Les opérations du groupement Cazaux sur la RC4 en octobre 1950

Rencontre avec un ancien combattant : Robert Schuermans
Le lundi 12 janvier 2026, une délégation de l’A.N.A.P.I de Bordeaux s’est rendue chez Robert Schuermans, ancien membre du 3e BCCP, afin d’évoquer les opérations sur la RC4 en octobre 1950. Il avait participé à ces événements au sein du groupement Cazaux, chargé de secourir les survivants des colonnes Le Page et Charton lors de l’évacuation de Cao Bang. La visite fut marquée par la présence des enfants de Jacques Dop, qui faisait partie de la compagnie Loth du 1er BEP, intégrée elle aussi au groupement Cazaux. L’entretien s’est révélé particulièrement émouvant et instructif, notamment grâce aux échanges sur la bataille du Déo Cat et l’anéantissement du groupement. Robert Schuermans a partagé en détail le récit de sa capture, apportant un témoignage riche en émotion.
Résumé des combats
Les combats menés par le groupement Cazaux sur la RC4 en octobre 1950 sont déjà largement documentés, notamment dans le livre de Cyril Bondrois consacré au 3e BCCP. Pour cette raison, le présent texte propose un bref résumé des opérations, sans s’attarder sur les détails des affrontements.
Effectifs et constitution des unités1
Le 3e Bataillon Colonial de Commandos Parachutistes (BCCP) comptait initialement 268 hommes répartis en deux groupes de commandos. À cette force s’ajoutait la compagnie Loth du 1er Bataillon Étranger de Parachutistes (BEP), forte de 136 hommes. Au total, l’ensemble du groupement mobilisé pour l’opération réunissait 404 combattants.
Déroulement des opérations en octobre 1950
Le 6 octobre 1950, le 3e BCCP, et la compagnie de marche du 1er BEP (compagnie Loth arriver le 21 septembre à Hanoï ), furent placés en alerte et reçurent l’ordre de sauter sur That Khé le 8 octobre à 18h. Ils formèrent alors un groupement sous le commandement du capitaine Cazaux.
Il convient de noter que les deux groupes commandos du 3e BCCP étaient en fin de séjour en Indochine et avaient déjà restitué leur matériel. Ils durent donc récupérer leurs armes, munitions et équipements pour participer à l’opération. Robert Schuermans rapporte notamment que son stick, qui comptait normalement 15 hommes, était réduit à 8 du fait de la maladie du reste de l’effectif. Ils n’avaient qu’une unité feu et, en tant que chef de stick, il ne disposait même pas d’une boussole pour s’orienter dans la jungle.
Missions et actions principales
La première mission confiée au groupement fut d’appuyer une unité dirigée par le capitaine Labaume, partie de That Khé pour recueillir les éléments des colonnes Lepage et Charton qui parvenaient à échapper à l’encerclement du Viet Minh. Au total, 650 hommes furent secourus, par l’unité du Capitaine Labaume et 23 rescapés du 1er BEP grâce au groupement Cazaux.
Le 8 octobre, depuis Langson, le général Carpentier prit la décision d’abandonner That Khé2.
Du 8 au 10 octobre, le groupement tint le pont Bascou au nord de That Khé et occupa la côte 703. Les deux groupes commandos du 3e BCCP accompagnèrent et protégèrent le repli sur That Khé, luttant pied à pied jusqu’à ce que les Viet Minh prennent la côte 703 dans la matinée du 10 octobre.
Le groupement s’installa ensuite en bordure de la RC4, un peu au sud du pont Bascou. Dans l’après-midi du 10 octobre, ils furent informés de l’évacuation de That Khé.
Le 11 octobre, le groupement Labaume et toutes les unités évacuèrent définitivement la ville. Le groupement Cazaux reçut l’ordre de se diriger à 22h30 vers That Khé pour franchir le pont sur la Song Ky Kong, mais celui-ci avait été détruit par les Viet Minh. Le passage d’un tabor sur la rivière occupa toute la nuit ; ce n’est qu’au petit matin que le groupement put traverser, grâce à des bateaux retrouvés sur la rive opposée, tout cela sous le feu ennemi.

En poursuivant leur progression sur la RC4, au niveau du col de Déo Cat, les postes Gallieni et poste 41, à l’est et à l’ouest, avaient été abandonnés et étaient désormais tenus par les Viet Minh. La section Dop3 tenta, par des assauts successifs, de faire sauter le verrou, mais perdit la moitié de ses effectifs. Le capitaine Cazaux, ayant épuisé tous les moyens de franchir cet obstacle, demanda le concours des unités précédentes sur la route, mais le commandement refusa de prendre de nouveaux risques et privilégia le repli de ceux qui avaient réussi à passer. L’aviation intervint avec des chasseurs qui mitraillèrent les positions ennemies et lâchèrent quelques bombes, mais sans résultat significatif, offrant seulement un réconfort moral. À mesure que le temps passait, le risque d’encerclement augmentait, scellant ainsi le sort du groupement et menant à son anéantissement.
Le 3e BCCP et la compagnie du 1er BEP n’atteindront jamais Na Cham. Pendant trois jours, ils luttèrent farouchement contre une nature hostile et les forces viet qui leur barraient la route. Ils furent finalement décimés et seuls quelques isolés échappèrent à la mort ou à la capture. Quatorze hommes du 3e BCCP réussirent à franchir les lignes ennemies.
Conclusion
Ce qui a particulièrement marqué les participants lors de cette discussion, c’est l’attitude de Robert Schuermans. Par ses actions, il a fait preuve d’un grand courage et d’une grande sérénité face aux événements. Comme beaucoup, il évoque ces souvenirs avec humour, dissimulant peut-être ses blessures intérieures. Toutefois, aucune haine n’a été ressentie vis-à-vis du pays, qu’il semble apprécier profondément.
Nous remercions chaleureusement Monsieur Schuermans pour son accueil et pour avoir partagé avec nous ces précieux souvenirs.
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3 Histoire de la compagnie de renfort du 1er B.E.P par le Lieutenant Loth « Képi Blanc »
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