble réservé aux prisonniers. Ce qui est déjà inacceptable de son ennemi, l’est d’autant moins de la part de Français, devenus acteurs de cette entreprise d’extermination. Certains d’entre eux, particulièrement actifs, comme Georges Boudarel, sont indéniablement responsables de la mort de nombreux prisonniers. Comble du cynisme, ce dernier, accueilli à bras ouverts par l’Université française à son retour en France, n’hésitera pas au moment de prendre sa retraite à faire valoir ses années passées en Indochine comme commissaire politique dans les camps de la mort.

Les rescapés décharnés rentreront en métropole dans une quasi-indifférence avec l’amer sentiment d’avoir été trahis puis abandonnés par ceux qui les avaient envoyés en Indochine. Que dire de leur surprise lorsqu’ils constatèrent que leur temps de captivité avait été comptabilisé en demi-campagne au lieu de campagne double et que leur prime d’alimentation avait été déduite de leur solde, l’administration considérant qu’ils avaient été nourris gratuitement par le Viêt-Minh ? mais il est vrai qu’en 1950, Léo Figuière, dirigeant des jeunesses communistes, après une tournée dans les camps de prisonniers, avait déclaré dans le journal L’avant-garde, dont il était le directeur : « la vie dans les camps vietnamiens est idyllique … » !!!

La plupart des rescapés resteront marqués à vie par cette tragédie, tant dans leur corps, que dans leur tête, et sans doute dans leur âme. Le sentiment d’avoir été oubliés par toute une nation et l’incrédulité opposée parfois à l’hallucinant récit de leur vécu ne faciliteront pas leur réinsertion dans la vie civile. Pour ceux qui choisiront de rester dans l’armée, à la tragédie indochinoise viendra s’amalgamer le drame algérien, ne permettant pas toujours aux blessures de se refermer. Par ailleurs, objet d’une insidieuse suspicion de la part du commandement craignant une intoxication communiste, certains verront leurs promotions ralenties ou bloquées, les excluant parfois même des postes à responsabilité.
En dehors de l’entre-soi des associations de vétérans, beaucoup feront alors le choix de s’enfermer dans un profond mutisme, ne parvenant pas toujours à tourner la page. Seule une infime minorité trouvera cette force, ayant découvert pendant leur captivité une connaissance de soi et des ressources insoupçonnées, moteurs dune nouvelle philosophie de vie.

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Procédés de rééducation psychologique et d’effractions mentales expérimentés par le Viêt-Minh sur les prisonniers du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) Lire la suite »

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