Retour à Dien Bien Phu (07 MAI 1993 – 04 MARS 2024)

En janvier 1993, officier adjoint à la 2ème Compagnie du 6ème Régiment Etranger de Génie, jes suisdéployé au Cambodge dans le cadre de l’APRONUC (Autorité provisoire des Nationsunies au Cambodge). Bien que stationné à Siem Réap, à proximité immédiate des temples  d’Angor, cœur de la culture et de l’architecture khmer, mon attention se focalise sur le Vietnam voisin et en particulier sur le champ de bataille emblématique de Dien Bien Phu.

En repoussant ma date d’aération prévue à mi-mandat, je fais en sorte de pouvoir me trouver à Dien Bien Phu le 07 mai à 17h30 pour y commémorer la fin des combats !

En 1993, il n’y a plus de liaisons aériennes entre Hanoï et Dien Bien Phu. C’est donc en 4×4
que je rejoins le site par la RP 41 : un long périple de deux jours (avec une étape à Son La) qui
n’a rien à envier à certaines scènes du film “Le salaire de la peur”.
Il m’aura fallu attendre plus de 30 ans pour que je revienne à Dien Bien Phu, par voie
aérienne cette fois-ci, à l’occasion d’un vol agréable d’une quarantaine de minutes.

Dien Bien Phu est devenu désormais une grosse bourgade, à peine reconnaissable par rapport
à mes souvenirs de 1993 où l’urbanisation galopante a grignoté la moindre parcelle de terrain
encore disponible.
La ville dispose désormais d’un aéroport flambant neuf assurant des vols réguliers tous les
deux jours entre Hanoï et DBP.

L’ancienne piste que j’avais pu observer en 1993, encore bordée de plaques PSP dans leur jus

(cf. photo ci-dessous) a totalement disparu au profit d’une piste permettant d’accueillir
désormais des Airbus A320 ou A321.

La photo ci-dessous (source internet) vous donne une idée de l’ampleur des travaux qui ont
été réalisés.

Sauf erreur topographique de ma part, celle-ci a été prolongé jusqu’aux abords d’Anne-Marie
II, réduisant au passage à l’état de parking les PA Anne-Marie III, Huguette I et II, Claudine I
et II et Lilly. A ce jour, pas le moindre ossement n’aurait encore été retrouvé !!!

L’état des sites encore visibles est très variable. Certains ont été mis en valeur et sont
régulièrement entretenus pour servir d’outils de propagande mais également répondre aux
besoins du “tourisme historique” que souhaitent développer les Chinois.
Ainsi, du nord au sud, la physionomie de l’ancien camp retranché est la suivante :

Sur le site du PA Gabielle, aucun changement notable n’est remarquable depuis 1993. Une
stèle marque le sommet du PA, envahi par des friches qui laissent encore deviner
l’emplacement des anciennes tranchées.

On trouve à ses pieds l’un des deux grands cimetières militaires du site où reposent les corps
des soldats du Viet-Minh morts lors de l’attaque du PA, pour la plupart non-identifiés.

Les sites des PA Béatrice I et II sont visiblement entretenus régulièrement (réseau de
tranchés et blockhaus bétonnés), signalés et renseignés (abri du chef du PA, emplacement
pièce de mortier, etc.).

Le PA Béatrice III, à l’instar de Gabrielle, est laissé en friches. Seule une stèle à son sommet
rappelle son identification.

Le site de PA Anne-Marie (II) est désormais à proximité de l’extrémité de la piste de
l’aéroport. Pour y accéder, on traverse le radier sur lequel une petite passerelle d’époque est
toujours visible. Le site est régulièrement entretenu car utilisé par l’armée vietnamienne
comme terrain de manœuvre pour ses jeunes recrues. Les réseaux de tranchées sont bétonnés
et ce qui devait être l’emplacement d’un ancien abri sert désormais de zone de rassemblement.

Un grand nombre de reliques du champ de bataille et de lieux emblématiques ont été
entretenus et restaurés et sont désormais à l’abri des intempéries sous des auvents avec
couverture en plexiglass.
Le PC GONO … en 1993 et aujourd’hui :

Le char “Conti” et les pièces d’artillerie (PC GONO) en 1993 et aujourd’hui :

 

Si le site des PA Eliane I et IV n’ont pas changé depuis 1993, envahis par la végétation avec
simplement une stèle à leur sommet, celui d’Eliane II a été particulièrement aménagé et mis
en valeur avec des tranchées bétonnées, des abris, des réseaux de barbelés reconstitués, le
cratère de mine entretenu …

Le char Bazeilles ( sur Eliane Il)”en 1993″et aujourd’hui :

 

Le site d’Eliane II aujourd’hui :

Le PA Dominique II est de loin celui qui, depuis 1993, a fait l’objet de l’aménagement le plus
spectaculaire.

