ANAPI

Rappel historique

Les prisonniers de la guerre de Corée.

 

12 soldats du Bataillon Français de l’ONU en Corée furent fait prisonniers par les troupes nord-coréennes et chinoises.

Ils furent certes peu nombreux en comparaison du nombre des prisonniers des Japonais et du Vietminh en Indochine. Pourtant, dans le cadre de son devoir de mémoire, l’ANAPI se devait de ne pas les oublier.

Traités sans ménagements, mal nourris, ils subirent à l’occasion le même lavage de cerveau que les prisonniers du Vietminh…


1 – Rappel historique

La Corée, le pays du « matin calme », est une péninsule montagneuse d’Asie entre la Chine et le Japon. Sous domination japonaise de 1910 à 1945, ce pays fit l’objet en février 1945, à la conférence de Yalta, d’une partition à la hauteur du 38ème parallèle; les soviétiques devant désarmer les troupes japonaises au Nord et les américains au Sud. En fait cette ligne de démarcation devint une frontière politique, les soviétiques ayant installé dans leur zone une « démocratie populaire », très tôt menaçante pour la Corée du Sud.

En 1949, la Chine est devenue communiste. La Corée du Sud occupe une position stratégique en Extrême-Orient. Le Japon est neutralisé et les Etats-Unis centrent leurs efforts sur la protection de Taiwan et l’aide aux français en Indochine. La Corée du Sud, qui n’entre pas dans l’aire de sécurité américaine et ne dispose que d’une petite armée sans aviation et sans blindés, constitue une proie tentante en même temps qu’une étape pour l’expansion communiste.

Le 25 juin 1950, les forces Nord-coréennes franchissent le 38ème parallèle. Ainsi s’ouvre le conflit le plus important de la guerre froide qui oppose le monde communiste au monde démocratique ; il s’internationalise immédiatement ; Le président des Etats-Unis, Harry TRUMAN, ordonne aux forces américaines du Pacifique d’intervenir aux cotés de la petite armée sud-coréenne ; initialement ils ne pourront ensemble qu’à peine contenir la puissante armée des agresseurs ; coréens et américains se retrouvent assiégés dans un périmètre restreint autour du port de Pusan.

Le 27 juin 1950, le Conseil de Sécurité de l’ONU, en l’absence de l’Union Soviétique, prend une résolution, soutenue par les Etats-Unis, décidant la constitution d’une armée formée de seize nations, dont la France, qui envoie un navire et plus tard un bataillon de volontaires commandé par le général MONCLAR

Les forces des Nations-Unies vont reprendre l’initiative, encercler les nord-coréens par un débarquement sur leurs arrières, et pousser jusqu’à la frontière chinoise. Mais la Chine intervient à son tour avec des « volontaires », ainsi que l’U.R.S.S. par des moyens aériens ; cette puissante réaction ramène les forces alliées à la hauteur du 38ème où le front se stabilise après d’âpres combats.

Le 23 juin 1951, alors que le conflit se transformait en guerre de position, les délégués soviétiques à l’ONU proposèrent que les belligérants de Corée ouvrent des discussions afin de parvenir à un accord de cessez-le-feu. Le 10 juillet 1951, après des discussions préliminaires, des représentants des commandements de l’ONU et des forces communistes commencèrent les négociations de trêve à Kaesong, en Corée du Nord. Les discussions se poursuivirent par intermittence pendant deux ans. Le 27 juillet 1953, l’armistice fut signé à Panmunjom entre les représentants de l’ONU, ceux des volontaires chinois et de la Corée du Nord. Les discussions se poursuivent depuis pour un traité de paix et une réunification qui restent à réaliser.

La guerre de Corée, par l’ampleur des moyens matériels et humains mobilisés des deux côtés, par sa durée, par les risques d’embrasement auxquels elle exposa un monde coupé en deux blocs, constitua l’apogée de la guerre froide.

Cette « guerre oubliée », extrêmement meurtrière, où les civils furent deux fois plus nombreux que les militaires à trouver la mort, laissa le pays dévasté sans que soit modifiée la division antérieure de la Corée. Les pertes humaines (tués, disparus et blessés) étaient estimées à 4 millions. Environ 147 000 militaires sud-coréens furent tués et 210 000 blessés, tandis que les pertes militaires nord-coréennes étaient estimés à 300 000 morts et 220 000 blessés. Le nombre des victimes civiles dépasserait 2 millions de personnes. Les États-Unis comptèrent 157 530 victimes (33 629 morts, dont 23 300 au combat) ; les pertes des autres nations de l’ONU se montèrent à 16 532, dont 3 094 morts. Les pertes chinoises furent estimées à 900 000, dont 200 000 tués.. Le bataillon français perdit 287 tués et plus de 1.000 blessés.

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La journée nationale

Pour la première fois, le 8 juin 2005, partout en France, fut célébrée la journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine.

A Paris, la cérémonie officielle célébrée avec faste dans la Cour d’Honneur des Invalides, en présence de Madame ALLIOT – MARIE, Ministre de la Défense et de Monsieur HAMLAOUI MÉKACHÉRA, Ministre Délégué aux Anciens Combattants, a revêtu un caractère particulièrement émouvant avec l’hommage rendu à la dépouille d’un combattant qui vient d’être retrouvé au Vietnam et rapatrié sur la Métropole.

Voici les textes lus par Madame ALLlOT-MARIE, Ministre de la Défense et par M. Jean Marie ROUART, de l’Académie Française.

Hommage
de Madame Michèle Alliot-Marie
Ministre de la Défense

Il y a 51 ans, les armes se taisaient en Indochine.

Ce silence clôturait un siècle d’épopée française en Extrême-Orient.

Il mettait un terme douloureux à une guerre de huit ans commencée au lendemain de la cruelle occupation japonaise.

Loin de leurs foyers, sur des terrains inhospitaliers, face à un adversaire insaisissable, valeureux et sans cesse mieux armé, les combattants du corps expéditionnaire français ont lutté inlassablement, avec une foi, une ardeur, un courage et un dévouement qui forcent l’admiration et imposent le respect.

Leur sacrifice fut immense.
Leur tribut fut celui de la souffrance, du sang, et de la mort.

De 1945 à 1954, près de 100 000 soldats de l’Union française sont tombés en Indochine. Plus de 76 000 ont été blessés.

40 000 ont été fait prisonniers.
Parmi eux, 30 000 ne sont jamais revenus.
L’éclat de leur bravoure, le panache de leur engagement ne rencontreront trop souvent, en métropole, que l’indifférence ou l’hostilité de leurs concitoyens.

Tous ces combattants ont lutté, ont souffert, sont morts, avec, sans doute, le sentiment amer de l’abandon, la blessure ultime de l’ingratitude.

Ne les oublions pas.

Parachutistes, légionnaires, coloniaux, tirailleurs, métropolitains, gendarmes, marins, aviateurs, médecins et infirmières : ils venaient de France, d’Europe, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire.

Leurs frères d’armes vietnamiens se battaient pour leur terre, pour leur liberté, par fidélité.

Ils étaient jeunes.
Ils sont morts au détour d’une piste, dans la boue d’une rizière, dans un camp de prisonniers.

Aujourd’hui, pour la première fois, la Nation rend officiellement un hommage solennel à nos combattants d’Indochine.

