ANAPI

Déportation

Il n’y a pas d’estimation précise sur le nombre de prisonniers en raison des massacres de captifs le 9 mars 1945 et les jours suivants et des disparitions en brousse des gens cherchant à fuir.

Les prisonniers étaient en majorité des militaires de tous grades, des gendarmes, des policiers et agents de la sûreté, des douaniers, des fonctionnaires ou agents de services publics ayant des postes de responsabilité. La majorité était constituée de métropolitains et de métis envers lesquels les japonais faisaient montre de leur haine raciste.

Il convient de rappeler que de nombreux militaires et civils furent secourus par leurs épouses indochinoises qui prirent tous les risques pour les localiser et pour leur apporter une aide matérielle malgré la surveillance des japonais.

Beaucoup de familles furent assignées à résidence ou internées et parmi elles de nombreuses femmes, métropolitaines, métisses et autochtones subirent de graves sévices et des tortures morales d’une rare perversité.

En septembre 1945 après la défaite japonaise nombre de prisonniers se libérèrent d’eux mêmes et reprirent les armes, d’autres internés en brousse durent attendre l’arrivée de représentants des forces alliées pour que cesse leur captivité. L’internement des familles prit fin dès le dépôt des armes par les japonais, mais certaines familles internées en Annam et quelques militaires furent remis par les anciens occupants à des éléments viêt-minh et durent attendre le premier trimestre de l’année 1946 pour rejoindre la liberté.

A tout moment de leur captivité, les prisonniers eurent à subir la brutalité et la hargne de l’ennemi. La mortalité peut paraître faible par rapport aux pertes subies dans d’autres captivités, notamment celles reconnues chez les captifs du Viet-Minh. Il est bon toutefois de rappeler que cet internement ne dura que six mois. On peut imaginer ce que seraient devenues les pertes si la captivité avait duré plusieurs années.

La férocité de l’ennemi s’est épanouie principalement dans la zone frontière du Tonkin au début de la captivité. Le massacre des prisonniers fut systématique (Langson, Haïphong, Bac-Ghiang, Thakhek, etc.). Un certain raffinement sadique fut même mise en œuvre au cours de ces exécutions : invitations, boucliers humains, jeux suivis de décapitation, etc.

Les enfants de Troupe de Dalat, repliés sur le Cambodge, furent dirigés, malgré leur jeune âge, vers la prison de Kratié, tristement connue pour ses horribles atrocités, avant d’être envoyés à Paksé et à Paksong.

Pendant les premiers mois, certains prisonniers purent paraître protégés en restant dans leur cantonnement ou dans le voisinage (Hué, Bal-Me-Thiot, Thu-Do-Mot, etc.) mais dès le mois de mai et début juin 1945, ce fut la grande migration dans des conditions de transport, de marches extrêtement pénibles, vers la citadelle d’Hanoï, ou la camp Martin des Pallières à Saïgon.

L’arrivée massive de ces prisonniers fatigués, anémiés, sous-alimentés (4 à 5000 par camp) allait gravement perturber les normes d’hygiène et de salubrité ; les conditions climatiques, le manque de médicament, l’absence d’une nourriture suffisante aidant, la mortalité devint extrême.

Cette mortalité n’augmente pas assez vite au goût des Japonais qui vont envoyer, à partir de la fin juin 1945, plus de 2000 prisonniers dans les zones les plus insalubres : Paksung et plus particulièrement Hoa-Binh, créant là de « véritables camps de la mort lente » de la RC6.

Comble de cruauté, à la fin de la guerre, la « solution finale » fut envisagée pour les Européens, créant ainsi une véritable névrose traumatique chez tous les militaires et les civils prisonniers des Japonais.

Rappelons que le Tribunal des criminels de guerre siégeant à Saïgon a condamné à mort et fait exécuter le lieutenant-colonel T. Shigeoru, chef d’état-major de la division japonaise venue de Chine pour attaquer les forces française lors du coup de force du 9 mars 1945.

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Prisonniers des japonais

Il n’y a pas d’estimation précise du nombre de prisonniers en raison des massacres de captifs le 9 mars 1945 et les jours suivants et des disparitions en brousse des gens cherchant à fuir.

