Décès du Contrôleur général des armées Jacques Bonnetête : le 15 janvier 2026, une grande figure de l’ANAPI nous a quittés

Allocution prononcée par le général de corps d’armée Christophe de SAINT CHAMAS,

Gouverneur des Invalides, le mardi 27 janvier 2026 à l’Hôtel National des Invalides à l’occasion de la cérémonie d’adieu au Contrôleur Général des Armées Jacques BONNETÊTE décédé le 15 janvier 2026.

Contrôleur Général des Armées Jacques BONNETÊTE, les Armées françaises vous rendent les honneurs qui vous reviennent, et l’Institution Nationale des Invalides, cette famille des pensionnaires que vous aviez rejointe en juin 2023 et que vous quittez dans votre 95e année, vous dit adieu. C’est une vive émotion que nous ressentons, alors que nous sommes rassemblés aujourd’hui au coeur de l’Hôtel National des Invalides, panthéon des gloires militaires et maison des pensionnaires, dans cette cathédrale du diocèse aux armées, église des soldats et chapelle des pensionnaires.

Il me revient l’honneur d’être l’interprète de tous ceux qui sont venus aujourd’hui, vos frères d’arme, la légion étrangère, tous les contrôleurs que vous avez côtoyés et édifié, vos amis, votre famille, les pensionnaires et soignants de l’Institution qui vous ont soigné, accompagné, entouré et apprécié depuis votre arrivée aux Invalides, pour vous exprimer toute notre considération et notre profonde affection.

Jacques BONNETÊTE, vous êtes né le 7 novembre 1931 à Beyrouth. Votre père, membre

de la banque Indo-Suez enchaîne les affectations coloniales. Vous passez votre enfance au Liban et en Syrie, alors administrés par la France dans le cadre d’une mandature de la Société des Nations. Puis, vous découvrez Paris. Mais l’occupation allemande pousse votre famille à l’exil dans la région de Clermont Ferrand, région à laquelle vous resterez toujours attaché.

Après-guerre, vous obtenez une licence en droit et en sciences de l’éducation puis une

maîtrise de Droit Public. En avril 1952, vous êtes appelé à vos obligations militaires et rejoignez le 3e régiment d’infanterie coloniale en région parisienne. Vos aptitudes et votre niveau d’études vous permettent d’être sélectionné pour devenir officier sur titre. Vous êtes admis à suivre les cours de formation des élèves officier de réserve à l’école d’application de Saint Maixent et choisissez de servir dans les rangs de la Légion Etrangère.

Nommé aspirant de réserve, vous rejoignez en octobre 1952, le 1er régiment étranger d’infanterie à Sidi Bel Abbès en Algérie, puis sa 4e compagnie stationnée à Saïda. Vous demandez alors à servir en Extrême-Orient pour y achever le temps de vos obligations légales d’officier de réserve. Une aventure extraordinaire débute alors, au-delà de vos espérances et de votre imagination. Nommé sous-lieutenant, vous débarquez en Indochine le 4 avril 1953 et êtes affecté à la 6e compagnie du 3e régiment étranger d’infanterie. Chef de section, vous y découvrez la guerre que mènent les légionnaires depuis de longues années déjà. Votre unité est engagée au Nord Laos.

Vous vous distinguez d’emblée au combat à la tête de vos hommes que vous commandez par le courage et l’exemple, à défaut d’expérience. Votre audace et votre cran sont remarqués. Entrainant vos hommes, vous multipliez les opérations à leur tête et vous vous distinguez le 4 janvier 1954, où vous évitez une embuscade qui vous est tendue en infligeant de sévères pertes à l’ennemi.

Mais le 31 janvier, votre section est fortement accrochée par un adversaire redoutable qui finit par vous encercler. Résistant avec acharnement contre un ennemi supérieur en nombre, vous lui infligez de lourdes pertes. Mais vous êtes finalement submergés.

Vous êtes porté disparu dans la mêlée, présumé prisonnier. Vous subissez alors la captivité et le dur sort que le vietminh fait subir à ses prisonniers. Cette expérience vous marque à jamais. Affaibli et malade, vous êtes libéré le 2 septembre 1954, alors que les accords de Genève ont mis un terme à la guerre d’Indochine. Votre attitude au combat et votre vaillance sont récompensées par l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opération extérieure avec une élogieuse citation à l’ordre de l’Armée.