La France n’oublie pas.

A cette occasion, nous nous recueillons devant la dépouille d’un de ces combattants.

Il est tombé là-bas, il y a plus de 50 ans, quelque part au bord de la NAM YOUN, dans la plaine de DIÊN BIÊN PHU, ultime théâtre de ce drame dont la grandeur nous dépasse.

A travers lui, c’est à l’ensemble de ses camarades que nous rendons hommage.

Que les combats de nos soldats en Indochine puissent rester gravés à jamais dans la mémoire du peuple français.

Leurs actions héroïques étaient l’aboutissement d’une certaine conception du monde, dont les principes ont pour nom liberté, justice et démocratie.

Aujourd’hui, dans ces pays, après de longues années de nouvelles souffrances, la guerre appartient désormais à l’Histoire.
De nouvelles pages de paix, de coopération et d’amitié ont été écrites et s’écriront encore.

Dans un monde incertain, où la paix n’est jamais acquise, que le souvenir des exploits de nos combattants, que la force des valeurs qu’ils ont illustrées, nous aident à rester debout, en hommes libres, vigilants et déterminés.

Honneur aux combattants d’Indochine !
Hommage
de Monsieur Jean-Marie Rouart
de L’Adadémie Française

Dans cet instant où nous évoquons la guerre d’Indochine, nous sommes étreints par un sentiment où il entre autant d’excitation que de tristesse. Notre cœur est partagé.

Excitation devant l’un des plus beaux exemples de courage des soldats français. Tristesse que ce courage ait rencontré tant d’indifférence, tant d’incompréhension de la part de la Nation. Cette guerre, qui a la force d’un terrible symbole, ranime le souvenir de tous les combattants de la guerre d’Indochine, quels que furent leurs armes, leur grade, qu’ils fussent membres du Corps expéditionnaire, légionnaires, supplétifs indochinois, Tabors marocains. Tous furent non seulement français par le sang versé, par la souffrance, par l’idéal, mais ils appartiennent désormais à une même fraternité. Tous mêlèrent leurs rêves, leur courage, leur sang sur la terre rouge du Tonkin ou dans les eaux boueuses des rizières de Cochinchine ou d’Annam.

A côté de ces grandes batailles perdues, comme Dien Bien Phu ou Cao-Bang, qui suscitèrent tant de héros galvanisés par l’énergie du désespoir, n’oublions pas les combats plus obscurs: eux aussi ont donné lieu à des actes lumineux de bravoure. Leurs noms exotiques, difficiles à prononcer, ne parlent plus qu’à de rares survivants. Ils nous dessinent tous une géographie du sacrifice: THAT-KHÉ, COC XA, HOA-BINH, TAY NINH, la Rivière noire, le Fleuve rouge, la Plaine des Joncs, les marais de CAM AU, la Route coloniale n°1, que les soldats appelaient« la rue sans joie », la RC4 qu’ils appelaient « la route de la mort », le col des ANANAS, celui de LUNG PHAI, si propice aux embuscades. N’oublions pas, plus anonymes encore, ces soldats de vingt ans qui défendaient, à 14000 kilomètres de leur patrie, les fortins accrochés à des pitons calcaires encerclés par la jungle. Sous un soleil sans pitié ou sous la pluie tiède des moussons, seuls avec leur idéal et leur drapeau. Ils montrèrent un héroïsme d’autant plus poignant qu’il fut sans témoin, sans mémoire.

La ferveur que nous inspire le souvenir des combattants d’Indochine, ce sont eux qui nous l’ont transmise. Ils nous ont communiqué leur enthousiasme juvénile. Cette guerre cruelle, cette guerre tragique, ils voulaient la voir comme une belle aventure, au service d’une mission, au service des valeurs universelles de la France.

Beaucoup avaient répondu à l’appel de l’exotisme, du risque, du romanesque. Ils cherchaient, loin de leur terre natale, un sens à leur vie. Ils éprouvaient de la tendresse pour ce pays si beau, si attachant, qui flattait dans leur imagination des rêveries adolescentes. Aussi ont-ils vécu d’une vie intense des moments d’exception même s’ils les payèrent au prix le plus fort, celui de la mort, de la souffrance, de l’humiliation.

Mais ce n’est pas ici, dans une enceinte éclairée par la gloire militaire, qu’on va apprendre que le métier des armes comporte toujours le risque du sacrifice. Il est la marque de l’honneur militaire, cette poésie grave du devoir, qui lui confère une valeur spirituelle.

Cette reconnaissance de leur sacrifice, nous la devons aux morts de la guerre d’Indochine qui nous donnent parfois l’impression d’être des soldats oubliés, des morts sans sépulture. Mais nous la devons aussi aux vivants: les mutilés, les déportés des camps, à ceux qui ont perdu leur sang ou qui sont restés blessés à jamais dans leur âme. Au-delà de la vicissitude des combats, des aléas de la guerre et de la politique, ces soldats malheureux ont illustré des valeurs éternelles. Face à un adversaire dont /a bravoure fut égale à la leur, ils ont remporté par leur courage une victoire mystérieuse: elle laisse derrière eux un sillage de lumière et des étoiles qui ne s’éteindront jamais.

L’Hommage National aux morts pour la France en Indochine est depuis régulièrement célébré le 8 juin de chaque année.

Voir dans CD le dossier «  la célébration du 8 juin 2006 et celle du 7 juin 2007 à l’Arc de Triomphe à Paris.

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D’un goulag à l’autre

Les soldats prisonniers du Vietminh qui étaient originaires des pays de l’Est, essentiellement des légionnaires, furent « rapatriés » dans leurs pays d’origine via la Chine et L’U.R.S.S. Ils furent très souvent condamnés dans leur propre patrie pour avoir combattu « un pays frère dans une armée colonialiste ».

Certains survécurent. Leur histoire est méconnue. C’est pourquoi nous avons voulu rendre hommage à ces hommes qui ont combattu pour la France et la liberté en citant un extrait de ce récit du légionnaire RAZVAN si bien raconté par le colonel H. CARRARD qui fut attaché militaire à l’ambassade de France à Bucarest (1) :

« Le vieux RAZVAN était fatigué. Il avait tant bourlingué, il avait tant vu de pays, il avait tant souffert. Il avait si souvent perdu l’espoir, mais il s’était accroché, il s’était battu contre les autres et contre lui-même et s’en était sorti à chaque fois. Cette nuit, dans ce train brinquebalant qui le conduisait de Tulcea à Bucarest, il était un peu anxieux.