Les prisonniers étaient des militaires de tous grades, des gendarmes, des policiers et agents de la sûreté, des douaniers, des fonctionnaires ou agents de services publics ayant des postes de responsabilité. La majorité était constituée de métropolitains puis de métis envers lesquels les japonais faisaient montre de leur haine raciste.

Il convient de rappeler que de nombreux militaires et civils furent secourus par leurs épouses indochinoises qui prirent tous les risques pour les localiser et pour leur apporter une aide matérielle malgré la surveillance des japonais.

Beaucoup de familles furent assignées à résidence ou internées et parmi elles de nombreuses femmes, métropolitaines, métisses et autochtones subirent de graves sévices et des tortures morales d’une rare perversité.

En septembre 1945 après la défaite japonaise nombre de prisonniers se libérèrent d’eux mêmes et reprirent les armes, d’autres, internés en brousse, durent attendre l’arrivée de représentants des forces alliées pour que cesse leur captivité. L’internement des familles prit fin dès le dépôt des armes par les japonais, mais certaines familles internées en ANNAM et quelques militaires furent remises par les anciens occupants à des éléments viêt-minh et durent attendre le premier trimestre de l’année 1946 pour rejoindre la liberté.

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Prisonniers de Corée

Les prisonniers de la guerre de Corée.

 

12 soldats du Bataillon Français de l’ONU en Corée furent fait prisonniers par les troupes nord-coréennes et chinoises.

Ils furent certes peu nombreux en comparaison du nombre des prisonniers des Japonais et du Vietminh en Indochine. Pourtant, dans le cadre de son devoir de mémoire, l’ANAPI se devait de ne pas les oublier.

Traités sans ménagements, mal nourris, ils subirent à l’occasion le même lavage de cerveau que les prisonniers du Vietminh…


1 – Rappel historique

La Corée, le pays du « matin calme », est une péninsule montagneuse d’Asie entre la Chine et le Japon. Sous domination japonaise de 1910 à 1945, ce pays fit l’objet en février 1945, à la conférence de Yalta, d’une partition à la hauteur du 38ème parallèle; les soviétiques devant désarmer les troupes japonaises au Nord et les américains au Sud. En fait cette ligne de démarcation devint une frontière politique, les soviétiques ayant installé dans leur zone une « démocratie populaire », très tôt menaçante pour la Corée du Sud.

En 1949, la Chine est devenue communiste. La Corée du Sud occupe une position stratégique en Extrême-Orient. Le Japon est neutralisé et les Etats-Unis centrent leurs efforts sur la protection de Taiwan et l’aide aux français en Indochine. La Corée du Sud, qui n’entre pas dans l’aire de sécurité américaine et ne dispose que d’une petite armée sans aviation et sans blindés, constitue une proie tentante en même temps qu’une étape pour l’expansion communiste.

Le 25 juin 1950, les forces Nord-coréennes franchissent le 38ème parallèle. Ainsi s’ouvre le conflit le plus important de la guerre froide qui oppose le monde communiste au monde démocratique ; il s’internationalise immédiatement ; Le président des Etats-Unis, Harry TRUMAN, ordonne aux forces américaines du Pacifique d’intervenir aux cotés de la petite armée sud-coréenne ; initialement ils ne pourront ensemble qu’à peine contenir la puissante armée des agresseurs ; coréens et américains se retrouvent assiégés dans un périmètre restreint autour du port de Pusan.

Le 27 juin 1950, le Conseil de Sécurité de l’ONU, en l’absence de l’Union Soviétique, prend une résolution, soutenue par les Etats-Unis, décidant la constitution d’une armée formée de seize nations, dont la France, qui envoie un navire et plus tard un bataillon de volontaires commandé par le général MONCLAR

Les forces des Nations-Unies vont reprendre l’initiative, encercler les nord-coréens par un débarquement sur leurs arrières, et pousser jusqu’à la frontière chinoise. Mais la Chine intervient à son tour avec des « volontaires », ainsi que l’U.R.S.S. par des moyens aériens ; cette puissante réaction ramène les forces alliées à la hauteur du 38ème où le front se stabilise après d’âpres combats.