Vous retrouvez la France le 13 octobre 1954. Après une période de convalescence et de congés. Promu au grade de lieutenant, vous retrouvez le 3e Etranger en Algérie en mars 55.

Chef de section à la 7e compagnie, vous êtes engagé avec votre unité dans toutes les opérations de sécurité et de maintien de l’ordre. Les rencontres avec l’adversaire sont violentes et les combats sont âpres. Vous êtes blessé au bras droit par éclats au cours de ces affrontements en septembre 1957.

Toujours volontaire, votre conduite au combat vous vaut l’attribution de la croix de la valeur militaire à deux reprises : vous êtes cité à l’ordre de la brigade en janvier 1956 et à l’ordre de la division en octobre 57.

L’exemplarité de votre comportement, votre allant et votre sangfroid, autant que votre sens de la manoeuvre et du terrain sont mis en avant.

Vous quittez la Légion et l’Afrique du Nord pour une affectation au sein des Forces Françaises en Allemagne et rejoignez Outre-Rhin en décembre 1957, le centre d’instruction du 24e bataillon de chasseurs portés.

Fort de l’expérience acquise au combat, vous y formez avec une autorité naturelle les jeunes appelés du contingent.

Mais l’appel de l’aventure est plus fort : vous souhaitez retrouver le « baroud » et vos légionnaires. Vous rejoignez de nouveau l’Algérie en septembre 1959. Au sein de la 3e compagnie portée du 4e régiment étranger d’infanterie, vous êtes d’emblée engagé le long de la frontière algéro-tunisienne.

Vous vous distinguez encore au combat et êtes de nouveau cité à l’ordre de la division en janvier 1960, lors d’un assaut à la tête de vos légionnaires. Il vous conduit au corps à corps.

Vous quittez vos hommes en juin, le temps d’un détachement à l’état-major et de passer quelques examens, puis retrouvez le 4e Etranger en juillet 1961 pour y prendre le commandement par intérim, de la 2e compagnie portée. Vous conduisez votre unité au feu le long du barrage, la ligne Morice, qui court le long de la frontière tunisienne, refoulant les rebelles de l’autre côté ou en établissant des dispositifs d’embuscade efficaces, infligeant des pertes à votre adversaire.

Votre conduite vous vaut d’être de nouveau cité à deux reprises, à l’ordre de la division et à l’ordre de la brigade. Vous achevez ainsi votre temps en Algérie en mai 1962, peu après les accords d’Evian.

Cité au combat à 5 reprises, vous êtes fait chevalier de la Légion d’honneur.

Ayant rejoint l’école militaire de Strasbourg, vous concourrez pour l’admission à l’école d’état-major. Promu capitaine en avril 1963, vous prenez le commandement d’une compagnie d’élèves en octobre de la même année.

Vos qualités de pédagogue et votre charisme sont reconnus par tous.

En septembre 66, vous intégrez à Strasbourg toujours, les cours de l’enseignement militaire supérieur scientifique.

Vous obtenez le diplôme technique en avril 68 et êtes diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg avant d’être affecté au groupement des services des écoles de l’enseignement militaire supérieur à Paris en juillet.

Vous obtenez le brevet technique puis êtes affecté à l’état-major de l’armée de terre en janvier 1970. Promu au grade de chef de bataillon en juillet 71, vous rejoignez le cours supérieur inter-armée en septembre après une brillante scolarité à l’enseignement militaire supérieur.

Vous entamez dès lors une seconde partie de carrière en étant admis sur concours dans le corps du contrôle général des armées avec le grade de contrôleur adjoint en juin 1972. Promu contrôleur des armées le 1er juin 1974, vous êtes affecté de 1975 à 1982, dans les différents départements de contrôle : d’abord celui des corps de troupes ; puis celui des organismes constitutifs des forces.

Enfin, dans celui des missions et des affaires générales. Vous retrouvez le département de contrôle des organismes constitutifs des forces en septembre 1982 avant d’être nommé contrôleur général des armées le 1er décembre. Après avoir assuré des missions traditionnelles de contrôle, vous traitez des sujets liés à l’habillement et à l’alimentation des militaires, dont de larges progrès dans ces domaines primordiaux ont pu aboutir.

Puis vous êtes chargé auprès du ministre de la Défense, de la mission « économies d’énergie » puis de l’inspection des « installations classées pour la protection de l’environnement ». Enfin, le 1er février 1989, vous êtes nommé secrétaire général du conseil supérieur de la fonction militaire.