C’était la première fois qu’il revenait dans la capitale depuis si longtemps, depuis le tout début de sa mise en résidence surveillée; il y avait bientôt trente ans, quand il avait dû régler des questions administratives interminables, à l’époque où il fallait des permis pour se déplacer, où il fallait rendre compte au secrétaire du Parti du village, au commissaire de police, à je ne sais qui encore. Hier soir il avait quitté son village sans rien dire à personne. Certes il en avait longuement débattu avec Oana, sa femme chérie, sa compagne des si mauvais jours, mais c’était resté dans la famille, on n’avait plus besoin de la permission de personne. La dictature était par terre depuis bientôt six mois, on revenait comme avant la guerre, quand il avait vingt ans, dans sa Transylvanie natale. « Anxieux mais déterminé. Il était anxieux tout de même, car il ne reconnaîtrait pas Bucarest, et puis où était l’ambassade de France dans cette grande ville ? Mais enfin il en avait vu d’autres, n’est-ce pas, et il se débrouillerait bien pour trouver ce petit coin de France, but de son voyage et espoir de… de quoi au fait ? Pourquoi allait-il dans cette ambassade dans laquelle il n’avait jamais mis les pieds ? Qu’espérait-il ? Il n’en savait trop rien, mais enfin il avait été soldat français pendant cinq ans, et même plus, si on comptait ses vingt-sept mois de détention dans les camps viêts. Alors peut-être que la France pouvait faire un petit quelque chose pour lui, pour un vieux serviteur qui s’était bien battu pour elle, et pas dans n’importe quelle unité, à la Légion étrangère, au 3e REI., 10e compagnie du lieutenant Bonfils. Tout cela tournait et retournait dans sa tête au rythme des ruptures de rails et des aiguillages qui le secouaient sur sa banquette défoncée de 3e classe.

Recherché par la police soviétique. Il se rappelait son départ à la guerre en 1941, la mobilisation, le peloton d’élèves gradés dont il était sorti sergent de l’armée royale roumaine, puis le passage du Prut sur l’ordre du général Antonescu pour reconquérir la Moldavie aux Soviétiques qui l’avaient envahie un an plus tôt. Au Dniestr, on avait continué, on s’était battu comme des diables contre ces Russes tant haïs et tant craints, mais là on était avec la grande armée allemande; alors le jeune RAZVAN y était allé de bon cœur, spécialement contre les partisans qui perturbaient les communications, tant et si bien que le K.G.B. avait mis sa tête à prix. Aussi, quand le sort des armes se fut inversé, que l’armée roumaine fut reconduite chez elle, que le roi Michel retourna son armée contre les Nazis et fit alliance avec les Occidentaux et par conséquent avec l’ennemi d’hier, un certain nombre de soldats roumains, dont RAZVAN, qui s’étaient un peu trop fait remarquer par leur combativité, se trouvèrent recherchés par la police soviétique.

Il réussit malgré tout à passer entre les mailles, refit la guerre contre les Allemands et se retrouva à Vienne où cela devint de plus en plus difficile d’échapper aux recherches de la police soviétique. Que faire ? Revenir au pays alors que l’armée Rouge l’occupait et y établissait un régime communiste particulièrement dur et sans pitié ? RAZVAN n’en avait nulle envie. Aussi après deux ans et demi d’errance, se précipita-t-il sans hésitation dans un bureau d’engagement de la Légion étrangère française qu’il avait repéré quelque temps auparavant. Son engagement définitif datait du 28 février 1948, il s’en souvenait bien, il venait d’avoir vingt-huit ans et il était déjà un vieux soldat.

Engagé dans la légion pour l’Indochine. Il se remémorait ses classes en Algérie, à Sidi Bel Abbès, ses copains, dont beaucoup avaient disparu plus tard en Indochine, son embarquement sur le Pasteur à Mers El-Kebir au début du mois de septembre 1948.

Tout cela était bien loin, il était jeune et partait pour l’aventure, pour l’Orient. On allait simplement rétablir l’ordre dans une contrée exotique. Jamais il n’aurait pu penser qu’il souffrirait mille fois plus que ce qu’il avait vécu sur le front russe.

Et cette arrivée à Saigon, suivie du débarquement à Pointe Pagode, c’était le 25 septembre, il s’en souvenait nettement car le lendemain il avait été affecté à la 12e Cie du 3e REI, c’était un souvenir très précis. Il allait y rester jusqu’à ce que le troisième bataillon soit envoyé à Cao Bang en 1950. Cao Bang, horrible souvenir! Non pas la ville, mais son évacuation à laquelle il n’aurait jamais dû participer. En effet, début septembre 1950, il avait demandé une prolongation de séjour de six mois, alors qu’il était rapatriable et devait embarquer sur le Pasteur dans les premiers jours d’octobre. Il avait pris cette décision comme cela, un jour, pour rester avec les copains.

Cao Bang, on y était pourtant bien, la forteresse paraissait solide, et puis un jour, brusquement, sans préavis, en avant, direction Lang Son et au passage on devait secourir les copains du IIIe, assiégés à Dong Khé. Quel souvenir, cette marche à travers la jungle avec cette colonne invraisemblable de partisans, de femmes et d’enfants qui avaient disparu progressivement et ces combats contre une marée de Viêts. Au bout d’une semaine de marche et de bagarres, dans un terrain épouvantable où il avait fallu porter les copains blessés, à peine le temps de recouvrir les morts, à bout de munitions, exténué, il avait été fait prisonnier avec les restes de la compagnie du lieutenant Bonfils.

Prisonnier pendant vingt-sept mois, puis libéré vers son pays d’origine. Vingt-sept mois, il était resté prisonnier dans les camps viêt-minh; vingt-sept mois à marcher, vingt-sept mois d’humiliation, séparé des officiers et des sous-officiers, mais il avait tenu malgré la maladie et les privations. Enfin, début 1953, il avait été libéré avec d’autres camarades des pays communistes, pour leur malheur pas vers la France, mais chacun vers son pays d’origine. RAZVAN était donc parti avec ses compagnons d’infortune vers la Chine par divers moyens de transport, camions molotova, train, à pied bien sûr, jusqu’à une première étape à Pékin. Là, il avait essayé de prendre contact avec l’ambassadeur de Roumanie qui dans un premier temps l’avait écouté, puis, après avoir reçu des consignes, l’avait encouragé à rentrer au pays.

Sibérie, Russie et finalement Roumanie, quel souvenir épouvantable que cette arrivée dans son pays natal, dans sa patrie. Immédiatement il avait été interné, puis jugé pour trahison à la grande cause du socialisme, c’était en 1954. Le jugement avait été sans appel, dix ans de prison. Le style de l’administration française avait quelque chose de fantastique et de cocasse. On peut en effet lire sur les états de service de RAZVAN: “Prisonnier, rapatrié par la voie démocratique, ne s’est pas présenté aux autorités françaises lors de son rapatriement dans son pays d’origine” !

    Mis en prison, puis isolé en cellule. Il s’était retrouvé dans la plus sinistre des prisons, à Pitesti, la prison des expériences de rééducation. Par chance la grande période des tortures était passée, mais tout de même ce ne fut pas facile. Un jour, excédé par un gardien, il lui avait mis son poing dans la figure, résultat, deux ans de cellule sans voir personne, même pas les gardiens. C’est un petit oiseau qui l’avait aidé à survivre. Il venait tous les jours, à l’heure où on servait au reclus sa maigre pitance. Il lui donnait quelques miettes. Cette conversation quotidienne de quelques minutes à travers le soupirail avec ce petit moineau lui redonna l’espoir.

Mis en résidence surveillée, marié et père d’un enfant. En 1964 ou 1965, au moment de l’amnistie, il avait été libéré et mis en résidence surveillée quelque part du côté du delta du Danube, encore pour dix ans. Mais là, il avait trouvé Oana qui elle aussi avait eu des malheurs. Elle avait perdu son mari dans le camp de travail du canal Danube-Mer Noire. Ils avaient uni leur misère, s’étaient mariés et avaient eu un fils. Petit à petit, ils avaient acheté quelques outils, travaillé leur lopin de terre, mangé à leur faim, amélioré leur cabanon pour en faire une vraie petite maison et se refaire une vie après tant et tant de souffrances.