Le 23 juin 1951, alors que le conflit se transformait en guerre de position, les délégués soviétiques à l’ONU proposèrent que les belligérants de Corée ouvrent des discussions afin de parvenir à un accord de cessez-le-feu. Le 10 juillet 1951, après des discussions préliminaires, des représentants des commandements de l’ONU et des forces communistes commencèrent les négociations de trêve à Kaesong, en Corée du Nord. Les discussions se poursuivirent par intermittence pendant deux ans. Le 27 juillet 1953, l’armistice fut signé à Panmunjom entre les représentants de l’ONU, ceux des volontaires chinois et de la Corée du Nord. Les discussions se poursuivent depuis pour un traité de paix et une réunification qui restent à réaliser.

La guerre de Corée, par l’ampleur des moyens matériels et humains mobilisés des deux côtés, par sa durée, par les risques d’embrasement auxquels elle exposa un monde coupé en deux blocs, constitua l’apogée de la guerre froide.

Cette « guerre oubliée », extrêmement meurtrière, où les civils furent deux fois plus nombreux que les militaires à trouver la mort, laissa le pays dévasté sans que soit modifiée la division antérieure de la Corée. Les pertes humaines (tués, disparus et blessés) étaient estimées à 4 millions. Environ 147 000 militaires sud-coréens furent tués et 210 000 blessés, tandis que les pertes militaires nord-coréennes étaient estimés à 300 000 morts et 220 000 blessés. Le nombre des victimes civiles dépasserait 2 millions de personnes. Les États-Unis comptèrent 157 530 victimes (33 629 morts, dont 23 300 au combat) ; les pertes des autres nations de l’ONU se montèrent à 16 532, dont 3 094 morts. Les pertes chinoises furent estimées à 900 000, dont 200 000 tués.. Le bataillon français perdit 287 tués et plus de 1.000 blessés.

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Libération et rapatriement

1. Les otages civils

En décembre 1946 le viêt-minh, en particulier à l’occasion des soulèvements de VINH et surtout HANOÏ s’empara d’otages civils, européens, métis et autochtones. Leur nombre a été estimé dans une étude produite en 1952 à 288 hommes,129 femmes et 25 enfants. Le nombre des enfants est peut être sous-estimé. Il y eut en 1952 également 146 disparus dans ces mêmes catégories de personnes.

Leur internement a été pénible. Les lieux de détention se situaient pour la majorité en NORD-ANNAM et en périphérie du delta tonkinois.

La majorité des hommes disparurent. Des femmes et des enfants furent libérées sous la forme d’une autorisation de rejoindre la zone tenue par le corps expéditionnaire, les dernières libérations se firent en 1953. Les hommes qui survécurent ont rejoint la liberté en 1953 pour quelques franco-vietnamiens et en septembre 1954 pour les rares européens survivants qui avaient d’ailleurs rejoint des camps de prisonniers militaires après deux ou trois ans d’isolement, ainsi que les civils français capturés après 1952 ( commerçants, cadres, aviateurs civils, gardes voies ).

Le grand problème rencontré par les otages civils dans leur réinsertion fut d’ordre matériel, ils avaient pour la plupart perdu leurs familles et leurs biens.

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Le lavage de cerveau

« J’ai eu l’occasion de comparer les méthodes des Nazis et des Viêts.
Juifs, Tziganes, Résistants de tous bords, s’ils nous réduisaient en une sous-humanité, les nazis ne cherchaient pas à nous convertir. Par la faim, les privations, les Viêts nous amenaient au même état que les nazis, mais ils exigeaient en plus que nous adhérions à leur système, en reniant toutes nos valeurs, notre foi en la justice, en notre pays. »

Colonel Eric WEINBERGER,
ancien déporté à Buchenwald et prisonnier du Vietminh

Chronique de l’horreur et du goulag

« Les mensonges écrits avec de l’encre ne sauraient obscurcir la vérité écrite avec du sang ».

Lu Xuan
écrivain chinois.