Son sommet a été raboté en 2004 pour accueillir une gigantesque statue de la Victoire de plus
de 12 mètres de haut. On y accède par un escalier en marbre composé de 320 marches (mais il
également possible, pour les initiés de se faire déposer au plus près du sommet en voiture par
un chein détourné.
En 1993 : 

Aujourd’hui :

Le PA Isabelle est marqué par une stèle sur le bord de la route. Pour trouver le véritable
emplacement, il est nécessaire de bifurquer sur la droite, juste avant la stèle, par un petit
chemin pour tomber sur la Nam Youm et découvrir enfin le PA avec une nouvelle stèle
marquant l’emplacement d’un char Chaffee qui assurait la protection du PA.

Aujourd’hui, il n’est plus possible de traverser en voiture le fameux pont Bailley compte tenu
de sa vétusté. Seuls les vélos et les motocyclettes peuvent encore l’emprunter.
En 1993 :

Aujourd’hui :

A l’entrée se trouve l’affût de la quadruple que William connaît bien. Il semble même que son
livre, “Stable dans l’instable”, soit parvenu jusque-là !

Construit bien après la bataille, ce monument est devenu un lieu incontournable pour tout
Français en pèlerinage. Edifié par la volonté et l’opiniâtreté d’un homme seul, en mémoire de
ses camarades de combat morts à Dien Bien, il s’agit du monument “Rodel”.
En 1993, le monument Rodel n’existe pas encore. Rolf Rodel retourne pour la première fois à
Dien Bien Phu en 1992 et y découvre, au milieu de nulle part, entre maïs et cannes à sucre,
une dalle en ciment réalisée dans les années 80 (auteur inconnu) sur laquelle est inscrit “Pour
les morts de l’armée française à Dien Bien Phu”.
Avant de repartir pour la France, il entreprend sa restauration, car elle est en piteux état, ainsi
que celle de la murette la ceinturant (partiellement disparue) et le désherbage sommaire des
abords. C’est dans cet état que je découvre le site ainsi réaménagé (cf. photo 1993)

En France, Rolf Rodel avait pris soin de faire réaliser une plaque “1954-1992 A la mémoire de
tous les légionnaires tombés au champ d’honneur au cours des combats de Dien Bien Phu”. Il
la confie au musée (cf. photo 1993) avec la ferme intention de revenir pour réaliser un
monument digne de ce nom.

Ce sera chose faite en 1994 avec la physionomie qu’on lui connait aujourd’hui. Le site est
désormais dans une zone où les cultures ont laissé leur place à l’urbanisation galopante de la
ville. Depuis, le site est protégé dans un espace arboré, parfaitement entretenu par la direction
du musée de Dien Bien Phu.

Enfin, la visite du site ne saurait se conclure sans un passage par le musée, dédié bien
évidemment à la gloire du Viet-Minh. L’ancien musée devant lequel s’entassait un
rassemblement hétéroclite de matériels militaires en tout genre a disparu pour laisser la place
à un bâtiment flambant neuf, reprenant la forme générale du casque en latanier d’un Bo doï.
En 1993 :

v

Aujourd’hui :

Chacun est libre d’en penser ce qu’il veut mais certaines représentions et mises en scène
expliquant le quotidien des combattants sont toutefois intéressantes. Pour ceux qui avaient
encore des doutes, il témoigne également au grand jour des complicités du PCF par l’envoi de
conseillers sur place pour y organiser la propagande anti française à destination du CEFEO.

Le visiteur ne devra pas être surpris de voir la France associée à l’adjectif “colonialiste” dans
tous les commentaires. Mais peut-on blâmer les autorités vietnamiennes de vouloir utiliser
cette victoire comme outils de propagande à l’usage des jeunes générations ?… Première
victoire d’un peuple colonisé sur son colonisateur dans l’histoire contemporaine ! Il semble
néanmoins que cette rhétorique ne soit désormais sensible qu’aux oreilles des dignitaires du
régime, la jeunesse vietnamienne étant aujourd’hui résolument tournée vers l’avenir.

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