Et l’on était arrivé ainsi en 1989 et à la révolution qui avait abattu le tyran et sa dictature. C’est ainsi que RAZVAN se retrouvait dans ce train vers Bucarest. Ses pensées tournaient et retournaient. Comment arriver à l’ambassade de France ? Comment y entrer ? À qui s’adresser ? Les miliciens en poste devant la porte le laisseraient ils passer ?

Reçu à l’ambassade de France. En fait tout alla bien, il se présenta devant un parlophone et demanda à voir l’attaché militaire. L’idée lui en vint au dernier moment. Le colonel arriva assez rapidement. Il lui raconta son histoire. Ce fut assez long car il avait oublié son français, mais cela lui revint petit à petit. Il faisait bon dans ce bureau, le colonel l’écoutait avec attention et même lui semblait-il avec stupéfaction et admiration. Il se sentait tout ragaillardi. Son cœur se réchauffa de revoir ainsi, plus de quarante ans après, un officier français qui le recevait avec tant de chaleur et cet officier était un colonel. Il ne se souvenait pas d’avoir parlé à un colonel, même dans l’armée française. Au bout d’un bon moment, peut-être deux heures, le colonel le fit conduire au consulat où un fonctionnaire français releva tous les éléments d’identité possibles et lui demanda de repasser dans deux mois… »

Il avait servi la France avec honneur et fidélité et la France lui rendit cet honneur en le pensionnant et en lui remettant la Croix du combattant volontaire qu’il portait fièrement.

(1) Nous remercions le colonel Carrard, Amédée Thévenet et les éditions France Empire qui nous ont autorisé à reproduire ici ce texte qui peut aussi être retrouvé dans l’ouvrage d’Amédée Thévenet « LA GUERRE D’INDOCHINE racontée par ceux qui l’ont vécu », édition France Empire

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Les chiffres

Si l’on excepte la communauté civile de VINH, qui resta captive pendant presque toute la guerre d’Indochine dans l’indifférence la plus complète du gouvernement français, jusqu’au désastre de CAO BANG, rares furent les prisonniers français. Très peu de ceux qui furent capturés avant cette époque survécurent au traitement qui leur fut infligé. Les massacres de prisonniers, entre 1946 et 1950, les corps mutilés et déchiquetés font alors partie d’une panoplie de moyens au service de la stratégie de l’époque pour saper le moral des Français. Cette méthode du meurtre organisé se perpétra au-delà de 1950 pour les Vietnamiens que le Viet-Minh considérait comme nuisibles à sa cause .

Au Nord Viet-Nam, à partir d’octobre 1950, le Viêt-Minh, placé brusquement à la tête d’un contingent de trois mille prisonniers, organise un système de camps les regroupant selon leurs grades, leurs nationalités et l’intérêt qu’il entend en tirer en matière de propagande à court, moyen ou long terme. Parallèlement, l’état major Viet-Minh peaufine avec l’aide de partis communistes frères la mise au point des techniques de leur utilisation.

Au Sud Viet-Nam, les otages militaires et civils étaient peu nombreux. Ils furent dispersés au grés des opérations de guérilla dans les zones administratives viets du Nambo sans qu’un véritable regroupement ait jamais été réalisé.

Au Cambodge et au Laos, les cas de capture de civils ou de militaires français furent rarissimes et le problème, en conséquence, n’était pas traité.

On cite généralement le chiffre de 40000 prisonniers du Vietminh pour le conflit indochinois qui dura de 1945 à 1954. A la fin des hostilités, deux documents sur le nombre des prisonniers de guerre du Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient dans les camps Viêt-Minh de 1945 à 1954 furent établis :

l’un est un rapport du Médecin Commandant Martin d’octobre 1954
l’autre est une note n° 1929/EM CEC/MDL du 8 juillet 1955.

1° Situation établie par le Médecin commandant Martin

Disparus et présumés prisonniers à la date du 20 octobre 1954 (Depuis 1945) Libérés entre le 14 juillet 1954 et le 20 octobre 1954, faisant l’objet du présent rapport
Français 6449 2587
Légion Etrangère 6328 2567
Nord-Africains 6695 3369
Africains 1748 796
Autochtones 15759 1435
Total 36979 10754

2° Note n°1929/EMCEC/MDL du 8 juillet 1955

Français Légion Etrangère Nord-Africains Africains Total Autochtones Total général
PG et disparus
au 30 juillet 1954
6449 6329 6695 1774 21247 15859 37106
Personnels libérés fin 1954 2591 2570 3370 796 9327 1648 10975
Jugements de décès intervenus depuis 1954 985 481 146 22 1634 388 2022
Situation des manquants au
1er juin 1959
1982 2494 1679 283 6438 12927 19365

Ces chiffres relatifs au nombre de prisonniers et à celui des libérés, qui ne diffèrent que de quelques unités, sont fiables et ils ont été repris dans la thèse pour le Doctorat d’Université soutenue par le Colonel (er) Robert BONNAFOUS devant le Centre d’Histoire militaire et d’Etude de la Défense Nationale.

Aucun rapport officiel n’a été établi concernant les prisonniers civils. Ils auraient été de 2894 à 3021. En incluant les autochtones, ce chiffre se situe probablement bien au-dessous de la réalité. Combien furent libérés ? Probablement très peu.

Dans les premiers mois de l’année 1950, le Parti Communiste français, devenu une véritable base arrière du Vietminh, se déchaîna contre la guerre d’Indochine. L’un de ses responsables, Léo FIGUERES, membre du Comité Central et Secrétaire Général de l’Union de la Jeunesse Républicaine de France, arrive au Viet Bac. Il rencontre les dirigeants de la RDV (République Démocratique du Viet-Nam). HÔ CHI MINH, interrogé sur le sort des civils et des prisonniers de guerre internés sur son territoire, lui répond : “Nous faisons tout notre possible pour améliorer leurs conditions de vie. Ils sont mieux nourris que nous. J’ai reçu d’eux pas mal de témoignages de gratitude.” Cette réponse est publiée dans le journal “L’Humanité dimanche” du 22 octobre 1950. Le même HÔ CHI MINH lui suggère que des échanges de prisonniers soient l’occasion de contacts préliminaires qui ouvriraient la voie à des pourparlers politiques. Sur place, Léo FIGUERES obtient la libération de 52 otages français, dont des vieillards et des enfants pris à HONGAY, contre l’élargissement de centaines de prisonniers vietminh.

Ainsi voit-on poindre la stratégie vietminh vis-à-vis des prisonniers français : dans un but de propagande, on laisse partir, après les avoir endoctrinés, de petits contingents qui portent des noms pompeux comme celui de “combattants de la paix”.

Parallèlement, après octobre 1950, les cadres de l’armée française regroupés dans le camp N°1 sont amenés, à la suite de plusieurs mois d’un subtil lavage de cerveau sur des corps affaiblis, à signer un manifeste dénonçant la « sale guerre d’Indochine ».