Introduction

A l’instar de ce qui se passa dans tous les pays communistes, URSS et Chine en particulier, le lavage de cerveau fut pratiqué dans la plupart des camps de prisonniers du Viet Minh. Les modalités en varièrent en fonction des zones géographiques, des périodes de la guerre, et de la nature de la population carcérale : européens, maghrébins, africains, asiatiques.

Il eut sur les détenus un impact psychologique certain et causa la mort d’un grand nombre d’entre eux.
Il découle des principes fondamentaux du marxisme léninisme qui cherche à imposer aux « masses» une pensée unique. Et, selon le général Giap, le commandant en chef de l’Armée populaire de la République démocratique du Vietnam, c’est un procédé d’action à l’intention du peuple et de l’ennemi, considéré comme l’instrument du « prosélytisme populaire du communisme ».

Pour en comprendre les mécanismes, il faut d’abord remonter aux sources du marxisme-léninisme ferment de la « rééducation permanente » pratiquée au détriment de tout captif. Sa culpabilité est établie à priori et proclamée comme postulat de base, puisqu’il est entre les mains de la Révolution.

Il y a lieu ensuite de décrire la manière dont elle fut mise en œuvre au sein du Viet Minh par le Dich Van, organisme chargé de l’action psychologique à l’égard de l’ennemi.

De là découle le processus de son adaptation à la mentalité des prisonniers, sous une forme insidieuse, et cynique, en exploitant le meilleur et le pire de l’être humain, ses angoisses et ses espoirs, son isolement et son délabrement physique et moral.

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Vie dans les camps

3 – La vie quotidienne au camp

Tout ce qui est décrit ici a été observé par le rédacteur dans les camps 15, 113 et 25 du Tonkin en 1951 et 1952.

Les conditions de vie se caractérisent par la précarité absolue et l’absence de tout ce qui est nécessaire à la survie d’un européen : hygiène, savon, rasoir, lessive, vêtements de rechange, moustiquaire, couvertures. La vermine se multiplie dans les caï-fen des dortoirs : poux, punaises, puces etc. Les carences alimentaires, la dénutrition, la nourriture très insuffisante en quantité et qualité, tout concourt à créer un état sanitaire déplorable. La promiscuité fait le jeu de toutes les contagions : les maladies se répandent comme des traînées de poudre.

La plupart du temps, le camp ne possède ni médecin ni médicaments. Or, Giap l’avait écrit lui-même : « La brousse pourrit les Européens ». Ceux-ci ne peuvent survivre longtemps sous ce climat tropical chaud et humide, envahi de moustiques porteurs du paludisme, sans une médication constante préventive et curative. Celle-ci n’existe pas.

L’état sanitaire est donc déplorable, et la mortalité très élevée. Les maladies se multiplient : ictère, hépatite, typhus, jaunisse, béribéri, cet œdème dû aux carences alimentaires et au manque de vitamines, dysenterie amibienne engendrée par l’eau polluée, paludisme souvent pernicieux et donc mortel inoculé par les anophèles (moustiques femelles), gale infectée et purulente, dartres annamites, spirochétose provoquée par l’urine des rats qui pullulent, dans les charpentes des paillotes et dans le cimetière où ils dévorent les cadavres peu ou mal enterrés etc.

Faute de médecin, aucun diagnostic n’est possible, de même que l’absence de médicaments interdit de porter secours aux malades. Ils en sont réduits aux remèdes de « bonnes femmes » : amidon de l’eau de cuisson du riz dite « petite soupe », tisanes de goyave, charbon de bois pilé, son récupéré après moulage du paddy (riz non décortiqué). Contenant des vitamines, il permet de lutter contre le béribéri. Il a un goût de poussière.

Implantée à l’écart, véritable anti-chambre de la mort, l’infirmerie se trouve non loin du cimetière. C’est une morgue où achèvent de mourir les malheureux qu’on y amène à toute extrémité, squelettiques, exsangues, inondés par leurs excréments, dans une odeur fétide. Les fourmis rouges font un va et vient constant dans les narines des moribonds dont les rats tentent déjà de dévorer les extrémités. Nul ne veut s’y laisser transporter, car tous savent qu’on en ressort uniquement en direction du cimetière. Impuissants, incapables de leur porter secours, nous ne pouvons que les assister en les réconfortant .
Parfois, un camarade meurt sur le bat-flanc, au milieu de ses camarades de dortoir, après une courte agonie.