Vous y êtes notamment chargé de la réforme de cette grande instance de concertation indispensable au bon fonctionnement de l’Institution militaire.

Vos travaux sont remarqués et unanimement respectés. Votre parole est attentivement écoutée et vos propositions très souvent reprises par les différents états-majors.

Vous recevez les éloges des ministres successifs.

Après une riche carrière de 43 années dédiées au service de la France, vous êtes admis le 8 novembre 1995, dans la deuxième section du cadre des contrôleurs généraux des armées.

Quel extraordinaire parcours de soldat, de combattant.

Quel parcours militaire édifiant, d’homme d’honneur et de devoir, grand serviteur de l’Etat, simple marsouin, officier de Légion au combat, contrôleur général des Armées.

La bienveillance, la générosité et l’humanité figurent parmi les principaux traits de votre caractère.

Retraité actif, vous vous adonnez à vos passions, notamment la marche à pied et le chant,

par goût pour la musique classique et l’opéra. En juin 2000, vous prenez la présidence de

l’Association Nationale des Anciens Prisonniers et Internés d’Indochine.

Vous vous attachez durant plus de vingt années, à positionner l’ANAPI au premier plan auprès des hautes autorités et du monde combattant, cherchant toujours à perpétuer le souvenir des anciens prisonniers et à défendre leurs intérêts.

En parallèle, au cours de l’année 2008, vous devenez également président du Comité National d’Entente Indochine – Missions Extérieures.

Lorsque vous quittez l’ANAPI, en avril 2021 vous avez mené de nombreux travaux, notamment, sur l’extension du statut juridique de prisonnier du Vietminh et sur leurs pensions.

Devenu veuf en 2022, invalide à 85 pour 100 pour maladie contractée pendant votre captivité, vous rejoignez l’Institution Nationale des Invalides en juin 2023.

Vous allez y devenir une belle figure des Pensionnaires.

Vous siégez à la table des officiers généraux de la salle à manger de Galbert, bien connue pour sa bonne humeur et ses bons mots.

L’on vous voit aux activités, toujours souriant, toujours attentionné à l’autre, empli d’optimisme et de résilience, qualités intrinsèques qui vous auront sans doute aidé plus jeune, à surmonter l’épreuve de la captivité dans les camps vietminh.

Vous faites aussi preuve d’une profonde modestie et d’une grande discrétion.

Contrôleur Général des Armées Jacques BONNETÊTE, vous êtes Grand Officier de la Légion d’honneur, décoré de la croix de croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec une citation à l’ordre de l’armée, de la croix de la valeur militaire avec cinq citations, 3 à l’ordre de la division et 2 à l’ordre de la brigade, chevalier des Palmes Académiques, titulaire de la croix du combattant, de la Médaille coloniale avec agrafe « Extrême-Orient », de la Médaille du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, de la Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en Afrique du Nord avec agrafe « Algérie », de la médaille des blessés militaires.

Nous associons dans nos pensées votre épouse, Marie-Claire. A vos six enfants, Pascale,

Michel, Laurent, Lionel (décédé en 1999), Damien et Benoit, à votre compagne Liliane

quotidiennement à vos côtés ces dernières années, à vos 12 petits-enfants et 5 arrières petitsenfants, j’adresse au nom du président de la République, protecteur tutélaire des pensionnaires, en mon nom personnel, au nom du directeur de l’Institution Nationale des Invalides, du corps du Contrôle général des armées, de la légion étrangère, de l’ANAPI, de tout le personnel soignant qui a pris soin de vous et vous a accompagné avec tant de délicatesse, au nom des bénévoles qui oeuvrent quotidiennement au sein de l’Institution, et surtout, au nom de tous les Pensionnaires, dont ceux de la garde à l’étendard successeurs de vos frères d’arme en Indochine et en Algérie, nos plus vives et nos plus sincères condoléances.

C’est pour vous Jacques qu’aujourd’hui, le drapeau qui flotte au-dessus de la cour d’honneur est en berne, rappelant ainsi à tous les Parisiens que l’hôtel national des Invalides dit adieu à l’un de ses pensionnaires.

Général de corps d’armée Christophe de SAINT CHAMAS

Gouverneur des Invalides

Suivez nous ou partagez sur les réseaux sociaux:

Views: 1

Retour en haut