Pour le Parti Communiste Français qui avait choisi nettement son camp, celui du Vietminh, le séjour de FIGUERES aboutit à l’envoi, sur demande des Viets, de deux militants français pour représenter le PCF auprès de la RDV : une délégation en quelque sorte. Les deux “Camarades coopérants” arrivent en Indochine en janvier 1951. Leur mission sera de conseiller le Viet-Minh sur les thèmes de propagande à développer à l’adresse des prisonniers de guerre du CEFEO. Ils seront aidés en cela par des conseillers d’autres Partis Communistes nationaux car l’Europe, par la Légion Etrangère, et tous les pays de l’Empire français se battent en Indochine.

Les prisonniers du Viet Minh devenus des matériaux de propagande, devaient, selon les lieux, les époques et les circonstances, servir ou mourir. Ce système savamment mis en place se traduit par une effroyable hécatombe. Quelques chiffres traduisent dans leur brutalité l’horreur à laquelle on était parvenu. Le taux moyen de mortalité dans les camps vietminh de 1946 à 1954 fut de plus de 60 %. Lorsque l’on rentre dans le détail, les constatations sont parfois ahurissantes. Sur les mille neuf cents prisonniers des camps 2, 4 et 5 qui furent capturés sur la RC 4 entre septembre et octobre 1950, seulement trente-deux survivants regagnèrent le camp N° 1 en août 1952. Le taux de mortalité fut donc de plus de 90%. Il s’agit dès lors ici d’extermination rapide.

Un peu plus de dix mille hommes furent faits prisonniers à Dien Bien Phû. Après de très durs combats, le commandement vietminh organisa pour eux une “marche de la mort” pour regagner les camps. En quatre mois de captivité, le taux de mortalité fut de plus de 70%. N’oublions pas que ce mépris de la vie humaine conduisit à la fin de la deuxième guerre mondiale les officiers japonais responsables de la marche de la mort des Philippines à la condamnation pour crime de guerre et à la pendaison.

Pendant toute la guerre d’Indochine, la Croix-Rouge ne reçut jamais l’autorisation de visiter les camps et les médecins prisonniers furent, sauf de très rares exceptions, interdits de pratique, et regroupés au camp des officiers.

Les prisonniers libérés revenaient épuisés, dans un état squelettique. La plupart durent être hospitalisés et leur vision évoquait celle des retours des camps de concentration.

Plus de 35 années se sont écoulées entre la libération des camps et le vote de la loi 89-1013 du 31 décembre 1989. Beaucoup d’anciens prisonniers sont morts au cours de cette longue période et dans leur très grande majorité, les survivants, pour ne pas dire la totalité, ont demandé à bénéficier du statut de Prisonnier du Vietminh (PVM) créé par cette loi.

La Commission nationale d’attribution du titre de PVM, présidée par le Directeur des Statuts, des pensions et de la réinsertion sociale du ministère des Anciens combattants a attribué, du 17 décembre 1990 à ce jour 2975 cartes reconnaissant le statut de prisonnier du Vietminh.

Parmi les bénéficiaires de celles-ci, 600 adhérents de l’ANAPI sont décédés.

Dans l’ignorance du nombre de bénéficiaires non adhérents à notre association qui ont pu également disparaître depuis l’attribution de leur carte, on peut estimer que le nombre maximum des survivants de cette tragédie n’excède pas 2000 à ce jour.

Taux de mortalité dans différents camps de prisonniers

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État des prisonniers

Tuer les prisonniers sans avoir à les brutaliser : telle était en général la manière d’agir du Viet-Minh, non seulement envers les soldats français du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO) mais aussi envers tous ceux, hommes ou femmes, vieillards ou enfants, militaires ou civils, étrangers ou nationaux, qui n’acceptaient pas le communisme apporté avec lui.

La famine organisée a été souvent le moyen employé, moins « voyant » que des exécutions sommaires, comme le firent souvent les occupants japonais, mais pouvant se révéler tout aussi efficace.

Notre corps est en constant remaniement. Pour ce faire, il a besoin que lui soient apportées les « briques » qu’il utilise. Cet apport se fait habituellement par l’alimentation. Quand un être humain est mis « à la diète », il perd du poids. Nous avons quasiment tous essayé de le faire, le plus souvent pour des motifs esthétiques.

II n’en est plus de même quand la ration alimentaire journalière est systématiquement abaissée et carencée. Notre corps commence par utiliser les graisses disséminées un peu partout en nous. Quand celles-ci ont totalement disparu, il va attaquer d’autres de nos constituants de base.

Les muscles. Ces derniers contiennent non seulement des graisses mais aussi des substances appelées protéines (ou protides) que nous trouvons d’habitude dans les mets d’origine animale et parfois aussi, mais différents des précédents et en moindre quantité, dans les produits végétaux. L’amaigrissement, qui en est la conséquence directe, peut être très rapide.

II est cependant des éléments dont nous ne pouvons pas nous passer et que nous ne savons pas synthétiser. II s’agit de certains « acides aminés », protéines spéciales d’origine uniquement alimentaire, animale et végétale, et de substances plus ou moins complexes, les vitamines. Le manque de ces dernières amènent l’apparition de maladies bien connues, telles que le scorbut, le rachitisme ou le béribéri, pour n’en citer que trois.

Les prisonniers du Viet-Minh ne recevaient souvent, et dans la plupart des cas, que du riz, à L’exclusion de tout autre mets. Ce riz est essentiellement composé d’amidon, un sucre, que la cuisson permet de digérer lentement. Mais rien d’autre.

Si les réserves corporelles d’un individu sont assez abondantes, la perte de poids qui survient immanquablement avec un tel régime, sera rapide mais pas toujours spectaculaire. Il n’en est pas de même si le prisonnier a subi avant sa capture, des conditions dures, alimenté plus ou moins régulièrement du fait des combats, ceux-ci apportant en plus un « stress » débilitant par lui-même.

Les prisonniers faits à Diên Biên Phú ont eu, parmi eux, une mortalité élevée car ils réunissaient souvent ces pré conditions. Le régime qui fut le leur ensuite, ajouté aux marches épuisantes, a conduit à ces apparences d’êtres humains, cachectiques, pouvant à peine se tenir debout. Beaucoup avaient dépassé le « point de non-retour ». Tous les traitements, y compris la reprise d’une alimentation équilibrée ou supplémentée, ne pouvait leur permettre de récupérer, quel que soit le temps mis à le faire. Ils décédaient avant.

L’absence de tout traitement des maladies qui atteignaient, un jour ou l’autre les prisonniers du fait de leur résistance amoindrie aux infections, ajoutée aux multiples agressions par divers parasites ou insectes, diminuait encore les possibilités de lutte de nos corps. Les blessures dues aux morsures de très nombreuses sangsues, conduisait inévitablement à une anémie importante, les éléments constitutifs du sang qu’elles nous prenaient, n’existant plus. Les diarrhées dues aux amibes nous ôtaient des sels minéraux, eux aussi indispensables et non renouvelés. Sans parler des diverses parasitoses que l’impossibilité de se laver correctement faisait se développer, poux, ascaris, ankylostomes etc…
Un autre facteur d’atteinte à la personnalité de chacun avait été ajouté par les geôliers. Forts des enseignements soviétiques et chinois, ils infligèrent à leurs victimes sans défense des manoeuvres qui devaient, dans leur esprit, aboutir à leur complet « retournement » politique : des “cours”, imposés souvent chaque soir, alors que tous n’aspiraient qu’à prendre enfin un peu de repos.