Les inhumations ont lieu sans cercueil ni linceul. Le cadavre est apporté roulé dans une vieille natte et, après avoir été dépouillé, par les survivants qui en ont trop besoin, des ses vêtements souillés. Le trou, peu profond du fait de la faiblesse des fossoyeurs, a été creusé par les moins épuisés. S’il s’agit d’un musulman, le corps est couché sur le côté, la face tournée vers la Mecque, c’est-à-dire vers le Nord-ouest. Faute d’officiant, aucun culte n’est pratiqué.

Tout cela contribue à « clochardiser » rapidement les captifs qui, hâves, barbus, crasseux et décharnés, errent sans joie et sans courage dans ce village où tout leur est hostile. Pris de découragement, certains refusent de se lever et de se laver, renonçant à lutter pour survivre.

Celui qui reste couché meurt rapidement. La désespérance guette tout le monde.

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Les camps

1- Implantation et nombre

Les camps étaient implantés dans les zones difficiles d’accès, la plupart du temps insalubres, là où les possibilités d’incursion des forces françaises étaient faibles en raison de l’éloignement. Plus celui-ci était grand, moins les garnisons vièts étaient importantes.

On en a décompté cent trente environ, principalement en Indochine (Tonkin, Annam, Cochinchine), mais aussi parfois au Laos (dans les maquis du Pathet Lao) et au Cambodge (là où les Khmers Issarak contrôlaient le pays), et même en Chine (Yunnan). Les plus importants se trouvaient au Tonkin, non loin de la frontière chinoise, dans le bassin de la Rivière Claire (Song Lô). Certains recevaient le nom d’« hôpital », tel le N°128, d’autres étaient des installations volantes.

Les camps regroupaient des prisonniers de guerre de toutes races et nationalités ayant appartenu aux armées françaises de Terre, de l’Air et de Mer, des otages civils enlevés au cours du conflit (hommes, femmes et enfants) et parfois aussi des déserteurs.

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Prisonniers du Viêt Minh

Leur adolescence avait été bouleversée par une accumulation de faits tragiques : l’effondrement de cette belle armée française, que tous croyaient invincible, en quelques semaines, l’occupation de la France pendant quatre années par un ennemi redoutable, implacable, la remise en cause et la dilution de nombreuses valeurs morales dont ils avaient été imprégnés.

Un jour, ils étaient devenus soldats.

Ils reçurent, fin 1946, l’ordre d’aller défendre, au bout du monde, « l’intégrité et l’œuvre civilisatrice de l’empire colonial français ». Il s’agit là d’un point dramatiquement méconnu, le plus souvent, de ceux qui ne sont pas de leur âge. En 1946, la Nation les envoyait défendre le Droit, reconnu comme tel par tous. Faisant écho à Albert Sarrault, qui déclarait : « Où nous sommes, nous devons rester. Ce n’est pas seulement la consigne de nos intérêts, c’est l’injonction de l’humanité, l’ordre de la civilisation », toute la presse confortait leur bon droit, faisant confiance à leur courage et notamment le journal « Le Monde », qui l’affirmait au fil de ses éditoriaux, dont voici quelques extraits : « Le Général de Gaulle déclare que l’Indochine, occupée jusqu’à leur défaite par les Japonais doit, comme Strasbourg ou Clermont-Ferrand, être ramenée dans l’Empire Français ». Les anticolonialistes y étaient comparés à Doriot, et Rémy Douce, un éditorialiste symptomatique de l’opinion d’alors, condamnait par avance ceux qui « livreraient à l’anarchie les territoires d’outre-mer, héritages de nos pères, et à la destruction l’œuvre de civilisation qu’ils ont réalisée. Il faut incontestablement, écrivait-il, que l’ordre et le respect de notre autorité soient rapidement rétablis, afin que notre œuvre pacificatrice s’exerce pour le plus grand bien de l’Union Française toute entière ».

Et le Gouvernement français leur demanda d’aller défendre la France, son empire et son œuvre civilisatrice. Et ils partirent le cœur léger, fort de se savoir dans le Droit, certains d’aller défendre un idéal moralement incritiquable.

Quelques mois plus tard, cette vaillante jeunesse qu’on avait incitée au sacrifice n’était plus qu’une bande de soldats perdus perpétrant une sale guerre, une guerre honteuse.

Si honteuse qu’une partie des Français, qui pourtant avait décidé de les envoyer au combat, les rejeta avec mépris, brutalisa leurs blessés sur les brancards, sabota leurs armes, contribua à l’armement de ceux qu’elle les avait envoyés combattre.

C’est aussi en cela que leur sort fut exceptionnel. Aucun peuple dans l’histoire ne s’est ainsi comporté envers ses soldats, alors qu’ils remplissaient la mission qu’il leur avait confiée.

Le jeu démocratique permettait pourtant de s’en prendre aux décideurs dont on ne partageait pas les avis, sans attenter à la vie de soldats dont on exigeait, normalement d’ailleurs, l’obéissance.

Et puis ce fut pour eux la captivité, elle aussi, et très malheureusement, exceptionnelle. Une horrible captivité sans barreau, où la jungle et la couleur de leur peau constituaient des barrières infranchissables, une captivité où la faim, les maladies non soignées, le travail excessif, les punitions cruelles étaient soigneusement conjugués pour les mener à l’épuisement, et, bien pire encore, une captivité où la déstructuration de leurs personnalités était diaboliquement orchestrée, où il leur fallait avoir honte d’eux-mêmes, s’accuser de crimes qu’ils n’avaient pas commis, jouer une abominable et funèbre comédie pour sauver leur peau.

Le résultat est connu : soixante pour cent d’entre eux laissèrent leur vie dans ces camps de la mort, la plupart dans des conditions épouvantables ; un pourcentage jamais atteint, pour ce qui est des prisonniers de guerre, dans aucun conflit de l’histoire contemporaine.

En cela aussi, en cela surtout, leur sort fut exceptionnel. Il le fut une dernière fois, après qu’on les ait cachés, au fond de camions bâchés, à la descente du bateau qui les ramenait en France. Il leur fallu attendre quarante-cinq ans, et mener une âpre lutte, pour que soient enfin reconnus leurs sacrifices et toutes les séquelles dont ils continuent à souffrir.

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Guerre d’Indochine

Les prémices : 1945-1946

  •     Mai 1945

Le Vietnam remplace « nominalement » l’Indochine. Ho Chi Minh constitue un comité de libération.

  •     Juin 1945

Leclerc, chef du Corps Expéditionnaire en Extrême Orient

  •     Août 1945

Appel de Ho Chi Minh à l’insurrection. Capitulation du Japon. En Indochine : les japonais sont désarmés par les troupes chinoises au nord du 16e parallèle et par les forces britanniques au sud. L’Amiral Thierry d’Argenlieu Haut-commissaire en Indochine. Arrivée de Ho Chi Minh à Hanoï. Arrivée de Sainteny à Hanoï avec un chef de l’OSS. Création d’un Comité de Libération du Sud par le Vietminh. Abdication de l’empereur Bao Daï en faveur du gouvernement de Hanoï. Parachutage de Cédile en Cochinchine et de Messmer au Tonkin. Formation d’un Gouvernement de la République du Vietnam sous la présidence d’Ho Chi Minh.

  •     Septembre 1945

Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam. Arrivée des premières troupes franco-britannique à Saïgon sous les ordres du général Gracey. Les troupes chinoises entrent à Hanoï. Constitution du gouvernement provisoire du Vietnam sous la présidence d’Ho Chi Minh.

  •     Septembre 1945

Saïgon : massacre à la cité Héraud par des terroristes Vietminh.

  •     Octobre 1945

Arrivée de Leclerc à Saïgon. Occupation de Mytho par les troupes française . L’amiral Thierry d’Argenlieu arrive à Saïgon.

  •     Novembre 1945

Occupation de Vinh Long et de Tay Ninh par les troupes française. Des troupes du 6e RIC débarquent à Nhatrang.