Les outrances de leurs discours, leur fausseté souvent, empêchaient qu’elles nous atteignent. Mais étaient plus dangereuses les auto-accusations de méfaits, réels mais le plus souvent imaginaires, dont le « peuple » avait été victime de la part du « coupable ». Le raffinement était que ce «  coupable  » devait parfois dire quelle devait être sa « punition », que seule la mansuétude de «  l’oncle Ho  » pouvait lui éviter, chantage cynique mais constant. Enfin, pour éviter une entraide toujours possible entre prisonniers, la délation avait été élevée au niveau d’une institution. Malheur à celui qui ne dénonçait pas un camarade, quelle que soit la vétille dénoncée. Il risquait autant que l’auteur du «  crime  »

Résister à tout cela était épuisant, dangereux, augmentait encore les risques d’en subir les conséquences néfastes. Pourtant, nous avons pu quand même nous épauler, nous aider à subir ces contraintes. Les traces laissées en nous, qui avons survécu, sont ineffaçables. Nous aurions pu espérer qu’à notre libération, les conditions inhumaines de notre captivité étant connues, des psychiatres ou des psychologues viendraient nous aider à reprendre pied dans notre milieu sans trop de dégâts. A la place, nous avons eu droit à des interrogatoires par la Sécurité Militaire, nous stressant encore davantage. Nous n’avions pourtant pas besoin de ce surplus de défiance manifeste.

 

Tableau récapitulatif nosologique
de la morbidité des prisonniers de guerre libérés

Français Légion étrangère Nord-Africains Africains Indochinois Civils Total
Non classés 62 83 137 12 22 2 318
Bon état 139 148 148 21 60 516
Maladies infectieuses 17 16 18 1 52
Ictères 19 5 4 1 29
Tuberculose 10 14 21 45
Troubles mentaux 4 4 1 1 10
Cachexies 75 72 31 1 179
Paludisme 251 330 516 5 31 1133
Amabiase et troubles digestifs 351 517 448 39 12 1367
Amabiase hépatique 8 5 4 1 18
Troubles nutritionnels et oedèmes 118 128 48 2 206
Autres carences 8 8 5 31
TOTAL 1062 1330 1381 81 128 2 3984
Chirurgicaux légers 76
4060

Les photos et les chiffres contenus dans ces pages proviennent des Archives de Vincennes et figurent dans la thèse du colonel Robert Bonnafous sous le titre “Les prisonniers du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient dans les camps Viêt Minh (1945-1954)”.

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Environnement administratif des libérés

Les prisonniers libérés reçurent une avance de solde sur les arriérés de solde bloqués pendant leur séjour ( sur ces arriérés il sera retenu la prime d’alimentation correspondant au temps de captivité ! ).

Ils percevront une autre avance à leur arrivée après rapatriement, puis ils sont oubliés. Il faut attendre l’intervention à la chambre des députés de Roger MOREVE, député de l’Indre, pour que le gouvernement prenne les mesures nécessaires au paiement de ce qui est dû.

Les libérés perçoivent un petit paquetage, mais beaucoup piochent dans leurs avances pour acheter vêtements civils ou équipements de fantaisie à la grande satisfaction des commerçants locaux. La reconstitution de leurs pièces militaires ou civiles détenues au moment de la capture est entreprise.

Rapatriement

D’une façon générale les prisonniers à rapatrier sur la métropole, l’Afrique du Nord ou d’autres territoires comme Madagascar ou Pondichéry furent rassemblés à Saïgon en vue de leur rapatriement et leur régularisation administrative définitive. Quelques uns ont été volontaires pour terminer leur temps réglementaire de séjour en Indochine.

Ils ont été répartis dans différents points d’hébergement suivant leurs grades ou leurs affinités ou leurs origines pour les soldats venant des autres territoires de l’Union Française que la Métropole. Certains ont connu encore un séjour hospitalier.

Les embarquements se font à la discrétion du commandement pour les hommes du rang et les sous-officiers, pratiquement exclusivement par mer sauf pour des évacuations sanitaires d’urgence avec emploi de la voie aérienne.

Il convient de noter que dans un élan de fraternité dans la lutte contre le communisme les Etats-Unis offriront à des blessés de Dien-Bien-Phu un rapatriement par leur territoire où certains connurent un séjour paradisiaque en Californie. Ce privilège fut aussi accordé à quelques officiers.

Les officiers peuvent , en général, choisir leur mode de rapatriement, beaucoup choisissent le retour par bateaux pensant ainsi augmenter leur temps de convalescence et être dans la meilleure forme au pieds des passerelles de débarquement. Pour ceux qui choisissent la voie des airs, l’Inde interdisant le survol de son territoire à des militaires français (alors qu’elle vend des fournitures au corps expéditionnaire), il est nécessaire d’établir des passeports civils, qui devront être rendus à l’arrivée en métropole.

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Prisonniers militaires libérés après le 15 juillet 1954

Les circonstances :

Les libérations se déroulèrent après la la conférence de TRUN GIA et concernèrent 6319 prisonniers.

Les lieux de libération ont été :

  • VIETRI ( nord-ouest du delta tonkinois ) pour les captifs des camps du nord dont le camp n°1.
  • SAMSON, « plage » de THAN-HOA, dans la province de même nom, en NORD-ANNAM, à l’embouchure du fleuve MA.
  • QUI-NHON, au SUD-ANNAM.

A VIETRI ont été rendus, entre août et septembre 1954 les prisonniers des camps du NORD-TONKIN, capturés au TONKIN et à sa périphérie, au NORD-LAOS et en ANNAM (régions nord et centre), et une partie des survivants de DIEN-BIEN-PHU.

A SAMSON ont été libérés les sous-officiers et soldats capturés au sud de la ligne HANOÏ-HAÏPHONG et ceux de DIEN-BIEN-PHU dirigés vers les camps du THAN-HOA, des officiers venant du sud et du centre de l’ANNAM, 4 officiers venant du THAN-HOA. Le1er septembre 1954 avaient été libérés sur la plage, depuis la fin juillet environ 2300 prisonniers dont 11 officiers. A partir du 15 septembre jusqu’à mi-octobre des prisonniers du LAOS ont été rendus, les viêts ayant fait valoir que le LAOS étant indépendant, les prisonniers des rebelles laotiens ne pouvaient être mélangés avec ceux du viêt-minh, raisonnement parfaitement spécieux et démenti par les faits.

A QUI-NHON ont retrouvé au mois d’août 1954 les prisonniers provenant de l’encadrement d’unités supplétives, de commandos , de parachutistes vietnamiens et surtout du groupement mobile n°100 constitué à partir du régiment de Corée renforcé par des unités toutes armes prélevées sur le corps expéditionnaire, toutes ces formations ayant subi des pertes sévères en ANNAM du sud et sur les Hauts-Plateaux Montagnards.

Des données précises manquent mais les estimations permettent d’avancer avec grande réserve les nombres de :

  • 1800 libérés à VIETRI
  • 2700 libérés à SAMSON
  • 1000 libérés à QUI-NHON

Ces données n’aboutissent pas au nombre de prisonniers effectivement libérés mais il y a vraisemblablement des petits détachements de captifs ou des isolés qui ont pu rejoindre nos lignes en d’autres endroits.

L’accueil des prisonniers libérés :

Les prisonniers sont rassemblés à proximité des lieux d’embarquement, les évacuations se faisant par voies fluviales et maritimes avec les moyens de la marine nationale. Dans le cas particulier de SAMSON les prisonniers ont fait parfois l’objet de transbordements sur des navires civils attendant au large dont le Skogum, le Skubrin et le liberty-ship Le Brest, qui avaient ramenés des prisonniers viêts libérés en provenance d’HAÏPHONG.

La commission de contrôle est constituée par des polonais et des hindous. Ils font preuve d’indifférence si ce n’est de mépris pour les français, aucun des membres de ces commissions n’a été vu visitant un lieu de rapatriement, les polonais en bons communistes se doivent de considérer les français comme des colonialistes affectés de tous les défauts et les hindous ont une attitude pleine d’antipathie pour le corps expéditionnaire.

Cette attitude a conduit le gouvernement indien a interdire la présence à bord des avions survolant leur territoire de passagers militaires même pour des vols à caractère sanitaire comme le rapatriement de prisonniers libérés. Les sympathie de la commission vont au viêt-minh.

Avant la montée à bord des bâtiments de la marine des prisonniers des représentants de l’armée avec des membres du personnel de santé sont autorisés à voir les futurs embarqués pour un inventaire et un constat d’état sanitaire afin de définir des priorités pour les soins. Ce personnel monte beaucoup de froideur dans ses rapports avec les libérables et l’accueil chaleureux des marins sur les bateaux efface le malaise causé par l’inspection à terre. Il n’existe évidemment aucune cellules de soutien psychologique. Ce soutien psychologique était de lui-même apporté par le plaisir de quitter l’enfer démocratique populaire et de penser aux bienfaits de la liberté.

Des cas particuliers peuvent exister mais il n’y a pas de service social à bord des navires de débarquement servant aux évacuations. Il y a un détachement de liaison avec un officier ou un sous-officier dont le rôle auprès des passagers est assez vague. Sur les gros navires entre SAMSON et HAÏPHONG la présence d’une représentante du personnel féminin de l’armée de terre et d’un officier ou sous-officier tient lieu de service social.

En 1954, à leur arrivée dans le port de débarquement (par exemple HANOÏ et HAÏPHONG pour les prisonniers du Tonkin, Than-Hoa et Nord Laos) un détachement rend les honneurs et de multiples autorités de grades parfois élevé assurent un accueil vite abrégé par le transport en véhicules sanitaires vers les hôpitaux où est effectué le tri des gens et leur envoi en hospitalisation ou en centre d’accueil ou de repos.

Il convient de citer que sur la totalité des prisonniers libérés (10754) 6132 durent être hospitalisés pour des durées de quelques jours, quelques semaines souvent et quelques mois parfois. Parmi les hospitalisés, dans les premiers jours 61 ne survécurent pas.

A l’hôpital CIAIS d’HAÏPHONG les malades ont droit le lendemain ou surlendemain de l’arrivée à un passage de dames bénévoles de la croix rouge qui se chargent de faire parvenir un message à la famille et apportent des articles de toilette. Il se peut que la sécurité militaire procède à quelques interrogatoires mais l’état-major délègue des enquêteurs de rang hiérarchique supérieur à celui qui doit être interrogé pour connaître des détails sur les conditions de capture avec parfois une indifférence choquante devant l’évocation des pertes au combat et en captivité et devant les conditions vécues dans les camps. Il y a un fossé d’incompréhension entre les anciens prisonniers et beaucoup de militaires, en particulier ceux qui ont peu connu les affrontements avec les viêts.

Les libérés subissent une visite médicale et les plus valides qui ont besoins de petits soins courants et surtout d’une bonne nourriture vont vers des centres de repos comme VATCHAÏ au Tonkin ou DALAT au nord de la Cochinchine. Ceux qui n’ont que quelques jours d’hôpital ont le même sort.

Les hospitalisés, sauf évidemment ceux dont l’état nécessite des soins de longue durée se retrouvent à DALAT qui devient le point de passage obligé de tous les futurs rapatriés sauf cas exceptionnels. L’hôpital installé à côté de l’Ecole d’Enfants de Troupe reçoit des malades ayant quitté les hôpitaux du nord sans être guéris. C’est à DALAT que beaucoup réapprennent à vivre.

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Prisonniers militaires libérés avant le 15 juillet 1954

Les circonstances :

Il convient de placer dans ce cadre les évacuations de grands blessés pour lesquelles la croix rouge est intervenue bien que le viêt-minh ne reconnaisse pas la Convention de GENEVE grâce au Professeur HUARD, Président de la croix rouge en Indochine qui fit jouer ses relations avec des cadres viêts.

Fin octobre 1950 200 blessés des combats de la R.C.4 furent rendus dans le secteur de That-Khé.

Le 23 septembre 1950, 25 blessés ont été échangés en Annam contre un nombre de blessés viêts très supérieur.

Le 12 février 1951 , 46 blessés furent échangés à Tuyen-Quang également contre un nombre important de blessés viêts.

A DIEN-BIEN-PHU 872 grands blessés furent évacués par air après les combats.

Les nombres de libérés pendant cette periode sont les suivants (d’après la thèse soutenue par Robert BONNAFOUS) :

1947/1948 26
1949 22
1950 379
1951 1049    dont le convoi « Henri Martin » les 11 et 12 juillet, et le convoi « Figuéres » du 12 septembre.
1952 1310    dont 5 officiers le 6 octobre
1953 777
1954 872 grands blessés de DIEN-BIEN-PHU en mai et juin 1954

Le nombre des libérés avant le 15/07/54 serait donc de 4435.

L’organisation viêt-minh était la maîtresse du choix des libérés. Elle tenait au principe que les prisonniers rendus devaient être physiquement présentables pour éviter un discrédit flagrant relatif au traitement des captifs, tant pis pour les cadavres ambulants peuplant les camps.

Quelques interventions d’élus de la métropole, de toutes tendances, auprès de leurs collègues communistes furent suivies d’effets. Une ancienne appartenance aux F.T.P.F. a pu jouer pour certains gradés. Le Professeur HUARD serait intervenu pour quelques cas isolés.

Les libérations se faisaient généralement dans quelques secteurs de la périphérie du delta tonkinois (c’est au Tonkin qu’étaient la majorité des camps). Les lieux les plus souvent cités sont Dong-Trieu, Viétri et Nam-Dinh.

Les groupes de libérés préalablement dotés de tenue de l’armée viêt ou de cu-nao (habillement des paysans) sont abandonnés à proximité de postes français qu’ils doivent rejoindre en se faisant reconnaître. Ils sont surveillés de loin par les commissaires politiques afin qu’ils évitent des “effusions avec les colonialistes”. Ils ont été pourvus de tracts que leur état de démocrates et combattants de la paix entraîne l’obligation de diffusion de façon ostensible. Les viêts profitent parfois de l’occasion pour tendre des embuscades aux véhicules venant chercher les libérés.

L’accueil des libérés :

Les chefs de postes accueillent les arrivants méfiance car ils peuvent être des déserteurs chargés de faire tomber le poste et ils rendent compte à leur autorité. Le bruit courait dans le corps expéditionnaire que les viêts massacraient les prisonniers (bruit utile pour maintenir la combativité, tout doit être fait pour éviter de tomber dans les mains de l’adversaire). Les libérés, placés en un endroit où ils sont surveillés pour déceler tout geste hostile reçoivent néanmoins nourriture et soins. Parfois un arrivant est reconnu par un occupant du poste et dans ce cas il a droit à une réception amicale mais discrète.