  •     Décembre 1945

Incidents à Hanoï entre le Vietminh et le Dong Ming Hoï soutenu par les nationalistes chinois. Les deux tiers de la Cochinchine sont contrôlés par l’administration française ainsi que le Cambodge, Nhatrang et Ban Me Thuot.

  •     Mars 1946

Hanoï : accords Saintenay-Ho Chi Minh. Débarquement français à Haïphong. Leclerc à Hanoï s’entretient avec Ho Chi Minh. Entretien Thierry d’Argenlieu – Ho Chi Minh en baie d’Along.

  •     Avril 1946

Début de la conférence de Dalat.

  •     Juin 1946

Les troupes chinoises commencent à évacuer Hanoï. Incidents et attentats à Hanoï.

  •     Août 1946

Conférence de Fontainebleau France-Vietminh. Deuxième conférence de Dalat.

  •     Septembre 1946

Modus vivendi franco-vietnamien (Moutet-Ho Chi Minh)

  •     Octobre 1946

« Epuration » de l’opposition nationaliste par des comités d’assassinats créés par Giap.

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Chronologie

1624-1767 : Découvertes – Missions et Comptoirs

 

  •     Les missionnaires et les marchands sont les premiers Français qui ouvrent l’Indochine au monde occidental.
  •     Au XVIIème Siècle, un Jésuite, le Père Alexandre de Rhodes fut le créateur de la transcription phonétique de l’Annamite, le « Quoc-ngu ».
  •     En 1658 sera créé la Société des Missions Etrangères de Paris qui organisera une église Vietnamienne avec un clergé autochtone.
  •     Au XVIII ème Siècle, la Compagnie des Indes obtient une licence de commerce du roi de Cochinchine.

1767-1858 – L’unification du Vietnam – Les Martyrs

  •     L’Empire du Vietnam se forme avec l’Empereur Gia Long.
  •     Il unifie les « Trois Ky » (Cochinchine, Annam et Tonkin) grâce au soutien de Mgr Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, et de volontaires français (marins, ingénieurs etc.).
  •     En 1787 est signé par l’évêque d’Adran, pour Nguyen Anh (Gia Long) et le ministre des Affaires étrangères de la France un traité d’alliance offensive et défensive entre Louis XVI et le roi de Cochinchine.
  •     En 1788, Mgr Pigneau de Béhaine ne reçoit pas du Gouverneur de Pondichéry les troupes qu’il demande pour Nguyen Anh. L’évêque d’Adran obtient le concours de volontaires français et Nguyen Anh le nomme généralissime des forces Cochinchinoises.
  •     En 1806, Nguyen Anh se proclame Empereur sous le nom de Gia Long et unifie le Vietnam.
  •     Les successeurs du grand Empreur-Minh Mang, Thieu Tri et Tu Duc- veulent fermer le pays à l’influence occidentale et chrétienne. Ils persécutent les catholiques, notamment des missionnaires français. La France est obligée d’intervenir et envoie des forces navales devant Tourane.

1858-1885 – L’occupation Française

  •     L’escadre française débarque à Tourane, prend Saïgon et occupe la Basse-Cochinchine. Un protectorat est établi sur le Cambodge et bientôt sur le Laos. Une expédition sur le Mékong ouvre la route vers le marché Chinois.
  •     Francis Garnier intervient en faveur d’un commerçant : Jean Dupuis. Il prend Hanoï et occupe le delta du Tonkin. Il est tué par les Pavillons Noirs.
  •     Le commandant Rivière s’empare à nouveau de Hanoï. Il est, lui aussi, tué par les Pavillons Noirs.
  •     Jules Ferry décide d’une intervention au Tonkin. La Chine reconnaît le protectorat de la France sur l’Annam et renonce à ses droits sur le Tonkin.

L’attaque de la citadelle d’Hanoï par Francis Garnier, le 20 novembre 1873, par la porte sud-est. Construits sur ordre de l’empereur Gia Long en 1805, les remparts à la Vauban étaient l’oeuvre des élèves des officiers français, compagnons de l’évêque d’Adran. Ils furent rasés entre 1894 et 1897.

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