Le commandement donna des directives précises pour éviter les contacts avec les libérés. Ils sont donc transférés au sous-secteur et au secteur avant d’être envoyés vers les hôpitaux. Après la remise en condition vient la période des interrogatoires destinés à repérer les individus douteux pouvant porter préjudice au corps expéditionnaire. Les conditions de capture sont vérifiées par confrontation des interrogatoires et des comptes rendus des actions militaires du moment. Les interrogatoires portent sur les conditions de détention et l’identification de ceux restés en captivité et sur les emplacements des camps, ils concernent rarement la recherche de renseignements sur le potentiel de l’ennemi.

L’isolement se relâche pour les libérés ayant donné satisfaction aux interrogatoires et ils ont droit, en général, à un séjour dans un centre dit de repos où ils se remettent en condition physique. Néanmoins une surveillance est maintenue jusqu’au moment du départ vers la métropole ou les pays d’origine.

Si le service de santé a accordé avec dévouement des soins aux libérés, l’action des services sociaux ne peut être cernée et évaluée, même dans les centres de repos, et celle de la croix rouge est en fait concrétisée par l’envoi des informations aux familles des libérés.

Les évadés des camps de prisonniers étaient soumis pratiquement aux mêmes conditions que les prisonniers rendus.

Il convient de signaler que des légionnaires originaires des pays soumis à la tutelle de l’Union Soviètique furent rapatriés de gré ou de force par la voie dite démocratique et ils subirent presque tous à leur arrivée dans leur pays d’origine jugement et emprisonnement. Certains réussirent à se soustraire à une nouvelle captivité accompagnée de rééducation et à rejoindre la Légion. Quelques uns d’entre eux se retrouvèrent à Dien-Bien-Phu et soumis au plus grand danger d’être reconnus et exécutés malgré un changement de nom.

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Les otages civils

1. Les otages civils

En décembre 1946 le viêt-minh, en particulier à l’occasion des soulèvements de VINH et surtout HANOÏ s’empara d’otages civils, européens, métis et autochtones. Leur nombre a été estimé dans une étude produite en 1952 à 288 hommes,129 femmes et 25 enfants. Le nombre des enfants est peut être sous-estimé. Il y eut en 1952 également 146 disparus dans ces mêmes catégories de personnes.

Leur internement a été pénible. Les lieux de détention se situaient pour la majorité en NORD-ANNAM et en périphérie du delta tonkinois.

La majorité des hommes disparurent. Des femmes et des enfants furent libérées sous la forme d’une autorisation de rejoindre la zone tenue par le corps expéditionnaire, les dernières libérations se firent en 1953. Les hommes qui survécurent ont rejoint la liberté en 1953 pour quelques franco-vietnamiens et en septembre 1954 pour les rares européens survivants qui avaient d’ailleurs rejoint des camps de prisonniers militaires après deux ou trois ans d’isolement, ainsi que les civils français capturés après 1952 ( commerçants, cadres, aviateurs civils, gardes voies ).

Le grand problème rencontré par les otages civils dans leur réinsertion fut d’ordre matériel, ils avaient pour la plupart perdu leurs familles et leurs biens.

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Conclusion

Quels furent les effets et les conséquences du lavage de cerveau ? Le Viet-Minh eut-il réellement une volonté d’extermination à l’image des nazis : les similitudes sont troublantes et accablantes. Quelles furent les séquelles psychologiques et physiologiques sur les rescapés ? Quels enseignements en tirèrent les deux partis ?

D’abord apparaît la similitude des méthodes appliquées dans l’espace et le temps, ce qui montre l’extraordinaire emprise du PCI et partant du Dich-Van, qui manipulèrent les can-bôs comme de simples pions, des perroquets. Ils mirent en œuvre ces procédés iniques, insensibles aux souffrances qu’elles engendraient, avec « la cruauté nécessaire de la Révolution » si chère à Aragon. Imbus de leur racisme anti-blanc et de leur idéologie, ils agirent à l’image des nazis convaincus de la supériorité de la race aryenne. Les méthodes des systèmes totalitaires sont identiques.

L’extermination fut-elle systématique ? Elle ne semble pas avoir fait partie des objectifs du PCI (parti communiste indochinois). Elle résulta des carences engendrées par le « centralisme démocratique », incapable d’apporter une solution rapide et concrète aux problèmes posés par les succès de l’Armée du Viet-Minh. Celui-ci laissa donc mourir les prisonniers dans la plus grande indifférence, parfois même avec jubilation

De son côté, la France ne s’étant jamais résignée à déclarer l’état de guerre ne put nous faire profiter de la Croix Rouge ni des Conventions de Genève.

Le bilan fut accablant : deux sur trois disparurent. Peut-être ne furent-ils pas sciemment maltraités, mais le minimum nécessaire à leur survie ne leur fut pas assuré. C’est un constat par défaut : là réside le crime contre l’humanité.

Il est identique à celui perpétré dans les camps de déportations nazis, la comparaison est évidente à la différence près que, dans les camps viets, la mortalité fut plus importante.

Qu’ils soient fascistes ou marxistes, les régimes totalitaires engendrent les même maux : l’asservissement, la sous-alimentation et la paupérisation des masses. Mais, chez les Viets,à la torture physique s’ajouta la torture morale, ce qui détruisit non seulement les corps mais aussi les âmes.

Les conséquences physiologiques et psychologiques furent immenses. Si le lavage de cerveau contribua à faire mourir le plus grand nombre, il laissa chez les rescapés de profonds traumatismes psychiques durables, inconnus jusqu’alors.

Le Service de Santé, le Commandement et le Pouvoir politique mirent des années à prendre conscience des séquelles engendrées par ces blessures.

Par la suite, des enseignements furent tirés, chez les Viets avec promptitude, chez nous avec retard.
Les premiers améliorèrent sans cesse leurs méthodes cyniques, aussi bien à l’égard des prisonniers américains que, après la chute de Saïgon, auprès de leurs compatriotes, les militaires sud-vietnamiens.

Pour sa part, l’Armée française élabora une théorie de la guerre révolutionnaire et y chercha des parades. Elle créa les cinquièmes bureaux chargés de la guerre psychologique et subversive, où œuvrèrent notamment d’anciens thu-binh.

Les rescapés furent vaccinés à tout jamais contre le marxisme si dédaigneux de l’individu, dont était foulée au pied la dignité.

«  Lavés, ceux qui sont revenus ont gardé une horreur viscérale du communisme, qui demeure immuable et manie à merveille la peur, l’espoir, la naïveté, la délation, la lassitude et l’ambition  » (J.J.Beucler) exploitant chez l’homme ce qu’il a de plus mauvais. Il a endeuillé et pollué tout le XX° siècle.

Note : L’auteur de ces lignes a vécu lui-même tous les évènements qu’il a décrits au Tonkin, aussi bien dans les prisons du Yên Té, de Tha Nguyen et de Tuyen Quang que dans les camps N° 15, 113 et 25, en 1951 et 1952, en tant que témoin, acteur et victime.

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